L’interdiction du hidjab à l’école démarre difficilement en Autriche
Depuis la rentrée scolaire en Autriche, l’interdiction du voile pour les élèves de moins de 14 ans suscite des protestations dans la rue comme dans les salles de classe, où des dizaines d’élèves refusent de s’y conformer.
Entrée en vigueur le 1er septembre, la loi portée par le gouvernement dirigé par les conservateurs entend promouvoir l’égalité entre les sexes et protéger les filles musulmanes contre la « ségrégation et l’oppression ».
Ses détracteurs dénoncent au contraire une mesure qui vise de manière disproportionnée les musulmans, porte atteinte à la liberté religieuse et contraint de jeunes filles à s’habiller d’une manière qui les met mal à l’aise.
Les autorités scolaires à travers le pays ont organisé 127 entretiens avec des parents et effectué 52 signalements pour des violations présumées de la loi depuis le début de la rentrée scolaire, selon le ministère de l’Éducation.
Dans le même temps, les opposants à la loi ont organisé des manifestations dans plusieurs villes du pays.
Au cours d’une de ces manifestations qui a eu lieu à Vienne, Zehra, 37 ans, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille, a raconté que ses deux filles de neuf et 13 ans étaient « tristes et en colère » face à l’interdiction.
« Nous élevons nos enfants en leur disant : vous pouvez décider qui vous voulez être, et cette loi va exactement à l’encontre de cela », a-t-elle ajouté.
« Il faisait partie de moi »
« J’accorde beaucoup d’importance à ma religion et je veux pouvoir la vivre », a déclaré Sandy, 12 ans, ajoutant avoir commencé à porter un hidjab il y a environ un an.
Son amie Seham, qui est également âgée de 12 ans, a dit s’être sentie « effrayée » à l’idée de retirer son voile « parce que je le portais depuis deux ans et il faisait partie de moi ».
Après des discussions avec la direction, elle a finalement été autorisée à couvrir ses cheveux avec un autre couvre-chef. Mais elle « préférerait tout de même porter le voile ».
Environ 8 % des neuf millions d’habitants de l’Autriche sont musulmans, selon des statistiques gouvernementales de 2021. D’après un rapport publié en 2024 par l’Agence des droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne, l’Autriche enregistre les taux les plus élevés de racisme et de discrimination antimusulmane dans l’UE.
Aux législatives de 2024, le parti d’extrême droite FPÖ était arrivé pour la première fois en tête, sans parvenir à former un gouvernement.
Une première tentative de bannir le voile à l’école sous l’impulsion d’un gouvernement de coalition conservateurs-FPÖ en 2019 avait été retoquée un an plus tard par la Cour constitutionnelle qui l’avait jugée discriminatoire.
La Communauté religieuse islamique en Autriche (IGGOe), qui soutient un recours contre la nouvelle interdiction, a indiqué avoir reçu environ 70 signalements de familles faisant état de difficultés liées à son application.
« Une loi présentée comme protégeant le bien-être des enfants met précisément ces enfants sous pression à l’école », a dénoncé l’organisation dans un communiqué.
La Cour constitutionnelle a confirmé à l’AFP avoir été saisie d’un recours contre la loi. Une décision doit être rendue au premier semestre 2027.
Lorsqu’une élève refuse de se conformer à la loi, l’établissement doit organiser des entretiens avec elle et ses parents avant de transmettre le dossier aux autorités éducatives. Les parents qui persistent s’exposent à une amende.
Dans une déclaration transmise à l’AFP, le ministre de l’Éducation Christoph Wiederkehr estime que le fait qu’il n’y ait eu que 127 entretiens jusqu’à présent montre « que la grande majorité des élèves et des parents coopèrent ».
« En outre, les chiffres montrent que les discussions menées avec les parents concernés en cas de violation sont, pour la plupart, fructueuses », ajoute-t-il.
À Vienne, où la majorité des violations ont été signalées, les autorités scolaires dressent toutefois un constat différent sur les motivations des élèves.
« Sur la base des discussions menées jusqu’ici, il ressort […] que les filles souhaitent porter le voile de leur propre gré », disent-elles.
Un enseignant qui a accompagné deux élèves concernées à Vienne a assuré à l’AFP n’avoir relevé aucun signe qu’elles aient été contraintes de se voiler. Et regrette que les élèves aient dû passer des semaines à s’adapter ou à chercher des alternatives acceptables au voile.
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