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Saturday, November 7, 2026

Le jour de la marmotte

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« La situation que nous découvrons graduellement nécessitera un virage important dans la gestion. […] La croissance économique est moins forte que ne l’anticipait l’ancien gouvernement et les dépassements de dépenses sont supérieurs. »

Ces mots étaient ceux de Nicolas Marceau en octobre 2012. Pour permettre au Parti québécois (PQ) de tenir ses promesses électorales, le ministre des Finances dans le nouveau gouvernement dirigé par Pauline Marois devait combler un manque à gagner de 1,6 milliard de dollars avant la fin de l’année financière.

M. Marceau se désolait du gâchis dont il héritait dans des termes qui rappelaient ceux qu’avait utilisés son prédécesseur libéral Yves Séguin en 2003. Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Charest avait mandaté l’ex-vérificateur général Guy Breton, qui avait découvert un « trou » de 4,3 milliards « caché » par celui de Bernard Landry.

À l’automne 1994, Jean Campeau, fraîchement débarqué aux Finances, n’avait pas compris qu’une séance de lamentation sur l’état des finances publiques est une figure imposée quand on ouvre les livres. Jacques Parizeau s’était presque étouffé en l’entendant dire qu’il les avait trouvées en ordre. Il avait aussitôt convoqué une conférence de presse pour corriger cette malheureuse déclaration de son ministre, qui, ayant présidé la Caisse de dépôt, devait quand même savoir lire des chiffres.

Quoi qu’il en soit, M. Marceau, maintenant revenu aux Finances, a encore eu une mauvaise surprise, laquelle pourrait forcer une remise en question de certains des engagements prévus dans le cadre financier présenté par le PQ durant la campagne électorale.

M. Marceau a tiré une leçon de son expérience de 2012, lui qui s’était engagé à éliminer le déficit l’année suivante. Cette fois-ci, il a indiqué d’entrée de jeu qu’un retour à l’équilibre budgétaire en 2028-2029 n’était pas assuré, contrairement à ce que prévoyait le cadre financier du PQ, dont il était le maître d’œuvre.

Personne n’a été surpris de le voir montrer Ottawa du doigt. Qu’ils soient libéraux, péquistes ou caquistes, tous les gouvernements successifs à Québec depuis un demi-siècle l’ont fait. Le déficit fédéral a atteint des niveaux tels au cours des dernières années qu’on a moins parlé du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, mais le problème demeure entier.

Avant même l’annonce par le gouvernement Carney de la « mégadéduction » visant à stimuler l’investissement, qui coûtera un milliard de dollars par année au Québec, les prévisions du PQ paraissaient hautement fantaisistes. Même le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, qu’on ne peut pas soupçonner de vouloir procrastiner dans l’élimination du déficit, s’était donné un an de plus.

M. Marceau ne croyait sans doute pas réellement que le budget présenté jeudi à Ottawa compenserait le coût de la mégadéduction et maintiendrait le plancher de 5 % de la hausse annuelle du Transfert canadien en matière de santé (TCS) au-delà de 2028-2029. Il sera en effet abaissé à 3 %, alors que les coûts des services de santé explosent. Les provinces auront beau pousser les hauts cris, elles ont il y a longtemps fait la preuve de la fragilité des fronts communs qu’elles prétendent former pour faire plier Ottawa.

En attendant, la mise à jour que M. Marceau devra présenter dans les prochaines semaines continuera à lui causer des maux de tête. À Ottawa, on doit très bien savoir que le PQ serait encore plus enclin à tenir un référendum d’ici la fin de son mandat s’il pouvait réussir à créer des conditions financières favorables. Pourquoi l’aiderait-on à les réunir ?

François-Philippe Champagne s’est approprié le légendaire « Maîtres chez nous », qui était le mot d’ordre de la Révolution tranquille, pour qualifier l’entreprise de « nation building » face au Léviathan américain, fil conducteur de son budget, mais il ne s’est pas embarrassé des problèmes financiers du Québec.

Il a plutôt signifié clairement qu’au sein de la fédération canadienne, les maîtres de la création et de la redistribution de la richesse se trouvent à Ottawa, qu’il s’agisse de stimuler l’investissement, d’homogénéiser les services de santé ou de lutter contre l’itinérance.

À Québec, on doit vraiment avoir l’impression de revivre le jour de la marmotte. Même les tuiles qui saluent le retour au pouvoir du PQ semblent se ressembler. En 2012, une des premières décisions que le gouvernement Marois avait dû prendre concernait la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, à Bécancour. Le coût de son démantèlement, qui n’est pas encore terminé, dépasse maintenant les 5 milliards.

Cette fois-ci, on parle de l’usine de Nemaska Lithium, également à Bécancour, dont la construction sera vraisemblablement abandonnée. Il faudrait encore 12 mois et une nouvelle injection de 500 millions pour terminer les travaux, sans avoir la moindre assurance que la rentabilité sera au rendez-vous. L’abandon du projet entraînerait une perte de 1,2 milliard pour les contribuables québécois.

Comme dans le cas de Gentilly, les nouveaux venus — ici le ministre de l’Économie, Stéphane Paquet, qui n’entend pas injecter de nouveaux fonds — ont rejeté la responsabilité sur « l’ancien gouvernement ». Il est vrai que le tandem Legault-Fitzgibbon avait encore une fois agi en cowboy, mais cette consécration de la mort de la filière batterie n’en constitue pas moins un coup dur pour le nouveau gouvernement.

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