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Thursday, October 29, 2026

Le conservatisme de l’Oklahoma fragilisé par l’effet Trump

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Malgré son âge, Carol Blackwood marchait d’un pas déterminé en ce lundi matin, mais elle s’est arrêtée net à la porte du bureau du Parti démocrate, devant l’affiche annonçant en grosses lettres la rupture de stock pour les pancartes électorales de la candidate au poste de gouverneur Cyndi Munson.

« C’est bien dommage, j’en voulais une pour mettre sur mon terrain, a laissé tomber l’octogénaire, élégamment vêtue, le regard pétillant derrière des lunettes de designer. Depuis le début de la campagne, c’est la troisième fois qu’ils en font réimprimer. Je repars les mains vides, mais ça me semble une bonne nouvelle dans les circonstances. »

Solidement ancré dans le conservatisme depuis les années 1960, l’Oklahoma n’a jamais été un enjeu électoral important pour les républicains, qui y dominent le paysage politique depuis des lunes. Mais le contexte politique et économique américain, couplé au retour brutal de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025, semble insuffler dans cet État figé un étonnant appel d’air dont les démocrates espèrent profiter, à quelques jours à peine des élections de mi-mandat. Elles se tiendront le 3 novembre prochain.

« Il se passe quelque chose ici », résume Charles Outlaw, trésorier de la campagne électorale démocrate à Oklahoma City, assis dans le bureau du parti où une poignée de bénévoles s’activent sous le regard de Barack Obama, John F. Kennedy et Jimmy Carter encadrés sur les murs. « Le contexte national favorise le Parti démocrate, et cela inquiète beaucoup de républicains qui avaient l’habitude d’un scrutin plus tranquille. Nous vivons ici sous le joug d’un parti unique depuis plus de 16 ans. » Les républicains détiennent deux supermajorités, occupant 39 des 48 sièges du Sénat et 81 des 101 sièges de la Chambre des représentants de l’État. « Mais on a l’impression que certains républicains sont en train de perdre pied, et nous devons réussir à en tirer profit. »

Une surprise possible ?

C’est ce que s’est dit l’Association des gouverneurs démocrates, qui, la semaine dernière, a annoncé un investissement important de 500 000 $ dans la course au poste de gouverneur de l’État, destiné à soutenir la candidature de Cyndi Munson. Un geste surprenant, l’Association préférant généralement miser sur des courses électorales sûres.

Les récents sondages annoncent une course serrée entre la démocrate et Mike Mazzei, candidat de Donald Trump aux côtés duquel il s’affiche sur les pancartes dans les villes et les régions plus rurales de cet État que le populiste a remporté avec 34 points d’avance sur Kamala Harris en 2024.

Aucun démocrate n’a remporté l’élection au poste de gouverneur depuis 2006. L’Association des gouverneurs démocrates estime que la somme modeste injectée dans la course pourrait être suffisante pour créer la surprise.

« La conjoncture politique est favorable aux démocrates partout au pays, même dans un État profondément républicain comme l’Oklahoma, résume en entrevue le politicologue Seth C. McKee, de l’Université d’État de l’Oklahoma. Cyndi Munson est une candidate de très haute qualité. » Âgée de 41 ans, elle a été la première Américaine aux origines asiatiques, en 2015, à faire son entrée à la Chambre de l’Oklahoma, où elle a été élue cheffe de la minorité démocrate. « Face à elle, Mike Mazzei ne fait pas le poids, poursuit-il. Il est loin d’être aussi solide que Gentner Drummond, qu’il a battu lors du second tour des primaires républicaines », avec l’appui de Donald Trump, qui a qualifié Drummond de « faux républicain ».

« La victoire de Cyndi Munson ne serait toutefois possible que si une très large partie des républicains votaient pour elle, ce qui me semble encore très irréaliste », conclut-il.

Dans la grande région de Lawton, dans le sud de l’État, Jennifer Brown, une agricultrice du coin, semble vouloir lui donner raison. « Munson est trop à gauche pour l’Oklahoma », laisse-t-elle tomber, tout en rejetant de l’autre main les critiques contre Donald Trump et ses politiques économiques qui ont durement touché la vie des agriculteurs de la région. « C’est vrai que les temps sont durs. Mais il n’est pas le seul responsable. Tout ça a commencé sous Barack Obama et sous Joe Biden. Les républicains de l’État ont aussi les yeux ouverts sur cette réalité », ajoute la jeune femme, dans un paysage alliant champs de coton et de soya et puits de pétrole.

Un projet de fonderie qui divise

N’empêche, ces républicains font face pour une rare fois à un nombre croissant de courses dans des élections locales où deux candidats se disputent les sièges au Sénat de l’État (14 sur 25 sièges en jeu) et à la Chambre des représentants (55 sur 101). Souvent, dans cet État conservateur où les victoires républicaines sont jouées d’avance, le poste était accordé au seul candidat qui remportait la primaire du parti.

Cette opposition soudaine se nourrit de l’augmentation du coût de la vie, induite par les guerres de Donald Trump, mais aussi du projet de fonderie d’aluminium que le président veut implanter dans l’État. L’usine serait construite à Inola, à environ 48 km à l’est de Tulsa, la deuxième ville de l’État, pour produire 750 000 tonnes d’aluminium par an. L’objectif est de réduire la dépendance des États-Unis à l’aluminium provenant du Canada.

Plusieurs militants et des élus locaux, dont le procureur général Gentner Drummond, s’y opposent en évoquant des risques de pollution de l’air et de l’eau dans un secteur rural où les terres agricoles n’ont pas besoin de cet autre effet pervers du trumpisme. Ils dénoncent aussi un cadre financier reposant sur des fonds souverains liés au gouvernement des Émirats arabes unis, une « monarchie étrangère islamique », disent-ils.

« Beaucoup de gens sont pessimistes et croient que le renversement des républicains au profit des démocrates ne se produira pas ici, dit Carol Blackwood, enseignante à la retraite d’Oklahoma City. Moi, je suis plus optimiste. À cause de l’imprévisibilité de Donald Trump à Washington, j’ai des amis républicains qui disent vouloir voter pour des démocrates cette année. Les démocrates, eux, n’ont plus peur de se montrer, de s’afficher, et même de se mobiliser pour aller voter en espérant que, cette fois-ci, leur vote comptera réellement », conclut-elle.

Une perspective qui repose en grande partie sur un taux de participation élevé, chose plutôt incertaine dans cet « État qui affiche traditionnellement les taux les plus faibles du pays, couplés à un fort niveau d’apathie devant la chose politique », notait récemment la chroniqueuse Janelle Stecklein dans les pages d’Oklahoma Voice.

Lors des élections de mi-mandat de 2022, 39,6 % des habitants de l’État en âge de le faire ont exercé leur droit de vote, contre 46,2 % en moyenne à l’échelle nationale.

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