« Je m’opposais catégoriquement à l’utilisation de l’armée contre la population »

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Le général à la retraite Wayne Eyre garde un souvenir vif des manifestations contre les mesures sanitaires en 2022, ainsi que des pressions en faveur d’une intervention militaire pour y mettre fin.
Dans sa nouvelle autobiographie, l’ancien chef d’état-major raconte que les Forces armées canadiennes auraient bel et bien pu mater le fameux convoi des camionneurs
qui paralysait le centre-ville d’Ottawa. Il ajoute, toutefois, que le bilan aurait été lourd.
Je m’opposais catégoriquement à l’utilisation de l’armée contre la population
, écrit-il dans Into the Breach.
Si les [Forces armées canadiennes] avaient été mobilisées pour déloger les occupants, les dommages à long terme causés à l’institution et au pays auraient été immenses, sans parler du risque de préjudice moral pour nos membres
, dit-il.

La colline du Parlement à Ottawa a été envahie par des manifestants qui s'opposaient à la vaccination des camionneurs et aux mesures sanitaires à l'hiver 2022. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Wayne Eyre affirme qu’il aurait songé à démissionner s’il avait reçu l’ordre d’intervenir contre les manifestants qui étaient mobilisés par l'obligation de vaccination imposée à des camionneurs durant la pandémie de la COVID-19.
Il pensait notamment aux conséquences à long terme d’interventions militaires durant la crise d’Oka en 1990 et de la crise d’octobre en 1970.
Trois scénarios
Malgré tout, dit-il, les Forces armées ont exploré trois scénarios d’intervention possible à l’époque :
aider les forces policières à remorquer des véhicules;
ouvrir de force des passages frontaliers bloqués par d’autres manifestants, dont le pont Ambassador entre Windsor et Détroit;
évacuer de force le centre-ville d’Ottawa.
Wayne Eyre note que le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, n'était pas en faveur de l’intervention des forces armées, mais il ajoute que l’idée a été évoquée par de hauts fonctionnaires, des adjoints politiques et quelques ministres.
Selon lui, toute intervention militaire dans un conflit civil au Canada aurait de grandes chances de mal finir.
Il s’est assuré de livrer cet argument de manière percutants lors d’une rencontre avec le premier ministre et d’autres membres du gouvernement le 10 février 2022.
Nous ne disposons pas des mêmes outils ni de la même formation que la police en faveur d'une escalade plus nuancée de la force. Face à un incident, notre passage à la force meurtrière pourrait être beaucoup plus rapide
, leur a-t-il lancé en guise d’avertissement.
Pour être certain que tout le monde autour de la table comprenne, il a ajouté : Si nous recevons l’ordre d’intervenir, c'est nous qui allons gagner.
Finalement, ce sont plutôt les forces policières qui sont intervenues à partir du 18 février pour mettre fin aux manifestations à Ottawa.

Des agents tactiques de la GRC se tiennent derrière des policiers en uniforme alors qu'ils se préparent à dégager les manifestants sur la rue Rideau, à Ottawa, le vendredi 18 février 2022.
Photo : La Presse canadienne
Pendant toute cette période, les Forces armées canadiennes ont tout fait pour éviter d’être visibles dans la capitale nationale, sachant que leur simple présence pourrait accroître les tensions et mener à un désordre supplémentaire.
En entrevue avec CBC, Wayne Eyre dit espérer que les dirigeants politiques aient retenu une leçon de ces manifestations.
C’était une époque très, très dangereuse. Quand nos décideurs font face à d’énormes pressions et sentent l’urgence d’agir, il faut éviter de penser aux forces militaires comme offrant une solution facile
, affirme-t-il. Notre population devrait être fière de nos soldats, et non pas en avoir peur.
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