PunchOndo orders removal of abandoned heavy vehicles, equipment on roadsCNN TürkFransa'da grev dalgası: Ülke genelinde sokaklara döküldülerDaily MaverickROVING REPORTERS: Inside the Gauteng caves where rocks reveal the mysteries of Homo nalediThe Jerusalem PostIran receives US feedback on seven-day trust-building plan, main issue is sequencingInquirerHouse prosecution to present Duterte’s bank records within the weekCapital FMIsrael-bound flight diverted after fight between pilotsObservador DesportoPortugal regista 2.º maior número de expulsões na UEABC NewsLast US troops expected to leave Iraq on Wednesday following 12-year ISIS fightColliderThe 10 Best Slice-of-Life Books, RankedThe GuardianIsrael-bound passenger plane makes emergency landing in Saudi Arabia after reported fight between pilotsNotJustOkFor Me Lyrics by FidoStraits Times SportForever our champion: Gym pays tribute to S’porean muay thai fighter who died after bout
The Daily Newsstand · Free, Always
Wednesday, September 30, 2026

À la recherche du Québec : « L’habitude des ruines »

Translate

DE SAINT-SÉVERIN À VAL-JALBERT - Nous avons quitté Saint-Séverin, en Mauricie, pour mettre le cap sur La Tuque, un nom sympathique s’il en est un dans notre pays d’hiver. Les Canadiens français sont les seuls francophones au monde à utiliser le mot « tuque » pour désigner un bonnet.

La route 155 Nord longe la rivière Saint-Maurice. À ce temps-ci de l’année, c’est un trajet d'une telle beauté qu’il en est émouvant. Le regard se repose au fil des courbes de la rivière bordée d’une forêt tachetée des couleurs de l’automne.

C’est peut-être parce que cette route est si belle que l’arrivée à La Tuque est si démoralisante. Comme bien des villes au Québec, on y entre par un boulevard sans âme; le centre-ville manque de vie. Sur la rue principale, on a bien installé des orignaux en carton, mais ces bêtes immobiles peinent à égayer la scène.

Le lendemain matin, nous quittons le motel de La Tuque où se posent la nuit camionneurs et travailleurs forestiers et nous continuons sur la 155 Nord en direction du Lac-Saint-Jean. Encore un bout de route époustouflant, mais dans un paysage magané par endroits par des coupes à blanc.

Tout en haut de la côte, arrivés à Chambord, on aperçoit enfin le lac Saint-Jean, immense, magnifique. Momentané. La route nous le vole à nouveau pour nous pousser sur le boulevard triste et préfabriqué qui donne accès à Roberval.

Sur les poteaux, le long du chemin, les candidats sont tout sourire sur leurs pancartes. C’est à se demander pourquoi, lorsque l’on voit ce qu’ils ont sous les yeux.

Je me demande s’ils ont lu cet essai de Marie-Hélène Voyer, L'habitude des ruines : le sacre de l’oubli et de la laideur au Québec, publié en 2021, et toujours d’actualité. Pourquoi le Québec peine-t-il à protéger ses paysages et sa beauté? Pourquoi néglige-t-il le patrimoine et l’urbanisme? Tous les candidats, de tous les partis, parlent de l’importance de protéger la langue et la culture, mais n’évoquent jamais, ou presque, l’importance de valoriser ces balises de notre mémoire extérieure qui irriguent notre mémoire intérieure, comme l’écrit si joliment Marie-Hélène Voyer dans son essai.

Au Québec, le patrimoine n’est-il qu’un fantôme sans voix au chapitre de l'identité?

Une maison de Val-Jalbert qui tient encore debout.

Une maison de Val-Jalbert qui tient encore debout.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À Val-Jalbert, à un jet de pierre de Roberval, le sujet n’a rien de fantomatique. Il crie à l’aide. Il crie : urgence. Le patrimoine, ça donne un sens. Ça raconte notre histoire, résume Élise Hudon-Thibeault, responsable de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine du site.

Nous parcourons le village-musée en voiturette de golf avec elle et le directeur général du site, François Lavoie. Il fait beau. Les touristes s’extasient devant les maisons, le magasin général, le bureau de poste, la chute. Tout cela n’est pas la reconstitution d’un village d’antan. Val-Jalbert est un véritable village industriel préservé dans l’état où il se trouvait lorsque ses habitants l’ont quitté, en 1927.

Une sorte de Pompéi du Lac-Saint-Jean, toutes proportions gardées, mettons.

À la fin du XIXe siècle, l’industrie des pâtes et papiers connaît une croissance fulgurante. Damase Jalbert choisit cet emplacement au pied de la chute Ouiatchouan, haute de 72 mètres, dont la puissance permet de produire l’énergie nécessaire à la transformation du bois, pour y installer une usine de transformation du bois.

Val-Jalbert était équipé d’installations modernes, dont des bornes-fontaines.

Val-Jalbert était équipé d’installations modernes, dont des bornes-fontaines.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En 1901, un village est construit sur le modèle des villes de compagnie. C’était extrêmement moderne pour l’époque. Il y avait de l’électricité, de l’eau courante et des égouts, raconte François.

Puis l’histoire bascule. En 1927, des surtaxes américaines sur les exportations fragilisent l’usine, qui finit par fermer. Comme la compagnie possède aussi les maisons, les quelque 950 habitants doivent partir. Une barrière est installée. Le village tombe dans l’oubli.

Il faudra attendre les années 1960 pour qu’on s’y intéresse à nouveau. René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles du gouvernement de Jean Lesage, intervient finalement, alerté par des acteurs locaux sur le potentiel du village fantôme.

Il était minuit moins cinq. Plusieurs maisons menaçaient déjà de s’effondrer.

À partir des années 1970, Québec investit dans la restauration du site. Une quarantaine de bâtiments sont préservés : l’usine, le magasin général, le couvent, les maisons ouvrières.

Mais cinquante ans plus tard, le problème est de retour et, cette fois, c’est en partie la bureaucratie chargée de le protéger qui menace ce lieu magique.

François Lavoie, directeur général de Val-Jalbert dans une des maisons à rénover.

François Lavoie, directeur général de Val-Jalbert dans une des maisons à rénover.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le ministère de la Culture a mis en place des règles extrêmement strictes, explique François Lavoie. Ce sont les fonctionnaires qui gèrent la loi et, malheureusement, la fonctionnaire qui gère le dossier de Val-Jalbert à Québec est complètement bockée! soutient-il.

Si on ne fait rien, Val-Jalbert est condamné à disparaître, confie Élise Hudon-Thibeault.

On a 42 bâtiments debout et les 42, à des degrés divers, sont menacés, précise François devant la maison qui sourit. Les fondations de la maison sont en si mauvais état qu’elle se creuse en son milieu, ce qui donne l’impression qu’elle sourit.

Alors, pourquoi Québec n’autorise pas les travaux pour éviter que ces bâtiments ne s’effondrent? Val-Jalbert en a fait la demande. L'organisme a dépensé beaucoup d’argent pour faire faire des bilans de santé de tous ces édifices par des experts en patrimoine, conformément aux exigences du ministère de la Culture.

En plus, l’affaire est rentable. Près de 60 employés à l’année. 100 000 visiteurs par an. Là-dessus, 30 % sont des touristes européens. Les retombées économiques sur la région se chiffrent entre 10 et 15 millions de dollars. Le plus ironique, c’est que, par rapport à d’autres organismes, nous avons la capacité de payer notre part des rénovations.

Alors pourquoi les travaux n’avancent-ils pas?

Le site principal, avec la chute et l'ancienne usine.

Le site principal, avec la chute et l'ancienne usine.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Parce que Val-Jalbert est un site patrimonial classé depuis 1996. Ses bâtiments, ses vestiges, ses structures et son territoire sont protégés par la Loi sur le patrimoine culturel. Toute intervention importante doit être autorisée par Québec.

On regarde le village dépérir, impuissants, dit François. Élise Hudon-Thibeault souligne que si les règles actuelles avaient été appliquées dans les années 1970, Val-Jalbert n’aurait probablement pas pu être sauvé de la ruine.

Le régime de protection est devenu si complexe que même des interventions banales peuvent prendre des mois.

François donne l’exemple d’une tranchée qu’on voulait creuser l’an dernier, notamment pour planter des fleurs. Un archéologue avait été engagé, les travaux avaient été planifiés et les règles, respectées. Québec a néanmoins transmis un formulaire comportant quelque 70 questions.

La sorte de gazon? La sorte de terre? Ça a pris des mois avant qu’on ait une réponse!

Il sourit tristement.

Le problème dépasse largement Val-Jalbert.

En 2020, la Vérificatrice générale du Québec avait dénoncé le manque de vision, les incohérences et la lourdeur administrative du ministère de la Culture dans la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine immobilier.

Depuis, les difficultés demeurent. L’état du patrimoine religieux, notamment, est critique. Ces églises dont les clochers regardent vers le ciel de nos villes et villages dépérissent. Or, les programmes d’aide destinés à leur sauvegarde ont été suspendus en 2025.

Soeur Sainte-Claire d’Assise.

Soeur Sainte-Claire d’Assise.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En 2021, Québec a également réformé la Loi sur le patrimoine culturel afin de confier davantage de responsabilités aux municipalités et aux MRC, notamment pour les inventaires et le contrôle des démolitions. Depuis cette décentralisation, des cas comme la démolition de la maison Pasquier à Québec, celle du plus vieux poste de douane au Canada à Stanstead ou encore toutes ces maisons anciennes sacrifiées après les inondations en Beauce illustrent les limites de la décentralisation.

Sur le site de Val-Jalbert, un groupe de touristes venu de France termine sa visite du couvent où les religieuses faisaient l’école aux enfants des ouvriers. Une comédienne qui incarne le personnage de soeur Sainte-Claire d’Assise leur a raconté comment les gens vivaient ici à l’époque. Josiane Sciabbarrasi est ravie de sa visite et ne manque pas de superlatifs pour décrire l’expérience qu’elle vient de vivre.

C’est super extraordinaire. C’est la mémoire d’ici, quoi! C’est important, la mémoire. C’est important de transmettre aux jeunes l’histoire.

François est bien d’accord avec la touriste. Mais il est inquiet : Que vont voir nos descendants ici dans 50 ou 100 ans si on attend qu’il soit trop tard?

Le soir, le site de Val-Jalbert demeure ouvert pour les touristes, qui peuvent manger dans l’ancienne usine et regarder la chute envoûtante dans la nuit.

Sur l’observatoire, je croise un couple d’amoureux en pèlerinage. Lui me dit qu’il est venu y faire des folies quand il était jeune. Elle est ravie de cette soirée romantique dans ce village comme un livre d’histoire.

Dans une province où la devise est : Je me souviens, ce sont le plus souvent des passionnés ou des gens du coin qui finissent par réussir à sauver ce qui subsiste de notre passé.

Des touristes sur l'esplanade, au dessus de la chute.

Des touristes sur l'esplanade, au dessus de la chute.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il y a un fort sentiment d’attachement au site dans la région. Nous avons encore des visiteurs qui sont des descendants de travailleurs qui ont vécu ici et, jusqu’à récemment, des personnes âgées qui avaient grandi ici venaient témoigner de la vie du village, nous a raconté Élise cet après-midi.

Et c’est encore, sans doute, la force de cet attachement local qui saura trouver l’énergie pour sauver ce site, envers et contre cette bureaucratie menottée par ses contradictions.

Je n’abandonnerai pas, jure François Lavoie. C'est trop important pour la région, pour nos employés, pour notre histoire et pour le Québec.

À lire aussi :

View the original on Radio-Canada →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.