Faire son chemin jusque chez les pros grâce aux compétitions de cyclisme québécoises
Des centaines d’événements cyclistes ont lieu chaque année au Québec. Tous contribuent, d’une façon ou d’une autre, à stimuler l’intérêt envers le sport et peuvent servir de tremplin aux jeunes athlètes qui rêvent de faire le saut chez les professionnels. Le Devoir vous propose un survol des circuits compétitifs de la province, des courses régionales aux Championnats du monde.
L’ambiance était à la fête aux Mardis cyclistes de Lachine, le 4 août dernier. Des kiosques proposant maïs, bière, café et barbe à papa étaient déployés près de la ligne d’arrivée du parcours de 1,61 km afin de sustenter les centaines de spectateurs réunis pour assister à la dixième et dernière course de la saison.
Le Devoir a rencontré Léa-Rose Lefort quelques minutes après sa victoire sans équivoque à la course des moins de 15 ans. La jeune athlète y est allée d’une impressionnante échappée, devançant rapidement ses rivaux (garçons et filles) et maintenant une cadence infernale qui lui a permis de réaliser les 10 tours de la course en 24 minutes 5 secondes.
« C’est quand même difficile de maintenir ton effort tout le long. Tu as de la pression, tu as peur que les autres te rattrapent », dit-elle après avoir survolé la compétition. Son résultat du jour lui a valu le 3e rang au classement cumulatif, et ce, même si elle a manqué les trois premières courses de la saison.
Léa-Rose s’entraîne six jours par semaine et étudie en sport-études à l’Académie les Estacades, à Trois-Rivières. Ambitieuse, elle parcourt le Québec pour s’entraîner et participer à des compétitions. « J’aimerais ça plus performer et aller plus loin, ajoute-t-elle. Essayer de gagner des courses, de monter de niveau. »
Des centaines d’événements par année
Présentés à Montréal depuis 1978, les Mardis cyclistes de Lachine jouissent d’une grande notoriété. Il ne s’agit pourtant que d’une course parmi les nombreuses qui constituent l’écosystème du cyclisme de compétition au Québec.
« On sanctionne plus de 300 événements cyclistes par année », explique Louis Barbeau, conseiller stratégique à la Fédération québécoise des sports cyclistes (FQSC). Cela comprend tous les types de vélo : route, montagne, BMX, cyclo-cross…
Concentrons-nous sur le cyclisme sur route, qui fera l’objet des Championnats du monde, à Montréal, dans quelques jours. La porte d’entrée se trouve dans les circuits régionaux. Viennent ensuite les compétitions provinciales, dont font partie les Mardis cyclistes de Lachine, les Championnats québécois et la Coupe du Québec, ainsi que les compétitions pancanadiennes.
Les quelques cyclistes qui feront le saut chez les professionnels vont participer aux courses sanctionnées par l’Union cycliste internationale (UCI). Cette dernière chapeaute, en ordre croissant d’importance, les circuits continentaux, ProSeries et World Tour, ainsi que les Championnats du monde, qui se déroulent à Montréal cette année. Un système de pointage alloue des points aux différents coureurs et à leur équipe, en fonction de l’importance de l’événement.
Le développement au Québec
Le Québec est choyé de pouvoir compter sur des courses de différents niveaux, estime Louis Barbeau. Les Grands Prix cyclistes de Montréal et de Québec, par exemple, font partie du circuit World Tour, le même que le Tour de France. Le Tour de Beauce, pour sa part, est de niveau continental.
« Parmi les coureurs qui ont gagné le Tour de Beauce, plusieurs sont devenus des cyclistes professionnels », souligne l’ancien coureur Antoine Duchesne. Il s’agit d’une excellente vitrine pour se faire connaître par les recruteurs, puisque ce type de course sert entre autres à la « détection de jeunes talents ».
Cela dit, il ne faudrait pas négliger l’importance des courses plus « communautaires », comme les Mardis cyclistes de Lachine, dit-il. « C’est comme un peu un rite de passage. » À l’époque, il venait de Bromont à vélo la journée même pour y participer. Visiblement, l’expérience a été fructueuse pour celui qui a pris part à différentes courses de haut calibre, dont le Tour de France, le Giro d’Italie et la Vuelta, en Espagne.
Chez les plus jeunes, c’est le Tour de l’Abitibi qui fait office de référence. « Il y a beaucoup d’athlètes juniors pour qui le premier contact avec le cyclisme international, c’est le Tour de l’Abitibi », note Louis Barbeau. Le format est semblable à celui des Grands Tours, soit une inscription par équipe et une caravane qui suit les coureurs durant plusieurs jours.
Regard vers l’international
Devenir pro n’est pas à la portée de tout le monde, prévient Louis Barbeau. « Ça prend une combinaison de talent, de résultats […], ça dépend de ton âge… Il y a une multitude de facteurs qui font en sorte que tu vas être choisi ou pas dans une équipe. »
Pour naviguer d’un niveau à l’autre, les athlètes peuvent compter sur différentes organisations, dont les clubs et les équipes cyclistes, précise-t-il. Les clubs sont des structures ouvertes, tandis qu’« une équipe, généralement, il faut que tu y sois accepté ». L’équipe du Québec et l’équipe nationale canadienne peuvent aussi aider des athlètes à atteindre de plus hauts niveaux.
Présentement, quatre Québécois évoluent sur le circuit World Tour masculin, souligne l’ancien directeur général de la FQSC : Hugo Houle, Guillaume Boivin, Nickolas Zukowsky et Pier-André Côté. Chez les femmes, il y en a trois : Magdeleine Vallières Mill (la championne du monde sur route en titre), Olivia Baril et Clara Émond.
La culture du vélo
Dans l’ensemble, le cyclisme se porte bien au Québec, selon Louis Barbeau. « On est très, très loin devant les autres provinces canadiennes en matière de développement du sport. »
Cela dit, la province ne devrait pas se contenter de regarder ses voisins immédiats. « J’aime mieux me comparer à ce qui se passe en Europe, puis me dire qu’on a encore du travail à faire. Mais ça, ça suppose l’instauration d’une culture, et ça ne se fait pas en une ou deux générations. »
D’ici là, les centaines de cyclistes qui participent à des événements en tous genres aux quatre coins du Québec contribuent, consciemment ou pas, à bâtir cette culture. C’est le cas de William Plante, qui a terminé la saison des Mardis cyclistes de Lachine au premier rang chez les coureurs de moins de 15 ans.
« J’aimerais continuer dans la compétition. C’est un rêve de devenir pro, mais ce n’est pas une obligation, il faut aussi aller à l’école », dit-il avec sagesse. Bien conscient des défis qui se présenteront à lui, il n’en demeure pas moins déterminé : « Je vais aller le plus loin possible. »
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