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Wednesday, November 4, 2026

"Des réalisateurs que j'admire depuis toujours ont vu le film" : on a rencontré Jordan Firstman, le réalisateur du phénomène Club Kid

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Présenté au 79e Festival de Cannes et doublement primé au Festival du film américain de Deauville, "Club Kid" de et avec Jordan Firstman est le petit phénomène qui ne cesse de séduire le public. Rencontre avec le réalisateur.

Avec Club Kid, son premier long-métrage, Jordan Firstman écrit, produit, réalise et joue. La vie de cet Américain de 35 ans a complètement changé depuis la présentation du film au Festival de Cannes, où il était projeté dans la section Un Certain Regard en mai dernier.

Les critiques étaient tellement dithyrambiques que cette comédie, qui suit une relation père-fils inattendue dans le monde de la nuit new-yorkaise, s'est retrouvée au cœur d'une guerre d'enchères entre plusieurs distributeurs américains. Club Kid a finalement été acheté par A24 pour la modique somme de 17 millions de dollars. Un record.

AlloCiné a rencontré le réalisateur et acteur pour parler de ce film-phénomène.

AlloCiné : J'ai lu qu'avant de réaliser Club Kid, vous avez essuyé beaucoup de refus dans votre carrière. On sait à quel point cela peut être long et difficile de réaliser un premier film. Qu'est-ce que l'expérience de Club Kid vous a appris ?

Jordan Firstman, réalisateur et acteur : J'ai appris à me battre pour ma vision. Au-delà des refus essuyés avant Club Kid, j'ai également dû me battre pendant tout le processus de création, face à des producteurs ou à des membres de mon équipe qui ne comprenaient pas certains de mes choix, voulaient couper certaines scènes ou simplifier le langage pour toucher un public plus large.

Je suis tellement content d'avoir insisté car chaque image de ce film est une image que je voulais voir apparaître à l'écran. Je crois avoir appris l'importance de préserver sa vision, de se battre pour elle et de ne jamais prendre un refus pour une réponse définitive.

Club Kid trouve le parfait équilibre entre l'humour et l'émotion. Comment avez-vous pensé le ton du film ?

J'ai eu un déclic à la moitié de l'écriture. J'ai changé d'état d'esprit et je me suis dit : "J'écris un drame, pas une comédie." J'ai toujours su que l'humour serait présent, car il fait partie de ma personnalité. Mais une fois que j'ai compris qu'il s'agissait d'une histoire dramatique, je me suis autorisée à écrire de façon plus profonde, plus dramatique, et à aborder plus franchement les sujets sérieux et sensibles que je voulais traiter.

Jordan Firstman et Reggie Absolom dans A24
Jordan Firstman et Reggie Absolom dans "Club Kid".

Vous connaissez très bien le monde de la nuit dépeint dans le film. Vous avez également vécu à Berlin, non ?

Oui, j'avais un petit ami là-bas. Je faisais des allers-retours entre Los Angeles et Berlin pendant un certain temps.

Comment pouvez-vous expliquer la différence entre les boîtes de nuit berlinoises et celles de New York ?

Dans les deux cas, la consommation de drogues est importante, mais il y a une ambiance plus détendue à Berlin. Il y a des gens formidables dans cette ville, beaucoup d'âmes sensibles et d'âmes perdues. J'en parlais encore hier soir avec un ami qui a depuis quitté Berlin. C'est un endroit tellement chargé d'émotion.

Je vais devoir y retourner pour notre première et je suis nerveux. Je suis nerveux à l'idée de ce que cela va faire remonter en moi, car je n'y suis pas allé depuis tant d'années. Être là-bas, ça me touche profondément. On déterre des démons intérieurs, mais aussi des émotions intenses. Je pense que c'est tout simplement l'un des endroits les plus fascinants au monde.

Club Kid ne porte aucun jugement sur le monde de la nuit. On y découvre une vraie communauté avec ses propres règles et un vrai sentiment de solidarité.

En tant que personne queer, ces lieux ont toujours été des espaces où nous pouvions nous soutenir mutuellement. C'est là qu'on évolue. Cela implique certains comportements à risque. Ça a toujours été le cas et je n'essaie pas de les minimiser.

Mais je trouve que c'est un aspect magnifique de notre communauté. Pour nous, la boîte de nuit est en quelque sorte notre église. Je pense que c'est un espace sacré, et qu'il l'a toujours été pour les personnes queer. C'est pourquoi je voulais le montrer sous un jour positif et authentique.

Reggie Absolom dans A24
Reggie Absolom dans "Club Kid".

La communauté LGBT+ est très importante dans le film.

J'ai choisi trois actrices transgenres exceptionnelles (Miss Benny, Saturn Risin9 et Alaska Riley), pleines de personnalité, de dynamisme et de gentillesse. Je suis très fier d'avoir pu réunir autant de gens bien. C'était un plateau empli de positivité, de solidarité et de bienveillance. Je pense que ça transparaît vraiment dans le film.

Pour Reggie Absolom, qui interprète Arlo, c'était la première fois qu'il rencontrait une personne trans. Désormais, il aimera les personnes trans pour le restant de ses jours, car il a pu les rencontrer en personne, passer du temps avec elles et constater à quel point elles sont drôles, créatives et gentilles.

Diriger un enfant au cinéma est un défi. Aviez-vous déjà travaillé avec des enfants avant ce film ?

Oh mon Dieu, oui ! Quand j'avais 21 ans, je travaillais dans une salle de sport pour enfants autistes. J'étais tellement sous-qualifiée pour ce travail. Je devais simplement travailler à l'accueil, mais la responsable partait tout le temps. Du coup, je me retrouvais à m'occuper de tous ces enfants. Je n'étais pas du tout préparée, mais j'ai adoré. C'était tellement amusant !

J'ai toujours eu un lien très fort eux. J'aime beaucoup leur parler et les faire rire. Je pense que j'ai simplement gardé une âme d'enfant. Parfois, mon visage à lui seul suffit à les faire rire, allez savoir pourquoi !

Pedro Almodóvar, Luca Guadagnino et Sofia Coppola ont vu mon film. C'est hallucinant pour moi.

Comment avez-vous vécu la présentation du film à Cannes et l'engouement qu'il a pu susciter auprès du public et du métier ?

Cannes, c'était complètement fou. C'était le changement le plus radical et le plus profond que j'aie jamais connu dans ma vie. Mes agents recevaient des appels incroyables. On aurait dit que tous les grands pontes d'Hollywood voulaient me rencontrer. Des réalisateurs que j'admire depuis toujours ont vu le film.

Almodóvar l'a vu et a adoré. Luca Guadagnino et Sofia Coppola l'ont également vu. Rien que ça, c'est hallucinant pour moi. J'ai l'impression que tout mon travail a abouti, que c'est exactement ce dont j'avais rêvé.

Comment envisagez-vous la suite ? Voulez-vous davantage jouer, écrire ou réaliser ?

J'ai déjà envie de réaliser un nouveau film. En ce qui concerne le jeu d'acteur, tout dépendra du réalisateur. Il n'y a pas de rôle qui me fasse vraiment rêver. Par contre, je pense que je pourrais jouer dans un biopic sur Marc Jacobs. Je trouve qu'on se ressemble un peu ! À part ça, je veux simplement continuer à faire des films.

Vous vous sentez confiant désormais en tant que cinéaste ?

J'appréhende la suite, c'est certain, mais je pense que c'est une bonne chose. Je veux continuer à me surpasser et à progresser.

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 21 octobre 2026

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