Près de quatre heures contre Elon Musk : le documentaire choc qui détruit le mythe autour du milliardaire

Alex Gibney a disséqué Enron, la Scientologie et Theranos. Sa nouvelle cible s’appelle Elon Musk, et son réquisitoire de 225 minutes a été si bien reçu à Venise que l’intéressé crie déjà à la diffamation.
La Mostra de Venise a projeté le 8 septembre, hors compétition, l’un des films les plus attendus de sa sélection : Musk, portrait-fleuve de l’homme le plus riche du monde signé Alex Gibney. Le documentariste américain s’est fait une spécialité des empires qui s’effondrent, d’Enron à Elizabeth Holmes. Son nouveau sujet, lui, règne toujours sur Tesla, SpaceX et X, ce qui donne à l’exercice un parfum inédit de procès en direct.
Un portrait de bonimenteur, pièces à l’appui
La thèse du film tient en une idée : derrière le génie autoproclamé se cacherait un bonimenteur prêt à tromper, manipuler et affabuler pour parvenir à ses fins. Pour l’étayer, Gibney aligne les témoins de premier rang : Martin Eberhard, cofondateur évincé de Tesla, Justine Musk, première épouse du milliardaire, la journaliste Kara Swisher ou encore Geoffrey Hinton, figure tutélaire de l’intelligence artificielle. Eberhard raconte qu’on lui aurait promis que personne ne pourrait jamais lui retirer son statut de fondateur de Tesla ; l’histoire, procès à l’appui, a démontré le contraire.
Le passage le plus dommageable concerne la conduite autonome, le dispositif qui occupe les législateurs des pays européens (France comprise) depuis le début de l’année. Une déposition d’ingénieur exhumée par le film affirme qu’une célèbre vidéo promotionnelle de Tesla avait été mise en scène, la voiture ayant percuté une barrière pendant le tournage. Le documentaire relie par ailleurs le logiciel maison à 65 morts sur les routes. Une ex-compagne de Musk y raconte aussi avoir reçu des SMS évoquant des milliers de « lasers dans l’espace », puis un message où l’intéressé se dirait « un peu défoncé ». Le film s’attarde enfin sur le passage éclair de Musk à la tête du DOGE, la commission chargée de tailler dans les dépenses fédérales américaines. Une ancienne responsable de l’aide internationale y évalue à 14 millions le nombre de morts évitables qui découleraient du démantèlement de l’agence USAID. L’équipe juridique du milliardaire dénonce un film mensonger, conteste notamment la séquence des lasers et agite la menace de poursuites en diffamation ; Gibney, lui, assume l’intégralité de son montage.
Un clone de Musk généré par IA, la fausse bonne idée du film ?
Musk ayant refusé de s’asseoir devant la caméra, Gibney a comblé le vide avec un choix qui divise : un double de Musk généré par intelligence artificielle, chargé d’incarner sa parole publique. La critique, pourtant conquise (100 % d’avis positifs recensés après Venise), tique précisément sur ce procédé, jugé malaisant dans un film qui reproche à son sujet de brouiller la frontière entre réel et fiction. Utiliser l’arme de l’adversaire pour mieux le confondre, le pari est audacieux ; il rappelle surtout que plus personne n’échappe à son propre deepfake, pas même celui qui possède Grok.
Côté calendrier, la sortie américaine en salles a été avancée au 9 octobre, avant une diffusion en streaming ; l’international est confié à un grand studio, mais aucune date française n’est encore annoncée. Les distributeurs hexagonaux savent pourtant compter : quatre heures de démolition méthodique du patron de Tesla, voilà un produit d’appel dont l’actualité ne se dément jamais très longtemps.
En attendant une date de ce côté-ci de l’Atlantique, le film dispose déjà du meilleur argument publicitaire qui soit : la fureur de son sujet.
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