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Friday, October 23, 2026

Midterms 2026: dans le Texas rural, la manne pétrolière reste «une bénédiction» pour l’économie locale

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Au sud de San Antonio, le comté de McMullen a vécu à l’orée des années 2010 une véritable révolution économique grâce à l’exploitation du gaz et du pétrole qui a fait exploser les revenus de ce comté parmi les moins peuplés du Texas. À l'approche des midterms, ce comté particulièrement conservateur ne voit aucune raison de ne pas maintenir son soutien au Parti républicain.

De notre envoyé spécial à Tilden au Texas,

Il ne faut pas se méprendre. En arrivant dans le chef-lieu du comté de McMullen à 130 kilomètres au sud de San Antonio, un panneau souhaite « la bienvenue à Tilden aux cow-boys et aux cow-girls ». Le cœur battant de l’économie locale n’est pourtant pas l’élevage, c’est bien l’exploitation du pétrole et du gaz. 

Car le comté de McMullen est assis sur un trésor. Près de 1 000 mètres sous terre se trouve le Eagle Ford Shale, l’une des plus importantes réserves de gaz et de pétrole des États-Unis. La formation géologique a été découverte en 2008. À l’époque, l’exploitation des ressources naturelles à de telles profondeurs n’apparaît pas encore comme rentable, mais le développement rapide de nouvelles techniques de forage et l’arrivée de la fracturation hydraulique a tout changé.

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Cette technique de forage controversée pour son impact environnemental est très répandue aux États-Unis. Elle consiste à forer le sol très profondément et à y injecter sous haute pression un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques pour fracturer la roche et relier les différentes poches de pétrole et de gaz entre elles. Son utilisation au Texas a entraîné un véritable boom de l’économie pétrolière dans tout l’État, mais particulièrement dans le comté de McMullen où la production de pétrole a littéralement explosé. En 2010, le comté produisait 2,2 millions de barils de pétrole quand, quatre ans plus tard, ce chiffre s’élevait à 48,3 millions.

« Ça a été le chaos pendant quelques temps »

« Avant 2010, le comté de McMullen était vraiment une communauté très, très calme », se souvient le juge du comté James Teal, qui occupe ce poste exécutif local depuis 20 ans et qui va rempiler pour un cinquième mandat le 3 novembre prochain faute d’opposant déclaré. Quand les premiers forages par fracturation hydraulique ont commencé, toute l’industrie pétrolière s’est précipitée à McMullen pour avoir sa part du gâteau dans un comté qui ne compte aujourd’hui officiellement que 600 habitants et qui n’avait pas les infrastructures pour accueillir une telle activité.

La Mcmullen County Courthouse, siège du pouvoir exécutif local à Tilden, au Texas, le 21 octobre 2026.
La Mcmullen County Courthouse, siège du pouvoir exécutif local à Tilden, au Texas, le 21 octobre 2026. © Pierre Fesnien/RFI

« Ça a été le chaos pendant quelques temps, concède le juge Teal. Il y avait du monde absolument partout ». « Il avait même fallu installer en urgence trois feux de signalisation », se souvient Jim Harris, le pasteur de l’église baptiste de Tilden, les trois seuls que compte la ville aujourd’hui, pour réguler une circulation devenue complètement anarchique. « La situation était bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Le rythme a considérablement ralenti depuis, et l’activité est désormais moins intense. Elle se situe aujourd’hui à un niveau plus facile à gérer », insiste James Teal.

L'unique moteur économique du comté

Le « boom » a beau être retombé, la production de pétrole et de gaz reste l’unique moteur économique du comté qui « a un taux de chômage particulièrement bas », rappelle James Teal. Quand vient l’heure de la pause déjeuner, le Max Café situé à l'entrée de la ville, fait salle comble. « C’est tous les midis comme ça », confie la serveuse. Le principal restaurant de Tilden est rempli d’ouvriers du secteur pétrolier qui viennent casser la croûte et faire tourner l’économie locale. Le comté a produit plus de 29 millions de barils en 2025 et lorsque l’on sillonne les longues routes interminables de la région, difficile de ne pas remarquer les « pumpjacks », ces chevalets de pompage, qui, lentement, montent et descendent inlassablement pour ramener le pétrole à la surface. Ils sont plus de 3 000 répartis sur le comté. À Tilden, tout le monde, de près ou de loin, a un lien avec l’économie pétrolière.

Le County Judge, James Teal, reçoit dans son bureau du McMullen County Courthouse à Tilden, au Texas, le 21 octobre 2026.
Le County Judge, James Teal, reçoit dans son bureau du McMullen County Courthouse à Tilden, au Texas, le 21 octobre 2026. © Pierre Fesnien/RFI

Mais dans le comté de McMullen ceux qui en ont tiré le plus grand bénéfice sont sans conteste les propriétaires terriens qui louent leurs terrains aux compagnies pétrolières pour l’extraction du pétrole, qui leur reversent ensuite en « royalties » un pourcentage de la production. L’argent a tellement coulé à flot que McMullen est devenu en 2015 le comté le plus riche des États-Unis selon le service des impôts américains avec un revenu moyen de 303 717 dollars. Le chiffre s’explique par la très faible population de McMullen associée aux immenses profits dont ont bénéficié certains propriétaires terriens au début du « boom » pétrolier. Les puits fournissent par ailleurs le maximum de leur capacité de production, et les « royalties » qui vont avec, lors de leurs deux premières années d’exploitation avant de se stabiliser à un niveau nettement plus bas. 

Des « closet millionaires »

Ce chiffre surprenant est désormais revenu à la normale et McMullen ne fait plus partie des comtés les plus riches du pays, mais des dizaines de personnes ont fait fortune pendant cette période. « Il existe beaucoup de ce que j’appelle des "closet millionaires" (littéralement des millionnaires cachés dans le placard, qu'on peut traduire en français par « millionnaires de l'ombre », Ndlr) dans le comté. Ce sont des gens dont on ne soupçonnerait absolument pas la fortune, explique Kimberley Kreider-Dusek, la procureure de McMullen County. Ils voyageront peut-être un peu plus, aideront peut-être davantage leurs petits-enfants à faire des études supérieures, ou des choses de ce genre, mais rien de radical ».

La « County Attorney » qui occupe ce poste électif depuis près de 15 ans sait de quoi elle parle, elle a elle-même bénéficié de la manne pétrolière. La famille de son mari possède des terres louées à des compagnies pétrolières. Les revenus complémentaires lui ont permis de prendre ce poste de procureure du comté nettement moins bien payé que ce à quoi elle pourrait prétendre dans le secteur privé. 

Pour le juge James Teal, l’Eagle Ford Shale, son pétrole et son gaz sont en tout cas « une véritable bénédiction ». « La vie de nombreuses personnes a été transformée grâce à la richesse qu'elles ont acquise durant cette période. Et, si vous regardez autour de vous, vous constaterez que l'exploitation du pétrole et du gaz a apporté bien des bienfaits ». En 2025, le comté a pu lever plus de 13 millions de dollars de taxes, contre seulement 2,5 en 2009. Cet argent a pu être investi dans un centre de santé, dans des terrains de sport mais aussi dans les infrastructures de l’école primaire, du collège et du lycée ou la création d'un tout nouveau parc le McMullen County Heritage Park, dont la taille semble légèrement exagérée au vu des 600 habitants que compte le comté.

« On est conservateurs de génération en génération »

À l'approche des élections de mi-mandat, l'issue du vote dans le comté de McMullen ne fait en tout cas guère de doute. « Tout le monde vote républicain ici. Moi je suis démocrate, c'est un mot mal vu par ici, mais je m'en fiche », nous confie un agent d'entretien de la ville de Tilden originaire d'un comté voisin. 

Difficile de lui donner tort au vu des résultats des précédentes élections. Donald Trump y est arrivé en tête avec 92% des voix en 2024 (90,5% en 2020 et 91% en 2016) et malgré la hausse du prix du carburant ou l'inflation qui plombent la côte de popularité du président, McMullen est ce que l'on appelle un « deep red county » et il ne semble pas y avoir de raison que cela change. « La plupart des gens ici soutiennent Donald Trump, mais ils soutiennent avant tout le Parti républicain », rappelle Kimberley Kreider-Dusek qui revendique par ailleurs son appartenance au Grand Old Party.

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« On vit un peu dans un cocon ici, même si l'on est à 130 kilomètres de la sixième plus grande ville des États-Unis (San Antonio, Ndlr). Nous avons un style de vie très conservateur. C'est la tradition, on est conservateurs de génération en génération, explique James Teal qui refuse de trop en dire lorsqu'il est question de Donald Trump. Ce qu'il se passe à Washington, tant que cela n'a pas trop d'incidence sur nous, nous ne nous en préoccupons pas trop ». 

Il y a tout de même une chose qui préoccupe le County Judge, c'est ce qu'il se passera pour son comté lorsque l'on entrera dans l'ère de l'après-pétrole. « Il n'y a pas un jour sans que je me pose cette question, concède-t-il. Notre communauté n'a aucune envie de changer son mode de vie, alors comment expliquer aux gens que d'ici 40 ans tout cela sera peut-être fini ? Un jour il faudra sans doute que nous dépendions de quelque chose de différent. Mais notre foi est grande, je ne m'en fais pas, tout ira bien », conclut James Teal.

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