«Enfin te voilà (Britney Spears)»: Britney en route vers la liberté
Tout d’abord un avertissement : le spectacle donné à l’Espace Go ces jours-ci n’est pas à proprement parler une pièce biographique, pas plus que l’occasion d’apprécier le talent d’un groupe de drag queens rendant un vibrant hommage à la princesse de la pop. Avec Enfin te voilà (Britney Spears), Marie-Hélène Larose-Truchon, qui a remporté le prix Gratien-Gélinas en 2021 avec Le jardin d’Éden, s’intéresse plutôt à ce que la chanteuse américaine née le 2 décembre 1981 représente, incarne, symbolise, ou plus justement encore, à ce qu’elle cristallise.
« Au commencement, c’est la musique pop, c’est une chorégraphie où les filles sont des déesses avec des justaucorps échancrés. Au commencement, les filles déesses roulent des hanches. Au commencement, elles arrivent sur scène en moto, elles ont des boas autour du cou, au commencement, les filles déesses sont souples, elles sautent, virevoltent, elles lancent leur corps partout comme elles veulent, mais surtout, le plus important, au commencement du monde, les déesses savent chanter et danser en même temps. »
Comme une multitude de comédiennes et de musiciennes avant elle, de Marilyn Monroe à Sinéad O’Connor en passant par Whitney Houston et Amy Winehouse, Britney Spears a été sacrifiée sur l’autel on ne peut plus patriarcal de la célébrité. Mais dans le spectacle mis en scène par Sébastien David, Sophie Cadieux n’incarne pas véritablement celle qui s’est fait connaître de la planète entière en 1998 en chantant « My loneliness is killin’me » engoncée dans un ensemble d’écolière.
La dramaturge précise : « C’est une Britney Spears inventée, issue de toutes les époques et les misères. » Ainsi, Cadieux incarne, avec toute la conviction qu’on lui connaît, une figure, un archétype, celui de la femme inlassablement traquée, persécutée par l’industrie musicale, par les médias et par son père, qui l’a abusivement placée sous tutelle pendant treize ans. Sur scène, Jamie Spears est symbolisé par « l’homme au complet noir », un personnage auquel Guillaume Tremblay donne autant de charme que de perfidie. Assis dans la salle, on se retient pour ne pas lui crier « Leave Britney Alone ! ».
Filles en série
Britney Spears a été modelée depuis ses tout débuts afin de correspondre à une panoplie d’images toutes faites, à commencer par celle de la femme enfant (suivront la vierge, la mère et la prostituée). Pas de doute, l’héroïne, maintes fois démultipliée sur scène, appartient aux « filles en série » dont parle Martine Delvaux dans son essai : « les filles-machines, les filles-marchandises, les filles-ornements ». Heureusement, dans le spectacle présenté à l’Espace Go comme ailleurs, « les filles en série résistent à leur chosification, cassent le party, libèrent la poupée et se mettent à courir ». À la fin de l’aventure, réfugiée en Patagonie, où « personne n’est là pour l’applaudir, la photographier, l’accaparer », Britney « embrasse le sol en femme libre ».
Mené à vive allure par Sébastien David, faisant la part belle aux ponctuations musicales et aux accessoires farfelus, ce spectacle de 100 minutes permet indéniablement à Lula Brouillette-Lucien, Stéphanie Cardi, Marie-France Lambert et Dominique Quesnel de briller dans la peau de personnages hauts en couleur, certains masqués, d’autres en maillot de bain et d’autres encore prêts pour la guerre. Malheureusement, cette suite de scène, rocambolesque, certes, mais aussi inégale, et dotée d’un fil conducteur pour le moins ténu, n’est guère plus que la somme de ses parties. Quant au noble propos, il faut reconnaître qu’il s’exprime d’une manière redondante et parodique, un ton qui peut lasser.
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