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Saturday, October 3, 2026

Le Royaume-Uni à la recherche de son «Breturn»

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Du Brexit au… « Breturn » ? Dix ans après la tenue d’un référendum historique remporté à 51,89 % par les Britanniques souhaitant quitter l’Union européenne (UE) — et six ans après la consommation formelle de ce divorce —, le Royaume-Uni a ouvert la porte cette semaine à l’idée de revenir en arrière pour retrouver une place au sein de la vaste association économique et politique qu’il a rejetée.

Le changement de ton est significatif.

Il survient alors que le nouveau premier ministre britannique, le travailliste Andy Burnham, se retrouve à la tête d’une économie et d’une société fragilisées par cette séparation qu’ont orchestrée en 2016 des courants politiques populistes. Londres se voit également de plus en plus isolé à un moment charnière de l’histoire, où la recomposition des rapports entre superpuissances force plusieurs États (dont le Canada) à se serrer les coudes, à redéfinir leurs alliances et à repenser leurs perspectives.

« Je ne peux pas vous dire que la situation actuelle est satisfaisante. Le Brexit a fait plus de mal que de bien », a admis mardi dernier M. Burnham lors de la convention annuelle de son parti, à Liverpool, et ce, en évoquant un sommet prochain entre l’UE et son pays, sans doute en novembre. Le moment pourrait servir à présenter aux Britanniques les « différentes options » du Royaume-Uni pour une « relation à long terme » avec ses partenaires européens, a-t-il dit.

En entrevue le lendemain sur les ondes de la radio publique BBC, le premier ministre britannique est allé plus loin. Il a parlé d’une croisée des chemins et de choix désormais à faire entre le maintien des accords actuels, l’option d’une union douanière, la réintégration du marché unique ou encore « aller jusqu’au bout ». Comprendre : adhérer pleinement à l’UE.

Il s’agit d’une rupture évidente avec le programme présenté en 2024 par le Parti travailliste, qui alors assumait pleinement le choix de la séparation et excluait explicitement tant le retour au marché unique européen que le rétablissement de la libre circulation des produits et des personnes entre les deux territoires.

Erreur de parcours

Plus de 10 ans après le référendum serré en faveur de la sortie de l’Union européenne, l’idée que cette décision collective a été prise sous l’influence d’une campagne politique jouant autant sur la peur que sur la désinformation, phénomène attesté par l’organisme de défense de la démocratie Demotrust, bénéficie dorénavant d’un large soutien au sein de la population.

En effet, début septembre, un sondage YouGov a indiqué que 55 % des Britanniques jugeaient que le Brexit était une « mauvaise décision » et que, pour 62 % entre eux, il s’avérait « plus qu’un échec » jusqu’à maintenant. Un sentiment résumé ainsi cette semaine par Andy Burnham : « Nous étions dans l’impasse. Le pays n’a pas œuvré pour le bien de la population comme il aurait dû. »

Mercredi, un nouveau sondage a indiqué que 59 % des Britanniques appuyaient maintenant l’idée d’un retour complet du Royaume-Uni au sein de l’UE, un projet ironiquement soutenu par 27 % des électeurs se disant membres du camp du « Leave », cette frange de la société qui a précipité en grande pompe et avec grand bruit le divorce lors du référendum de 2016.

Le fauteur de troubles ultraconservateur Nigel Farage, leader du camp séparatiste à l’époque, a accueilli avec joie les déclarations du premier ministre britannique et a affirmé cette semaine qu’Andy Burnham venait de lui donner « le plus grand coup de pouce de [sa] carrière » en relançant le débat sur le Brexit. Figure forte de la scène politique anglaise, le populiste proche du mouvement américain MAGA continue de cultiver les divisions et la défiance envers les institutions tant britanniques qu’européennes pour maintenir une emprise idéologique sur une part importante de l’électorat. Son parti, Reform UK, est la deuxième force politique en présence dans le paysage politique britannique, derrière les travaillistes.

Pourtant, l’application du Brexit a entraîné un ralentissement de l’économie britannique, en témoigne un revenu national qui a baissé de 4 % sur 15 ans, selon l’Office for Budget Responsibility, l’organisme indépendant de surveillance du Trésor britannique.

Le Royaume-Uni fait désormais partie des pays du G7 qui ont le moins bien réussi à relancer leur marché du travail dans la foulée de la pandémie de COVID-19. Durant la période de mai à juillet derniers, le taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans a atteint 16,4 %, un sommet depuis 2013, indiquent les données du service de recherche et d’information du Parlement.

Le Canada comme référence ?

Même si le président français, Emmanuel Macron, a accueilli d’un « welcome back » la perspective d’un retour du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, Bruxelles est resté timide face à l’appel au rapprochement formulé cette semaine par le nouveau premier ministre britannique, qui est en poste depuis juillet dernier.

Ayant en mémoire la difficulté des négociations qu’a nécessitées la concrétisation du divorce, l’UE s’est dite prête cette semaine à écouter les propositions de retour britannique, mais va attendre d’en connaître la réelle teneur avant de prendre ce Breturn davantage au sérieux.

Dans un revirement surprenant de l’histoire, c’est peut-être par Montréal que la mise en marche du projet britannique pourrait passer, avec la tenue du sommet entre le Canada et l’Union européenne à la fin octobre. Les discussions y porteront en partie sur le statut de membre associé de l’UE que Bruxelles a proposé à Ottawa, dans un monde bouleversé par le régime brutal de Donald Trump aux États-Unis.

Le cadre de cette alliance pourrait ensuite servir de référence ou de guide pour d’autres partenariats — comme celui que Londres pourrait vouloir développer dans la reprise de son chemin vers l’UE.

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