Ils ont réussi à voir sous le sable du Sahara : les premières images révèlent un monde disparu avec ses rivières et ses lacs

Des lacs, des rivières, des prairies et une végétation abondante. Voilà à quoi a pu ressembler le Sahara entre 14 500 et 5 000 ans avant aujourd'hui, pendant ce que l'on appelle la « période humide africaine ». Les chercheurs associent ces intervalles climatiques principalement aux variations de l'orbite terrestre, qui auraient temporairement favorisé une mousson africaine plus intense. Les témoignages géologiques indiquent d'ailleurs que plusieurs périodes humides comparables se seraient répétées au cours des millions d'années. Dans le passé, le Sahara a donc pu présenter des paysages très différents. Mais comment étudier ces paléoenvironnements ?
« Voir à travers le sable »
Si les études de terrain peuvent apporter de précieux indices sur la présence passée de lacs et de systèmes fluviatiles, les données restent toutefois très fragmentaires.
Le mystère du « Sahara vert » est enfin résolu
Désert ou paysage verdoyant ? Le Sahara semble alterner régulièrement entre ces deux environnements opposés. Pourtant les mécanismes qui sous-tendent ces changements sont encore mal compris. Une nouvelle étude montre ainsi que les variations de l’axe terrestre ne seraient pas le seul paramètre en cause.... Lire la suite
« De nombreuses preuves sont cachées sous le sable », concède Philippe Paillou, professeur à l'Université de Bordeaux, dans ce communiqué. Alors, pour pouvoir étudier plus précisément l'évolution environnementale et climatique du Sahara, les chercheurs ont décidé de prendre de la hauteur et de se servir de certains satellites. « Notre idée était d'utiliser des radars satellitaires avec des longueurs d'onde les plus grandes possibles pour voir à travers le sable et révéler ce que pourrait être l'histoire passée des déserts », explique le chercheur.
Le déploiement d'un nouveau satellite en 2025, Biomass, permet de « sonder » le sol désertique et de détecter les traces de structures enfouies sous le sable (ici les affluents du Nil et un cratère). © Philippe Paillou
Sonder les déserts depuis l’espace
Les ondes radar peuvent en effet pénétrer dans le sable sec et révéler certaines structures enfouies, comme les anciens réseaux hydrographiques (lits de rivières, chenaux, lacs, delta...). Si cette technique a déjà été utilisée pour cartographier les structures géologiques enfouies sous le sable du Sahara, notamment grâce à la mission SIR-A lancée en 1981, l'arrivée en orbite du satellite Biomass ouvre toutefois de nouvelles perspectives dans ce domaine.
Ce satellite déployé par l'ESA en avril 2025 est en effet le premier à être équipé d'un capteur SAR (Synthetic Aperture Radar, radar à synthèse d'ouverture) opérant dans la bande P des fréquences, c'est-à-dire autour de 430 MHz. Cette fréquence correspond à de très grandes longueurs d'onde, d'environ 70 cm. Or, plus la longueur d'onde est grande, plus les ondes radar peuvent pénétrer certains matériaux. Cela permet notamment de mesurer la quantité de biomasse présente dans les forêts du globe, afin de mieux estimer la quantité de carbone stockée dans cette végétation et ainsi comprendre le rôle des forêts dans le cycle du carbone et la régulation du climat.
S'il s'agit là de l'objectif principal de Biomass, cette technologie s'est également avérée bien utile pour « sonder » d'autres environnements, comme les glaciers, la surface des océans... et les déserts.
Ils ont vu à travers les forêts : les premières images de Biomass sont à couper le souffle !
Ces images sont de toute beauté ! Le satellite radar Biomass de l’Agence spatiale européenne (ESA) a livré ses premières images. Elles sont pleines de promesses. C’est une très bonne nouvelle car les données de Biomass sont cruciales dans notre compréhension du cycle du carbone. On fait le point.... Lire la suite
Philippe Paillou estime ainsi que les ondes radar du satellite peuvent pénétrer jusqu'à cinq mètres de profondeur dans le sable sec, dans certaines conditions. Cela constitue une opportunité sans précédent pour étudier les paléopaysages du Sahara.
Comparaison entre les images de la forêt bolivienne prises par Sentinel-2 (Copernicus) et Biomass. © ESA, Copernicus
Biomass révèle l’importance des anciens réseaux hydrographiques du Sahara
Et les premiers résultats sont époustouflants : les données radar ont par exemple permis de mettre en évidence avec une grande précision les cours d'anciennes rivières au Tchad, l'incroyable réseau d'anciens affluents du Nil, ou encore une structure circulaire de 2,5 km de diamètre au Soudan que les chercheurs interprètent comme un cratère météoritique.
Biomass dévoile ici un ancien réseau hydrographique du Tchad caché sous le sable. © Philippe Paillou
Ce sont également toutes les structures géologiques cachées sous les dunes de sable qui se dévoilent.
L'apport scientifique de Biomass, dont la mission est planifiée sur une durée de cinq ans, s'annonce donc particulièrement vaste. En révélant des structures enfouies, ses données pourraient en effet aider les chercheurs à reconstituer l'évolution des paysages, à repérer des secteurs d'intérêt archéologique et à mieux cibler la recherche d'eau souterraine dans ces environnements désertiques.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.