Accros à «L’Actualité» depuis 50 ans
Le magazine d’information québécois L’Actualité, le seul en son genre généraliste, souligne ses 50 ans d’existence par un numéro anniversaire de 124 pages, en kiosque prochainement. « Depuis 1976 — et plus actuel que jamais ! » lit-on en première page de cette édition spéciale, qui retrace l’évolution du média permettant « aux Québécois, et aux francophones de partout en Amérique du Nord (salut les cousins !), de s’inspirer, en leur racontant ce qu’ils bâtissent, ce qu’ils créent, ce qu’ils vivent », écrit dans son éditorial le rédacteur en chef, Éric Grenier, avec qui Le Devoir s’est entretenu.
Dans son éditorial, M. Grenier lie l’évolution du magazine à celle de la société québécoise, qui, dans les années 1960, traversait une révolution. La société « s’est mise en marche. Et par un hasard qui n’en est vraisemblablement pas un, ses premiers fruits sont arrivés à maturité au même moment que commençait l’aventure de L’Actualité », fondé en septembre 1976 sous la gouverne de son premier rédacteur en chef, Jean Paré. Ce dernier est d’ailleurs interviewé dans l’édition anniversaire du magazine aux côtés d’une autre de ses leaders historiques, Carole Beaulieu.
Toujours debout après un demi-siècle, le magazine québécois a traversé les transformations de l’industrie médiatique et les pressions exercées sur le marché des imprimés depuis une bonne quinzaine d’années. L’âge témoigne de la pertinence soutenue du magazine, qui n’affronte pas la concurrence, étant unique dans son marché, contrairement à la France « et aux États-Unis, auxquels on se compare plus aisément, puisqu’en France, les magazines d’information sont marqués par des idéologies, alors que nous sommes davantage marqués par la tradition nord-américaine du journaliste », qui cherche l’idéal de l’objectivité, « comme c’est le cas, par exemple, du Time Magazine », note le rédacteur en chef. « D’ailleurs, son taux de pénétration du marché est semblable au nôtre, mais forcément pour un lectorat beaucoup plus important. Je ne suis pas certain qu’un marché de la taille de celui du Québec pourrait soutenir deux publications de ce genre. »
« C’est aussi une des raisons pour lesquelles L’Actualité a perduré : on n’a jamais été aligné sur un côté ou l’autre » du spectre politique gauche-droite, estime Éric Grenier. « On vise un large public. C’est une publication à la fois pour les gens de pouvoir, pour une élite intellectuelle, et qui rejoint en même temps, comme je le dis dans mon éditorial, les ouvriers. Ce magazine s’est retrouvé dans un très large éventail de foyers au Québec. »
« Des bases solides »
L’Actualité, édité dix fois l’an à environ 28 000 exemplaires papier, est aujourd’hui en bonne santé financière, assure le rédacteur en chef, après avoir accusé une période de décroissance dans les années 2010, puis le choc de la pandémie. « Si vous me posez la question : “Aimeriez-vous avoir une salle de rédaction deux fois plus grosse ?”, bien sûr que je vous répondrais oui. Mais on travaille sur des bases solides. Nos revenus sont en croissance et l’équipe de L’Actualité n’envisage pas d’abandonner le papier pour au moins les cinq prochaines années », affirme le rédacteur en chef, soulignant que les clients publicitaires reconnaissent le poids et le prestige d’une annonce imprimée. « Nos abonnements papier ne fléchissent pas en ce moment », ajoute-t-il.
« Il faut toujours user d’imagination pour attirer de nouveaux abonnés, développer de nouveaux créneaux publicitaires, mais au moins, contrairement à une certaine époque où la majorité de nos revenus provenaient de la publicité, aujourd’hui, nos abonnés ont pris le dessus. Nous sommes moins dépendants de la publicité. »
Dans son éditorial, Éric Grenier se félicite même d’avoir l’attention d’un lectorat jeune : « Les moins de 35 ans (et plus de 14 ans) forment près du tiers de notre lectorat, plus que le poids démographique de ce groupe dans la population québécoise, écrit-il. “No wonder why”, diraient ces lecteurs, qui s’y reconnaissent davantage que dans les programmes de partis politiques, car L’Actualité s’est toujours intéressé à l’avenir avec un grand A ».
« Le défi aujourd’hui est de les garder attentifs à l’information et d’assurer notre présence dans la tête des jeunes lecteurs. Ils sont avides d’informations et je pense qu’on peut en faire plus pour aller les chercher », avance M. Grenier. Ainsi, à l’occasion de la parution du numéro anniversaire de L’Actualité, une nouvelle application mobile sera lancée ainsi qu’une nouvelle « plateforme », baptisée Source, visant à informer les 19 à 39 ans au moyen d’un microsite, d’une infolettre et de contenus déclinés en vidéos verticales, le format imposé par TikTok et les Reels d’Instagram. « Ce n’est pas un autre média, nuance la rédaction du magazine. C’est notre richesse qui se montre sous un jour plus désirable, plus visible, plus fluide. »
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