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Saturday, October 24, 2026

«Les songes d’une nuit d’été»: le rêve et la danse comme espace de liberté

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Cette semaine, le chorégraphe Guillaume Côté proposera sa lecture du classique de Shakespeare Le songe d’une nuit d’été auprès des Grands Ballets canadiens. Une première collaboration pour l’artiste de renom qui signe un « véritable retour au ballet » tout en proposant une œuvre ancrée dans la société actuelle.

Retour à Shakespeare pour le chorégraphe et ex-danseur étoile. Après avoir monté son Hamlet aux côtés du metteur en scène Robert Lepage, il s’inspire cette fois-ci de la pièce Le songe d’une nuit d’été pour les Grands Ballets.

« C’est vraiment accidentel. Je n’ai pas eu l’occasion de chorégraphier pour cette compagnie pendant ma carrière et là, quand j’ai approché Yvan [Cavallari] avec trois propositions, il a choisi Shakespeare », raconte M. Côté.

Contrairement à Hamlet où c’était davantage le personnage central qui l’intéressait, ici, c’est surtout la structure qui lui a donné des idées. « Le dramaturge s’est libéré de la logique d’une pièce de théâtre dans Le Songe d’une nuit d’été. Il y entrelace rêve, littérature, codes, illusions, amour et humour », dit-il.

En replongeant dans ce classique, le danseur a rapidement décelé des thématiques qui résonnent encore aujourd’hui. Il a cependant voulu en bouger quelques lignes. « Shakespeare avait une vision très hétéronormative, très traditionnelle. Normal pour son époque. La pièce débute avec un mariage entre un homme et une femme, parle de couvent, etc. Dans ma relecture, j’ai ajouté des personnages. Plusieurs amoureux sont queers, il y en a une personne non genrée et on souligne aussi des amitiés. On reste dans l’atmosphère et dans les thématiques de la pièce, mais de façon plus contemporaine », décrit-il.

Une pièce collaborative

Deux actes composent Les songes d’une nuit d’été. Pour le chorégraphe, le premier reste très classique, tant dans sa forme et son fond, et le deuxième, « plus éclaté ».

Côté gestuelle, M. Côté considère cette œuvre comme son « retour au ballet ».

« J’aime beaucoup essayer de nouvelles choses, et ça a été le cas dans mes deux dernières pièces, qui étaient très différentes, raconte-t-il. Dans ma carrière, j’ai longtemps été très collé au ballet, aux corps “ballétiques”, à la virtuosité, aux grands lifts. Puis, à un moment donné, je m’en suis éloigné pour plonger pleinement dans le contemporain. Cette fois-ci, j’assume à 100 % l’esthétique du ballet. Ça reste une technique tellement fascinante ! Pour une importante compagnie comme les Grands Ballets, qui abrite de si grands talents, j’avais envie de jouer avec ça. »

Ainsi, la pièce a vraiment été façonnée par tous les collaborateurs. « Si je pouvais mettre tous leurs noms aux côtés du mien sur l’affiche, je le ferais, déclare-t-il. J’ai adoré voir des jeunes danseurs avec tant de potentiel être si investis dans la création, c’était incroyable. »

Dans le deuxième acte, M. Côté utilise une approche plus néoclassique du mouvement. « Quelque chose de plus fantaisiste, abstrait. On arrête un peu de raconter une histoire », ajoute-t-il. Enfin, le côté théâtral demeure dans cette œuvre. « J’ai travaillé avec un des meilleurs metteurs en scène [Robert Lepage], alors je me sers de ce qu’il m’a appris : le shadow play, la modification des décors de façon dynamique, placer des éléments qui change l’espace, etc. », poursuit-il.

Il était important pour M. Côté d’amener le ballet ailleurs pour cette nouvelle pièce. « Le style en soi n’est pas problématique, mais son contexte l’est parfois et projette du racisme, du sexisme, quelque chose de démodé. Ce sont souvent les mêmes formules qui prennent le dessus. J’espère pouvoir remettre en question à ma manière le contexte dans lequel le ballet est utilisé et le libérer un peu », pense-t-il. Pour cela, il n’y a pas un ou deux rôles principaux, mais bien neuf. De plus, le corps de ballet, en arrière, est imaginé comme « le cœur de la production », d’après le chorégraphe. « C’est un ensemble, mais sans l’être. Les danseurs sont là tout le long et, comme les cygnes, dans le Lac des cygnes, ils sont centraux », précise-t-il.

Côté scénographie, Guillaume Côté s’est entouré de plusieurs artistes de la relève, car il apprécie de pouvoir « donner de telles opportunités ». « Beaucoup n’ont pas souvent, ou pas du tout, accès à la danse, alors c’était l’fun de les voir poser des questions, explorer plein de choses, arriver avec plein d’idées inhabituelles », raconte-t-il. Ainsi, ils ont par exemple couvert le plateau d’herbes pour « élaborer des entrées et des sorties inédites », mis en scène un insecte géant ou encore ajouté de très longs doigts aux interprètes.

Avec Les songes d’une nuit d’été, Guillaume Côté espère susciter plusieurs sentiments chez le public. Tout d’abord, le rire. « J’aimerais ça qu’il y ait un moment où les gens observent des codes familiers, mais dans une variation, quelque chose de nouveau », dit-il. Il espère aussi qu’il réfléchisse à ce que représente le ballet au travers de cette pièce. « Que les fans de ballet puissent constater qu’il peut aller ailleurs que ce qu’on a l’habitude de voir », ajoute-t-il. Des pensées autour de l’amour pourraient aussi naître à la sortie du spectacle, désire M. Côté. « J’aimerais que les gens se demandent ce que c’est l’amour pour eux, toutes les facettes qu’il peut prendre, et que ce n’est pas le couple, le duo romantique, qui est le plus important. Les amitiés, la famille, tous ces amours le sont tout autant », dit-il.

Enfin, il souhaite aussi prouver que le rêve et la danse permettent d’avoir un peu d’espoir. « Ça ne va pas bien dans nos sociétés. Mais, je ne voulais pas mettre en avant le négatif. Au contraire ! conclut-il. Ça fait du bien aussi de se dire que la vie peut bien aller, qu’elle peut être somptueuse et légère, qu’il y a de belles choses qu’on peut aborder dans l’art. J’aimerais que les gens partent avec l’idée qu’on vit dans un monde où tout est possible. »

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