Team Herscham : des policiers au contact des personnes sans-abris

Créée en 2003 au sein de la zone de police Bruxelles-Ixelles, la Team Herscham compte donc cinq inspecteurs pour couvrir l'ensemble de la zone. Au début, leur mission principale était de procurer des papiers d'identité aux personnes qui n'en avaient plus, une étape indispensable pour entamer des démarches et espérer sortir de la rue. "En Belgique, sans papier d'identité, tu n'es rien", explique Chris.
Mais rapidement, leur rôle a dépassé les démarches administratives. Tous les jours, ils partent en patrouille, en voiture ou à pied, à la rencontre de leur public. À force d'être à leur contact, ils ont noué une relation de confiance qu'ils veillent à entretenir. "Même si on constate une infraction de consommation de drogue dure, le plus important pour nous, c'est que la personne soit prise en charge, pas de la verbaliser", confirme Alain. Pour renforcer cette confiance, les policiers ont fait tomber l'uniforme depuis plusieurs années. "L'uniforme, ça représente la répression pour eux, on a constaté que ça enlevait une première barrière d'être en civil."
Le but de leurs patrouilles : prendre des nouvelles des personnes sans-abris, tenter de trouver des solutions, mais aussi les rediriger vers les acteurs de terrain qui peuvent les aider. "Sans les travailleurs sociaux, on ne serait rien", assure Chris. Acteurs de la rue et policiers travaillent main dans la main et se tiennent au courant des avancées pour chaque bénéficiaire.
Chaque nuit, 7000 personnes doivent trouver un endroit où dormir
Le constat sur le terrain est sans appel : "Avant, on connaissait toutes les personnes sans-abris de notre zone, maintenant, le nombre a quasi doublé, les structures d'accueil n'ont pas suivi et évidemment, on n'arrive plus à suivre", constate Chris. Les chiffres le confirment. D'un côté, le gouvernement fédéral a décidé de supprimer 1000 places d'accueil destinées aux demandeurs d'asile et aux personnes sans-abri à Bruxelles. De l'autre, le dernier dénombrement de Bruss'help, réalisé en novembre 2024, recensait 9777 personnes sans solution d'hébergement en Région bruxelloise, soit une hausse de 25% en deux ans. La Croix-Rouge, qui gère plusieurs centres dans la capitale, évoque de son côté 10 000 personnes sans domicile identifiées à Bruxelles. "Quand on sait qu'il y a plus ou moins 2500 places dans des centres d'hébergement, ça veut dire que, chaque nuit, plus de 7000 personnes doivent trouver une solution pour dormir", déplore Chris.
La Wallonie n'est pas épargnée. Selon l'Observatoire wallon du sans-abrisme, mené avec des chercheurs de l'UCLouvain, environ 18 800 personnes étaient en situation de sans-abrisme en 2025. Parmi elles, un tiers de femmes et 5031 mineurs.
En 2021, la Belgique a pourtant signé la Déclaration de Lisbonne, qui l'engage à éradiquer le sans-abrisme d'ici 2030.
Chaque mercredi, la Team Herscham tient une permanence dans son commissariat de la rue de la Loi. Les inspecteurs y accueillent les sans-abris sans rendez-vous. "Ils ont plus confiance de venir ici que dans un commissariat classique, avec nos collègues en uniforme", observe Alain.
La mission principale de ces permanences : redonner des papiers d'identité. Une "attestation de passage", document spécialement créé par la Team en accord avec la Ville, permet d'inscrire la personne à une adresse de référence et de récupérer un document d'identité officiel. Cette démarche n'est disponible que pour les personnes inscrites au registre national. Pour les personnes issues de l'Union Européenne, les policiers ont établi des accords avec les ambassades pour que leurs ressortissants puissent obtenir un passeport gratuitement. "Pour les personnes en exil, les demandeurs d'asile ou les personnes qui ont reçu un ordre de quitter le territoire, on n'est pas compétents", explique Chris. Sur place ils ont tout ce qu'il faut pour créer une fiche qui atteste de l'identité de la personne. Appareil photo, développeuse, tout est fait instantanément. "On garde toujours une photo d'eux dans nos fichiers, comme ça s'ils reperdent le document, on a ce qu'il faut pour en refaire", explique Alain.
Au-delà de ces démarches administratives, les policiers sont aussi une oreille pour ces personnes qui leur font confiance. "Parfois, ils ont pris consciences qu'ils ont un problème de consommation, on peut les rediriger vers les associations spécialisées dans les assuétudes."
À force d'être sur le terrain, les policiers ont lié des liens étroits avec les travailleurs sociaux et savent vers qui rediriger en fonction des besoins. "On leur donne aussi un petit guide avec toutes les adresses où ils peuvent recevoir de l'aide."
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