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Sunday, September 13, 2026

Les Houthis du Yémen, partenaires de Téhéran dans la guerre avec Washington

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Depuis juillet, les Houthis, qui contrôlent une partie du nord-ouest du Yémen, et la capitale, Sanaa, ravivent les tensions du côté du détroit de Bab el-Mandeb, exerçant leur propre rapport de force dans la guerre israélo-américaine contre l’Iran.

Que se passe-t-il?

Les Houthis se sont emparés, le 10 septembre dernier, d'une ville portuaire de la mer Rouge, Mokha. Le lendemain, ils ont pris le contrôle d'une île dans le détroit de Bab el-Mandeb, par lequel passe le trafic maritime à destination et en provenance du canal de Suez.

Cette île, connue sous le nom de Mayyun, se tient au milieu de ce passage stratégique qui relie l’océan indien à la mer Rouge.

Les Houthis consolident ainsi leur emprise sur une voie de navigation vitale pour le transport des marchandises et des hydrocarbures depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Téhéran a salué cette avancée rapide vers le sud.

Tôt dimanche matin, les Houthis ont aussi revendiqué une attaque contre une base militaire dans le sud de l'Arabie saoudite, qui soutient les forces gouvernementales yéménites.

Quelles conséquences pour l’économie mondiale? 

La perturbation du commerce maritime sur l’autre rive de la péninsule arabique pourrait faire flamber davantage les prix à la pompe partout sur la planète.

Le blocage du détroit d’Ormuz a déjà fait plonger la production de brut saoudien, qui en août a atteint son niveau le plus bas depuis 1990, rapporte Bloomberg.

Les exportations ont aussi chuté, bien que l'oléoduc de 1201 km de long qui relie les champs pétrolifères de l'est de l’Arabie saoudite au port de Yanbu, sur la mer Rouge, ait permis un temps d'atténuer l'impact des perturbations. Il a permis d'acheminer environ 4 millions de barils par jour, soit environ 4 % de l'approvisionnement mondial, selon Reuters.

Mais cette voie de contournement est elle aussi en péril puisque le Royaume saoudien a annoncé, samedi 12  septembre, qu’il fermait son oléoduc suite à une attaque de drones venue d’Irak, probablement menée par des milices chiites elles aussi affiliées à l’Iran.

Deux photos satellites d'une région désertique.

Vue satellite des dégâts sur l'oléoduc saoudien est-ouest, dans la région de Hejaz. L'image du dessus a été prise le 8 septembre 2026, celle du dessous le 11 septembre 2026.

Photo : via reuters / 2026 Planet Labs PBC

Une nouvelle baisse des flux saoudiens aggraverait le choc d'offre ‌de pétrole, qui a déjà poussé les prix des carburants à des niveaux records, alimenté l'inflation à travers le monde et propulsé les rendements obligataires américains à leurs plus hauts niveaux depuis la crise financière de 2008, analyse Reuters.

Les Houthis sont-ils téléguidés par l'Iran?

S'ils reçoivent du soutien de l'Iran et qu'ils dépendent de Téhéran à plusieurs égards, ils ont un degré d'autonomie assez élevé dans leur prise de décision, rappelle Thomas Juneau, professeur titulaire à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.

Les intérêts entre l'Iran et les Houthis sont alignés, ils agissent en proche coopération, mais les Houthis ne sont pas un bras de la politique étrangère iranienne.

Que cherchent-ils?

En dehors du soutien à leurs alliés iraniens, les Houthis, qui se font appeler Ansar Allah, les « partisans de Dieu », travaillent à la consolidation de leur pouvoir au Yémen.

En septembre 2014, ils ont renversé le gouvernement officiel du Yémen et se sont emparés de la capitale, Sanaa. En mars 2015, une coalition militaire formée par  l’Arabie saoudite et soutenue par l’Occident a tenté de rétablir le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Cette guerre meurtrière, qui a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué une des pires crises humanitaires au monde, n’a pas donné les résultats escomptés pour la coalition. En dépit d'une trêve conclue en 2022, elle ne s'est jamais vraiment arrêtée, même si les violences étaient relativement contenues.

Image d'un véhicule de guerre doté d'un lance-missile, dans un paysage aride ponctué de palmiers.

Les forces de la coalition soutenues par l'Arabie saoudite font feu sur des positions houthies le 8 septembre 2026, dans la région de Al-Khada à proximité de la côte de la mer Rouge et de la ville portuaire de Mokha.

Photo : afptv/afp via getty images / -

Depuis le mois de juillet, on assiste à une reprise de la guerre civile, alerte Thomas Juneau.

L'aspect régional de la guerre et ce qui se passe à l'intérieur du pays ne peuvent plus être séparés.

En prenant de nouveaux territoires au sud-ouest du Yémen, les Houthis font coup double : ça leur donne un avantage sur la mer Rouge, mais ça leur permet aussi d'affaiblir les forces de la coalition gouvernementale qui se trouvaient dans cette région, met en évidence M. Juneau.

Les États-Unis vont-ils intervenir?

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed ben Salmane, a demandé au président américain de bombarder les positions des Houthis, mais ce dernier a refusé de le faire.

Ils se tiennent les mains et sourient.

Le président américain, Donald Trump, et le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, lors d'une réunion dans le bureau ovale en novembre 2025 (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Evelyn Hockstein

Les États-Unis ne veulent pas s'embourber davantage au Moyen-Orient. La guerre est très coûteuse et elle complique la tâche des républicains à l'approche des élections de mi-mandat, estime Thomas Juneau en précisant qu'il n'est pas facile de décrypter la position américaine.

Selon lui, il y aurait une entente de facto entre les deux parties, qui ont signé un accord de cessez-le-feu en mai 2025 : les Houthis limitent leurs attaques aux navires saoudiens, et les États-Unis s'engagent en échange à ne pas les bombarder.

Selon CNN, plus d’une centaine de conseillers militaires américains sont pour l’instant déployés dans le royaume saoudien pour fournir des renseignements et un soutien ciblé à Riyad dans sa campagne militaire contre le groupe rebelle.

Toujours selon la chaîne américaine, des centaines de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique, la force paramilitaire iranienne, se trouvent de leur côté au Yémen pour appuyer les Houthis.

Selon un rapport récent du groupe Conflict Armament Research, les Houthis possèdent maintenant un arsenal militaire sophistiqué comprenant plusieurs types de missiles, des drones d’attaque et des véhicules sous-marins sans équipage. Ces armes sont fournies par des réseaux d’approvisionnement extérieur, principalement iraniens.

Peut-on parler d'un nouveau front?

Le front est ouvert depuis plusieurs années, marquées par plusieurs campagnes de bombardement américaines, britanniques et israéliennes, rappelle Thomas Juneau. Les tensions s'intensifient toutefois ces dernières semaines.

En novembre 2023, en réaction à la guerre à Gaza, les Houthis avaient mené des attaques au large du Yémen contre des navires qu'ils estimaient liés à Israël. En mars 2025, ils avaient à nouveau menacé le commerce maritime, ce qui avait conduit les forces américaines et britanniques à mener des frappes aériennes au Yémen, ciblant notamment la capitale, Sanaa.

Trois bateaux remorquent un grand navire.

Des bateaux aident à remorquer le MT Sounion, un navire immatriculé en Grèce qui a été attaqué par les Houthis du Yémen en mer Rouge. Il a été remorqué à travers le canal de Suez en Égypte, le 10 mars 2025.

Photo : Reuters / Autorité du canal de Suez

Ces bombardements ont coûté la vie à de nombreux civils. Selon le New York Times, 213 civils yéménites ont perdu la vie dans les frappes américaines menées entre la fin de 2023 jusqu'au cessez-le-feu de mai 2025. La majorité de ces décès ont eu lieu depuis l’entrée en fonction de Donald Trump.

La recrudescence des combats au Yémen a déjà entraîné le déplacement de près de 86 000 personnes, selon l'ONU.

Comment les pays du Golfe vont-ils réagir?

Les pays du Golfe, Arabie saoudite et Émirats arabes unis en tête, ont les mains pleines, juge Thomas Juneau.

La fermeture du détroit d'Ormuz leur fait très mal, non seulement sur les plans logistiques et financiers, mais aussi sur le plan de leur image. Celle du détroit de Bab el-Mandeb aggraverait encore leur situation. Ils se trouvent dans un dilemme, observe Thomas Juneau.

S'ils [les pays du Golfe] s'engagent plus clairement dans la guerre, les Houthis peuvent lancer des représailles contre eux.

Cela s'est déjà produit par le passé. En janvier 2022, ils avaient tiré des missiles balistiques contre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, en réponse à une frappe aérienne qui avait causé la mort de plus de 70 personnes dans le nord du Yémen. Plus tôt cette année-là, ils avaient aussi ciblé des installations pétrolières saoudiennes.

Un immense site pétrolier vu depuis un satellite.

Image satellite montrant l'impact d'une attaque revendiquée par les Houthis contre un dépôt de pétrole à Abou Dhabi aux Émirats arabes unis, en janvier 2022.

Photo : AP

Les Houthis sont-ils reconnus par la communauté internationale?

Bien qu’ils contrôlent des territoires où habite la majorité de la population yéménite, dont la capitale, Sanaa, les Houthis ne sont pas reconnus par la communauté internationale comme le gouvernement légitime du pays. Seul l’Iran l’a fait.

Fin 2024, le Canada, qui a déjà soutenu des frappes contre les Houthis, a ajouté le groupe à sa liste d'entités terroristes.

Le gouvernement yéménite officiel, le seul reconnu par la communauté internationale, siège à Aden, qui fait office de capitale provisoire.

Les origines du groupe remontent à la fin des années 1990, quand la famille Houthi, de confession chiite, qui dirigeait autrefois le Yémen, a lancé un mouvement de contestation du gouvernement central, qui l’avait marginalisée. Même s’ils ont de fortes racines tribales, les Houthis ne constituent pas une tribu, mais un groupe religieux, politique et militaire.

Avec des informations de Laurent Mercier-Roy, de Reuters, de CNN et du New York Times

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