Des débuts modestes avec des anciens SS et ex-membres de l'OAS : comment est né le Front National ?

Note éditoriale : cet article publié pour la première fois le 8 octobre 2021, dans le contexte de la campagne présidentielle française de 2022, a été remis à jour suite à l'enquête de Mediapart sur les écrits antisémites qu'il attribue à Jordan Bardella.
Jean-Marie Le Pen, un modéré parmi les extrêmes
Le 5 octobre 1972, dans une salle de la rue de Grenelle dans le 7e arrondissement de Paris, ils étaient 60 ou 70 pour ce congrès fondateur où est officiellement créé le FNUF : le Front national pour l’unité française. Mais on ne gardera rapidement que la première partie du nom.
Le président de ce nouveau parti, confirmé par les statuts rédigés quelques jours plus tard, se nomme Jean-Marie Le Pen. Mais ce n’est pas vraiment lui qui est à la manœuvre. En tout cas, il est loin d’être le seul. Et s’il est choisi comme président, c’est pour donner au parti une allure plus respectable. Ce qui en dit long sur l’identité des fondateurs du Front national. Jean-Marie Le Pen, à l’époque, apparaît comme un modéré aux yeux des congressistes.
Qui sont les membres du Front national en 1972 ? Des collaborationnistes...
Pour l’essentiel, ils viennent d’un mouvement créé à la fin des années 60 qui s’appelle Ordre nouveau. Le choix du nom est à lui seul tout un programme : l’ordre nouveau, c’est au départ le projet politique du IIIe Reich. Hitler utilise lui-même le mot pour qualifier cette réorganisation de l’Europe selon des critères ethniques. D’ailleurs, dans ce mouvement Ordre nouveau, on trouve d’anciens de la Waffen SS comme Pierre Bousquet ou Léon Gauthier. Ces deux personnages joueront un rôle actif dans la création du FN.
L’objectif, au départ, c'est d’avoir une vitrine respectable avec un parti qui se présente aux élections et accepte ainsi le jeu démocratique. C’est sans doute en pensant à ces militants-là que Jean-Marie Le Pen effectue des dérapages à répétition, comme lorsqu’il qualifie le ministre Michel Durafour de "Durafour crématoire", ou encore quand il ose mettre en doute l’existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale.
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