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Wednesday, August 19, 2026

Un camp musical intergénérationnel à l’épreuve du temps

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Sur une petite plage, un père et sa fille s’amusent à construire des châteaux de sable, au son d’un piano et d’une voix féminine. Devant eux s’étend le Grand lac MacDonald. À quelques mètres, dans un pavillon adjacent aux canots, un cours de chant se déroule. Une dame interprète une œuvre de Louise Forestier, sous les directives exigeantes de sa professeure.

Du 28 juin au 23 août, dans une quinzaine de studios, dans les chambres, sur les balcons et même dans un camping, la musique résonne de 7 h à 23 h dans ce vaste site de villégiature de la municipalité de Harrington, dans les Laurentides.

« Bienvenue chez CAMMAC », lance Kim Duhaime, responsable des communications pour le centre musical, qui organise huit semaines de camp bilingue et intergénérationnel.

Avec la directrice artistique, Guylaine Lemaire, Mme Duhaime rencontre Le Devoir dans le pavillon principal, pour lui faire visiter ce camp qui rassemble des musiciens amateurs et des professeurs chevronnés. CAMMAC, pour Canadian Amateur Musicians/Musiciens Amateurs du Canada, a été fondé en 1953 par deux musiciens professionnels, George et Carl Little. Sa particularité, c’est qu’il est essentiellement familial. Cette semaine-là, il y a 81 adultes, 24 enfants et 15 ados parmi les 120 participants, qui viennent surtout du Québec et de l’Ontario, mais aussi d’autres provinces et pays.

« La plus jeune a 4 ans et le plus vieux a 90 ans, souligne Mme Lemaire. L’an dernier, il y avait une dame de 98 ans qui jouait du clavecin. » Plusieurs artistes connus ont fréquenté le camp dans leur jeunesse, dont Yannick Nézet-Séguin, Gregory Charles, Cœurde pirate et Nicolas Ellis.

Dans l’entrée, toutes sortes d’instruments à cordes et à vent sont laissés avec confiance par leurs propriétaires, en attente des leçons qui les mettront en valeur. Et il ne manque pas d’options de disciplines et de niveaux à CAMMAC. La musique classique domine généralement la programmation, qui comprend également du yoga, de la danse et des sports nautiques. Cette semaine-là, le thème est « Le jazz à la rencontre du classique ».

De l’engrais pour les jeunes

Quand Kim Duhaime ouvre la porte de la salle principale, qui offre une vue sur le lac, un combo jazz débutant répète pour un concert qui aura lieu samedi. À l’étage inférieur, dans un cours d’improvisation avancé, un coach désigne les musiciens un par un, quand c’est leur tour de briller. Dans un petit studio, quatre filles de moins de 10 ans apprennent une pièce de leur choix. Lady Gaga a la cote. L’une des élèves est aussi fière de présenter sa nouvelle composition.

Un peu plus loin, une dizaine d’adolescents improvisent sur le thème de La Panthère rose, notamment au piano, à la guitare, à la trompette, à la flûte et à la voix. Selon leur professeur Craig Girardin, le camp CAMMAC est du « super engrais pour les enfants ».

« Ils sont vraiment engagés, ils ont envie de tout essayer. Ils se sentent en sécurité pour s’exprimer sans se faire juger. On les amène aussi loin qu’on peut en partant de leur niveau. Il y a beaucoup de progrès en une semaine », dit celui dont les deux enfants fréquentent eux-mêmes le camp depuis leur jeune âge.

Sa collègue Virginie Proulx-Tremblay participe à l’entrevue avec son bébé de 4 mois dans les bras. « C’est ma deuxième famille. Ça fait 20 ans que je suis ici et mon plus grand rêve, c’était que mes enfants viennent à CAMMAC. C’est la première fois que ça arrive, se réjouit-elle. J’ai été monitrice d’enfants de 4 ans qui viennent encore ici à 25 ans. Je les ai vus grandir. »

Les parents et les enfants se retrouvent parfois dans les mêmes cours, à découvrir ensemble un nouvel instrument. Ça a été le cas de Nancy Michaud et de ses fils, aujourd’hui adolescents, qui ont suivi le programme pour enfants dès leurs 4 et 6 ans.

« On attend avec impatience toute l’année pour venir ici », assure celle qui loge dans une roulotte pendant son séjour. Elle remarque que ses fils ont développé ici des amitiés fortes. Elle a aussi incité sa mère, âgée de 81 ans, à profiter de ce cadre enchanteur et à chanter dans la chorale. « Je vois que ça fait une grosse différence dans son bien-être et son développement cognitif », dit Nancy Michaud.

Des passions de longue date

Elaine Châteauvert revient à CAMMAC presque chaque année en famille depuis 43 ans. « Je jouais de la guitare classique en mettant les pieds ici. Quand j’ai vu qu’il y avait un orchestre, je me suis mise à jouer du violoncelle », raconte-t-elle en sortant d’un atelier de percussions dans un chalet en bois, au milieu de la forêt. « Je chante aussi dans le Chœur Métropolitain et dans un orchestre de cordes à Montréal. C’est un passe-temps qui remplit bien nos vies. »

Approchant la soixantaine, Mme Châteauvert apprécie le fait qu’elle puisse partager sa passion avec des gens de toutes les générations et lier des amitiés tant avec des professionnels qu’avec d’autres étudiants. « C’est un endroit tellement décontracté. Il n’y a pas de compétition. C’est ce qui fait qu’on revient d’année en année », explique-t-elle.

Dans cette ambiance sans pression, des musiciens de haut niveau transmettent leur savoir au camp CAMMAC, au sein du corps professoral de plus de 160 membres. Pour le contrebassiste et professeur Adrian Vedady, l’enthousiasme des musiciens amateurs est contagieux : « On les voit courir d’un cours à l’autre avec un gros sourire aux lèvres. Ça nous rappelle pourquoi on fait ce travail-là. Parce qu’on adore ça. »

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