Le Canada perd son influence au sein de la IIHF, mais pas la Russie

On se doutait que le comportement des dirigeants de Hockey Canada allait provoquer une rebuffade de la part de la communauté internationale du hockey. Mais pas à ce point. De l’avis général, le Canada a subi une sanction historique vendredi dernier à l’occasion des élections du conseil de la IIHF.
Tel qu’anticipé dans cette chronique la semaine dernière, cette élection a permis à plusieurs candidats pro-russes d’obtenir des sièges au conseil de la IIHF. J’y revendrai plus loin.
Plus près de chez nous, c’est toutefois la cinglante défaite subie par la PDG de Hockey Canada, Katherine Henderson, qui a retenu l’attention.
Les statuts et règlements de la IIHF prévoient qu’au moins trois femmes doivent siéger au conseil. La Sud-Coréenne Susie Jo ayant été élue vice-présidente responsable du continent asiatique, il restait minimalement deux postes féminins à pourvoir.
Or, ce qui aurait normalement dû être une élection facile s’est transformé en magistral camouflet pour le Canada. Henderson n’a obtenu que 35,04 % des voix au premier tour, ce qui lui a valu le quatrième rang. Elle a ensuite été rayée des bulletins de vote après le second tour parce qu’elle n’avait obtenu que 23,08 % d’appuis.
Le Canada, qui possède le plus gros bassin de hockeyeurs au monde et qui est de surcroît l’un des plus importants partenaires d’affaires de la IIHF, se retrouve donc écarté de la table décisionnelle du hockey international pour la première fois depuis 1998.

Le Canadien Luc Tardif a assisté la semaine dernière à son dernier congrès en tant que président de l'IIHF.
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Au bout du compte, quatre femmes provenant de la Hongrie, de la Pologne, de la Corée du Sud et de la Turquie siégeront au conseil de la IIHF alors que la cheffe du hockey canadien a été ignorée! Ce n’est pas anodin. Plusieurs commentateurs ont dénoncé l’illogisme
de cette situation. Cette perte de confiance envers les dirigeants canadiens apparaît toutefois très cohérente quand on tient compte de l’invraisemblable attaque juridique qu’a menée Hockey Canada contre la IIHF au cours des derniers mois.
Tel que rapporté dans cette précédente chronique, la fédération canadienne de hockey (avec le support de USA Hockey) s’est adressée aux tribunaux suisses pour empêcher la réalisation d’un contrat conclu entre la IIHF et l’équipementier canadien True. Ce contrat, dont la valeur est estimée à près de 100 millions de dollars, concernait la fabrication et la commercialisation des chandails portés par les joueurs lors des compétitions internationales.

Un chandail de Hockey Canada
Photo : Twitter / Hockey Canada
Les dirigeants de Hockey Canada tentaient ainsi de protéger un contrat qu’ils avaient eux-mêmes signé avec Bauer.
Au bout du compte, Hockey Canada a été débouté devant le tribunal commercial de Zurich. Mais cette manœuvre - hostile envers la communauté internationale - aura vraisemblablement pour effet de retarder d’un an l’activation du contrat liant la IIHF à True. Et elle provoquera, estime-t-on, un manque à gagner de plus de 10 millions pour la fédération internationale.
En plus de cette forte gifle encaissée sur la scène internationale et de la perte d’influence qui en découle, cette affaire soulève de sérieuses questions quant à la qualité de la gouvernance de Hockey Canada. Il sera donc intéressant de voir si cette affaire causera des remous au sein même de la fédération canadienne. Les élections du prochain conseil d’administration de Hockey Canada sont prévues pour le début du mois de décembre.
Dans le reste du monde, ces élections de la IIHF étaient suivies de très près pour d’importantes raisons géopolitiques. En coulisses, il était notoire que la Russie faisait des pieds et des mains pour faire élire des représentants sympathiques à sa cause. Les équipes russes sont exclues des compétitions internationales depuis l’invasion de l’Ukraine, survenue au début de l’année 2022.
Alors que la poussière retombe, on peut dire que la Russie compte désormais un plus grand nombre d’alliés autour de la table, à commencer par le nouveau président, l’Allemand Franz Reindl, dont la candidature était ouvertement soutenue par l’ancien président de la IIHF (et clairement pro-russe), René Fasel.

Franz Reindl est le nouveau président de l'IIHF
Photo : bongarts/getty images / Alexander Hassenstein
Au premier tour, le Tchèque Petr Briza a obtenu 48 voix contre 36 pour Reindl et 33 pour le représentant du Kirghizstan, Aivaz Omorkanov. Au second tour, les votes (présumément pro-russes) d’Omorkanov se sont majoritairement tournés vers Reindl, et l’Allemand l’a finalement emporté par 60 voix contre 57 pour Reindl.
Puisque les pays disposent de deux votes chacun, ça signifie que Briza - le candidat de la continuité par rapport à la présidence de Luc Tardif - a perdu la présidence de la fédération internationale par un seul vote.
Au grand soulagement de plusieurs, Briza a toutefois été réélu au poste stratégique de vice-président exécutif.
Dans une analyse extrêmement intéressante, le confrère Marc Branchu, du site Passion Hockey, explique que les médias tchèques attribuent la défaite de Briza à la… Suède (!). Le président de cette fédération, Anders Larsson, se serait selon eux désolidarisé du bloc européen. Si c’est le cas, il sera intéressant de voir s’il en paiera le prix au sein du hockey suédois.
Larsson convoitait un poste de vice-président responsable de l’Europe, mais il n’est jamais passé proche de l’obtenir. Mais quand il a été largué de la course à l’obtention de ce poste, les observateurs ont noté que la plupart de ses supporters se sont tournés vers le Slovaque Igor Nemecek, un candidat clairement pro-russe, aux dépens d’un candidat finlandais.

Le Canada est écarté de la table décisionnelle du hockey international pour la première fois depuis 1998.
Photo : Getty Images / Tom Szczerbowski
Juste pour donner une idée de la quantité de ficelles que les Russes ont tiré avant ces élections, notons que le directeur général de la fédération russe, Dmitry Kurbatov, est passé à un cheveu d’être élu au conseil à titre d’administrateur! Il est facile d’imaginer le chaos qui en aurait découlé.
Au final, les Russes pourront quand même faire entendre leur voix avec plus de force au cours des prochaines années parce que Reindl et Nemecek ont été élus, mais aussi Larsson (qui a finalement décroché un poste d’administrateur) ainsi que le Kirghizstanais Omorkanov, le Bélarusse Sergei Goncharov et le Bulgare Stoian Batchvarov.
Si on fait le décompte, au moins 6 des 15 sièges du conseil de la IIHF sont désormais occupés par candidats qu’on peut présumer favorables à un retour de la Russie dans les compétitions internationales. Et ce, malgré les graves menaces à la sécurité que ce pays fait planer sur le reste de l’Europe.
Ça risque donc de brasser très fort au cours des prochaines années.
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