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Wednesday, October 14, 2026

«Wonderful Joe»: parade glorieuse sur l’allée des histoires effacées

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C’est à un sujet incandescent d’actualité que s’intéresse le marionnettiste Ronnie Burket (récompensé notamment du prix Siminovitch et du Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle) dans sa plus récente création, soit l’embourgeoisement de quartiers dont l’histoire se voit engloutie dans le béton de nouvelles habitations de luxe.

Évincé de l’appartement qu’il occupe depuis des décennies, Joe entame avec son chien un tour d’adieu du territoire où il était jusqu’alors chez lui, s’offrant ainsi un ultime panorama de la faune humaine qui lui donnait son âme.

Car ce qui rend Joe merveilleux, c’est qu’il a lui-même su entretenir sa propre faculté d’émerveillement. Malgré un parcours de vie non exempt de cruels revirements, il n’a cessé de s’intéresser sincèrement à l’autre, de tendre l’oreille et le cœur. L’accompagnant dans ce dernier tour de piste, le public rencontrera des membres de la communauté LGBTQ contribuant, à leur manière bien personnelle, à l’industrie du sexe, une vieille dame paranoïaque orchestrant une troupe de théâtre de ruelle, les abonnés du club des grands oubliés — comptant le père Noël, Jésus ainsi qu’une mère Nature ayant connu de meilleurs jours, recyclée en chanteuse de cabaret usée — et jusqu’à une jeune fugueuse issue d’un coin plus favorisé de la cité, à qui le singulier héros transmettra l’étincelle de sa foi. Sa foi en la magie et en la magnificence de l’existence humaine, peu importe les teintes, puisse-t-elle prendre.

Si l’humour caractéristique de l’artiste manitobain établi à Toronto — gorgé d’ironie, ponctué de jeux de mots, pimenté de grivoiserie — imprègne bien entendu son Wonderful Joe, cette production s’avère moins loufoque que certaines antérieures auxquelles l’auditoire montréalais a eu l’heur d’avoir accès. Pensons à Little Willy ou à Little Dickens, par exemple. En fait, la courbe décroissante que suit la drôlerie, au fil du spectacle, se révèle inversement proportionnelle à celle ascendante de la tragédie, l’une n’éclipsant néanmoins jamais tout à fait l’autre.

Le créateur, perché sur un chevalet à deux niveaux reproduisant les murs perclus de graffitis du secteur appelé à l’éradication, semble avoir inspiré l’air du temps — avec tout ce qu’il comporte de changements, de deuils, de vision à court terme et de laissés-pour-compte — et, en l’expirant, l’avoir transmué en une œuvre à la beauté aussi poignante que prégnante. Et si l’on était déjà bien au fait de la virtuosité de ses manipulations, on s’extasie ici en constatant à quel point l’inclinaison d’un visage, une main déposée sur un banc, un mouvement d’épaule instillé à ces créatures à fils aux faciès si finement sculptés leur infusent une humanité transcendante.

D’aucuns pourraient même aller jusqu’à soutenir que Wonderful Joe permet aux spectateurs de saisir avec plus d’acuité que jamais l’étendue du brio et de la sensibilité de Ronnie Burkett.

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