L’avortement s’invite dans les élections américaines par le biais de référendums
Avec les républicains qui évitent d’en parler et les démocrates qui se concentrent sur le pouvoir d’achat, le droit à l’avortement semble être passé sous les radars aux États-Unis. Mais lors des élections de mi-mandat prévues mardi, quatre États organiseront des référendums importants sur le sujet.
Quatre ans après l’annulation de la garantie constitutionnelle à l’avortement par la Cour suprême, le pays s’est transformé en une mosaïque où chaque État fait sa loi.
De quoi engendrer des débats juridiques sans fin et des soins médicaux de moindre qualité pour des millions de patientes, avec des conséquences dangereuses, parfois même mortelles.
En Idaho (ouest), État ultra-conservateur qui s’est doté d’une des lois les plus dures du pays, l’avortement est « un énorme sujet », assure à l’AFP Jen Jackson Quintano.
La militante fait partie de l’une des nombreuses organisations soutenant une initiative citoyenne, qui pourrait rétablir le droit d’avorter jusqu’à la viabilité fœtale, généralement entre 22 et 24 semaines de grossesse.
Actuellement, l’Idaho interdit l’avortement à tous les stades de la grossesse, avec une rare exception pour éviter la mort de la mère — mais pas pour préserver sa santé.
Les électeurs du Nevada (ouest) et de la Virginie (est) voteront également lors de référendums pour protéger le droit à l’avortement, tandis que le Missouri (centre) pourrait, lui, effacer cette garantie de sa constitution.
Près d’une vingtaine d’États dotés de parlements républicains appliquent désormais une interdiction totale ou très précoce de l’avortement.
Majeure au niveau local, la question a été soigneusement évitée par Donald Trump lors de la campagne pour les élections de mi-mandat.
Les conservateurs en porte-à-faux
« Les républicains n’ont évidemment aucun intérêt à insister sur la question de l’avortement saillante, parce qu’elle leur nuit », observe Mary Ziegler, professeure de droit à l’université de Californie à Davis, persuadée que « l’administration Trump repousse délibérément » les mesures sur ce sujet à « après les élections ».
Environ 60 % des adultes aux États-Unis estiment que l’avortement devrait être légal dans tous ou la plupart des cas, selon le Pew Research Center.
Le Parti républicain est même en porte-à-faux avec une partie de sa base, car en Idaho, environ 30 % des personnes ayant signé pour l’initiative populaire devenue un référendum sont enregistrées comme électeurs républicains, selon Melanie Folwell, la directrice de l’association Idahoans United for Women and Families.
De quoi démontrer que la question de l’avortement n’est pas « noire ou blanche » et brouille les lignes partisanes.
« C’est en réalité beaucoup plus nuancé, parce que c’est tellement personnel », insiste-t-elle.
Plusieurs médecins confient à l’AFP se sentir « muselés » par l’interdiction stricte de l’Idaho. Certaines de leurs patientes ont dû être transportées par avion dans d’autres États pour recevoir des soins d’urgence.
« C’est risqué de poursuivre une grossesse ici », explique la gynécologue et obstétricienne Becky Uranga. En cas d’ennuis, les médecins peuvent finir en prison, rappelle-t-elle.
De puissants groupes religieux et conservateurs financent l’opposition au référendum proposant de revenir sur l’interdiction adoptée par l’Idaho.
En face, plusieurs centaines de médecins ont signé une lettre exhortant les électeurs à voter pour. Ils s’indignent de voir leurs patientes faire des fausses couches, ou subir des complications graves pendant leur grossesse, sans pouvoir leur fournir les soins nécessaires.
Exode de médecins
« Nous voulons simplement garder les gens en bonne santé, heureux et en sécurité », plaide le médecin généraliste Loren Colson.
« Criminaliser les soins liés à l’avortement ne fait que rendre tout plus dangereux », ajoute ? t ? il. « Cela ne protège pas les fœtus. »
L’État subit d’ailleurs un exode de médecins, qu’il peine à remplacer, à cause de son interdiction.
Depuis qu’elle est entrée en vigueur, plus d’un tiers des gynécologues obstétriciens de l’État ont cessé d’exercer, quitté l’Idaho ou pris leur retraite, selon une étude publiée l’an dernier dans le Journal of the American Medical Association.
Mme Uranga, dont la famille vit dans la région depuis des générations, est restée.
Mais la gynécologue s’avoue « vraiment épuisée ».
« J’ai traversé des moments très difficiles », confie-t-elle.
Malgré ses convictions pro-vie et sa foi catholique, la médecin estime que l’interdiction passée dans son État est extrême.
« Être pro-vie devrait signifier être pro-choix », pointe-t-elle.
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