CHU général juif | Consulter un médecin d’urgence de chez soi

Une petite croix rouge, en haut à droite du site internet. Jusque-là, rien de plus normal pour désigner les soins d’urgence d’un hôpital comme le Centre hospitalier universitaire général juif. Mais derrière cette icône se cache peut-être une petite révolution : une urgence virtuelle.
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Le Centre hospitalier universitaire (CHU) général juif a lancé discrètement, en juin, un service de soins urgents virtuels.
Les adultes de son territoire peuvent prendre rendez-vous en ligne afin d’obtenir une consultation par vidéoconférence avec un médecin pour un problème de santé comme un mal de dos, une éruption cutanée, une infection urinaire ou une vilaine entorse. Mais pas pour une douleur thoracique ou de graves difficultés respiratoires (voir capsule « Urgence virtuelle ou pas ? »).
Unique au Québec, le projet pilote vise à désengorger l’urgence du CHU général juif – la plus achalandée au Québec avec 95 000 patients vus l’an dernier – et améliorer l’accès aux soins de santé de la population de la métropole. Info Santé (811, option 1) y dirige des patients montréalais.
« Les gens n’ont pas de médecin de famille ou s’ils en ont un, ils nous disent souvent : j’ai demandé un rendez-vous, mais le prochain est la semaine prochaine », explique le Dr Joel Turner, chef du département de médecine d’urgence de l’hôpital. « Mais les patients veulent être vus aujourd’hui. Où vont-ils aller ? À l’urgence. »
Une fois physiquement sur place, ils risquent d’être réorientés vers un service de première ligne comme une clinique médicale. C’est le cas d’un patient ambulatoire sur cinq à l’urgence du CHU général juif, selon le Dr Turner.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE
Le Dr Joel Turner
« Si on regarde juste les cas ambulatoires les moins urgents, les P4 et les P5 [pour priorité 4 et 5], nous réorientons 60 % d’entre eux », précise-t-il. Des gens qui auraient pu rester dans le confort de leur foyer pour voir un médecin de l’urgence virtuelle, plutôt que d’attendre des heures à l’hôpital.
Lancement le 1er octobre
Le nouveau service, qui démarre tranquillement, prendra son plein envol le 1er octobre. Il sera offert du lundi au vendredi de 8 h à 16 h. Jusqu’à présent, une vingtaine de patients y ont eu recours, selon le CHU général juif. À terme, l’urgence virtuelle pourrait « peut-être » accueillir 400 ou 500 patients par semaine, estime le Dr Turner.
Plusieurs problèmes de santé peuvent être diagnostiqués et pris en charge à distance, selon lui. « Les patients ont leur téléphone [avec une caméra], ils me montrent exactement ce qui leur fait mal », dit le spécialiste en médecine d’urgence.
Il cite en exemple un individu qui l’a consulté à l’urgence virtuelle pour une déchirure du mollet à la suite d’une partie de pickleball. « J’ai regardé avec lui s’il pouvait faire certains mouvements », affirme le Dr Turner.
Aucune radiographie n’était requise. Mais si cela s’était avéré nécessaire, le médecin l’aurait dirigé vers une clinique médicale proche de chez lui. « On le contacte le lendemain avec le rapport et on fait le suivi », poursuit-il. Même principe pour les prises de sang. Les patients peuvent consulter leurs résultats sur un portail qui leur est destiné.
Ailleurs dans le monde
Le concept d’urgence virtuelle n’a rien de nouveau, selon le Dr Daniel Mankarios, spécialiste en médecine d’urgence, qui pratique au CHU général juif. Un tel service est déployé à la grandeur de l’État du Queensland, en Australie, où il a travaillé jusqu’en 2023.
« C’était utile pour la population urbaine, mais aussi très utile pour les gens en région rurale parce qu’ils avaient moins accès à des soins », dit le Dr Mankarios.
Des centres hospitaliers ailleurs dans le monde et au Canada ont aussi mis sur pied des urgences virtuelles. À Toronto, l’hôpital Sunnybrook possède un département d’urgence virtuelle depuis décembre 2020, soit depuis la pandémie de COVID-19.
Le service, maintenant offert en partenariat avec l’University Health Network, fonctionne tous les jours de 13 h à 21 h. Les médecins et infirmières praticiennes qui y pratiquent voient en moyenne 16 patients par jour, selon l’hôpital Sunnybrook.
Les patients sont satisfaits du service reçu, indique l’établissement, qui les sonde après leur visite. « Nous avons un taux de recommandation de 95 % et plus », précise-t-on dans un courriel.
Une solution économique ?
Le CHU général juif évaluera le projet au cours des six prochains mois. Plusieurs indicateurs seront mesurés, selon Kathy Malas, directrice qualité, innovation, intelligence artificielle et valeur à Santé Québec Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE
Kathy Malas
« Est-ce que cela évite au patient de venir à l’urgence ? Est-ce que le patient a tout aussi bien compris ce que le médecin lui a dit, ses prescriptions [par exemple], en virtuel qu’en présence ? », mentionne-t-elle.
Si des visites à l’urgence sont évitées, les soins virtuels pourraient permettre de « sauver des dollars », indique-t-elle. Mais il est encore trop tôt, dit-elle, pour se prononcer.
Urgence virtuelle ou pas ?
L’urgence virtuelle accueille des patients souffrant d’un problème médical devant être traité rapidement, mais pas suffisamment grave pour nécessiter une intervention d’urgence immédiate en personne (ex. : douleur thoracique, symptômes d’accident vasculaire cérébrale, réaction allergique grave, saignements en début de grossesse, etc.). Voici des exemples :
- Mal de dos
- Blessure légère à la tête
- Mal de tête
- Paupière enflée
- Infection urinaire
- Brûlure légère
- Symptômes grippaux
- Éruptions cutanées
- Indigestion légère ou reflux gastrique
- Insomnie
- Anxiété légère à modérée
Source : Centre hospitalier universitaire général juif
Et les salles d’attente virtuelles ?
Le gouvernement Fréchette veut mettre en place des salles d’attente virtuelles dans 15 urgences de Lanaudière et de la Capitale-Nationale. Un appel d’offres a été lancé le 21 août et les organisations intéressées ont jusqu’à vendredi pour soumettre leur solution infonuagique de gestion d’attente virtuelle. Une fois le projet pilote en place, des patients ayant des problèmes de santé non urgents pourront retourner à la maison après le triage et conserveront leur place pour une évaluation médicale. Une téléconsultation par un professionnel sera offerte. Info Santé (811) pourra aussi diriger des patients vers ce service.
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