Deux femmes agressées en CHSLD | « Tout est bien qui finit bien », se réjouit un agresseur qui évite la prison

« Tout est bien qui finit bien », a philosophé Mohamed Zarrouk, à la fin de l’audience. Ce délinquant était visiblement satisfait d’éviter la prison mardi, alors qu’il a agressé sexuellement deux femmes très vulnérables dans un CHSLD. Il était si soulagé qu’il a même offert un cadeau au juge.
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« Est-ce que vous permettez que je vous remette un cadeau de Noël ? », a conclu Mohamed Zarrouk, en sortant un objet de ses poches. « Non, c’est gentil. C’est bien intentionné, mais sans façon », a sèchement répliqué le juge Pierre E. Labelle, au palais de justice de Montréal.
« Ça fait partie de la personnalité de M. Zarrouk », a ajouté son avocate, Me Camille Blanchette Sinotte.
Mohamed Zarrouk a été condamné à deux ans de prison à domicile, compte tenu des circonstances « particulières » de l’affaire.
L’homme de 82 ans a été déclaré coupable de deux chefs d’accusation d’agression sexuelle commise entre 2018 et 2024. Ses deux victimes résidaient au Centre d’hébergement Paul-Émile-Léger à Montréal. Le délinquant y œuvrait depuis des années comme bénévole.
La Presse a d’ailleurs déjà fait le portrait de cet « infatigable bénévole » en 2021. Il était décrit comme un homme « dévoué » s’impliquant à fond auprès d’associations, de centres communautaires et de centres d’hébergement.
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Tout un contraste avec l’agresseur sexuel décrit devant le tribunal.
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE
Mohamed Zarrouk en 2021
Sa première victime est atteinte de problèmes cognitifs et se déplace en fauteuil roulant. Elle utilise un clavier et un iPad muni de haut-parleur pour communiquer. Elle affirme que Mohamed Zarrouk l’a embrassée « souvent » sur la bouche et sur les seins, sans son consentement.
Ce sont des agents de sécurité du Complexe Desjardins qui ont alerté les autorités en février 2024, lorsque Mohamed Zarrouk a été aperçu en train d’embrasser la victime sur la bouche.
« À chaque [fois] qu’il me forçait, les jours suivants, j’avais mal au ventre parce que j’y pensais. J’étais nerveuse. J’en faisais des cauchemars », raconte la victime dans une lettre déposée à la cour.
Elle a même consommé du crack pour « oublier », a-t-elle confié.
L’enquête a permis de découvrir une seconde victime. Celle-ci est atteinte de troubles cognitifs et souffre de problèmes de mémoire à court terme. Néanmoins, elle affirme que l’accusé l’a embrassée avec sa langue à quelques reprises. Elle n’y a jamais consenti.
« J’ai vécu beaucoup de colère de m’être fait agresser », a-t-elle confié dans une lettre.
Après coup, elle évitait les activités du Centre par peur de le croiser.
« Je faisais moins confiance au personnel du centre d’hébergement, surtout aux hommes. J’acceptais les soins avec réticence. J’avais peur que les préposés me fassent des attouchements. Encore aujourd’hui, il m’arrive d’avoir peur pendant les soins d’hygiène que je reçois », a-t-elle affirmé.
Preuve « très difficile » pour la Couronne
La peine de prison à domicile est le fruit d’une suggestion commune négociée lors d’une séance de facilitation avec le juge (hors du tribunal).
La défense avait l’intention de présenter des requêtes pour contester la légalité d’une perquisition et l’admissibilité des interrogatoires des victimes. On alléguait une atteinte « significative » aux droits de Monsieur.
« Le profil de M. Zarrouk m’a été exposé, les difficultés que la poursuite entrevoyait pour administrer et remplir son fardeau. Son plaidoyer est méritoire et doit être souligné », a affirmé le juge.
La reconnaissance de culpabilité de M. Zarrouk représente donc un facteur « très atténuant » aux yeux de la procureure, Me Gabrielle Delisle. « Ça a eu un impact positif sur les victimes », a-t-elle poursuivi.
La défense a fait valoir que son client n’avait pas d’antécédent judiciaire, était « très éduqué » et poursuivait ses études.
Les parties n’ont presque rien dit sur les facteurs aggravants, comme c’est généralement le cas.
Dans le cadre de sa « peine d’incarcération » purgée chez lui, Mohamed Zarrouk devra rester chez lui pendant les 240 premiers jours, sauf pour quelques exceptions, comme pour aller marcher entre 15 h et 16 h.
Il lui sera interdit d’être en position de confiance auprès de personnes ayant un handicap intellectuel et physique, et il lui sera interdit de se trouver au Centre Paul-Émile-Léger.
Mohamed Zarrouk sera soumis à une probation de trois ans. Il évite toutefois d’être inscrit au Registre des délinquants sexuels.
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