Faut-il avoir peur du virus du Nil occidental?

La France a enregistré trois décès provoqués par ce virus transmis aux humains par des moustiques contaminés par des oiseaux. Le réchauffement climatique va favoriser en Europe la prolifération de ce genre de maladies tropicales.
Record battu. Jamais la France n’avait enregistré autant de cas de virus du Nil occidental, une maladie transmise à l’homme par les moustiques et découverte au début du XXe siècle sur les rives du Nil occidental, en Ouganda. Le dernier bilan, provisoire, publié par les autorités sanitaires françaises fait état de 145 cas et 3 morts. Dans 80% des cas, la maladie passe inaperçue, sans symptômes. Mais dans de très rares cas, le virus peut atteindre le cerveau et devenir mortel.
Impasse parasitaire
À la différence du paludisme ou de la dengue, il n'y a pas de transmission entre humains (à part en cas de transfusion sanguine ou de greffe, ce qui n'arrive pas tous les jours...). Ce sont seulement les oiseaux qui sont porteurs du virus et qui le transmettent aux moustiques lorsqu'ils se font piquer – nous ne sommes pas les seules victimes des moustiques ; les femelles moustiques piquent tout ce qui a du sang. « Les oiseaux sont des porteurs sains, mais ces oiseaux peuvent être la source de contamination du moustique, qui peut piquer l'homme ainsi que les chevaux. L'homme est un hôte accidentel, donc il ne développe pas beaucoup le virus. L'homme, comme le cheval, sont ce qu'on appelle dans notre jargon des impasses parasitaires. L'homme ne pourrait pas être la source de contamination d'un moustique qui viendrait le piquer. Cela ne peut pas se faire », assure, et rassure, Anna-Bella Failloux, entomologiste médicale (spécialiste des insectes qui nous donnent des maladies) à l'Institut Pasteur.
Une seule espèce de moustique transmet le virus du Nil occidental, Culex pipiens, qu’on appelle aussi en France « le moustique commun », puisqu’il a toujours été présent en Europe, à la différence par exemple du moustique tigre (qui transmet la dengue ou le chikungunya), une espèce invasive qui a commencé à coloniser la France en 2004. En revanche, le virus du Nil occidental a bien été importé, d'Afrique, par des oiseaux migrateurs. On l'a repéré pour la première fois dans le sud de la France, dans les années 60, en Camargue, un paradis pour les oiseaux et pour les moustiques parce qu'il y a de l'eau. Le virus est devenu endémique, circulant « à bas bruit », faisant de rares victimes.
Le réchauffement climatique, allié des moustiques
La forte augmentation des cas cette année s'explique par le réchauffement climatique. D’abord, la sécheresse historique de cet été a favorisé les rencontres entre moustiques et oiseaux, concentrés sur de rares points d’eau. « Les moustiques vont se développer dans des mares à proximité des oiseaux qu'ils piquent. Et cette année, comme il y a eu des épisodes de canicule, il y a eu moins d'étendues d'eau. C'est là que les oiseaux venaient prendre de l'eau. Et c'est là aussi que les moustiques se développaient le plus », explique Anna-Bella Failloux.
Le réchauffement climatique favorise aussi l'expansion géographique des moustiques. Avec la chaleur, le cycle de développement des moustiques devient plus court, donc il y en a plus. « À 25 °C, il faut 8 à 10 jours entre l'œuf et l'adulte. Si on augmente la température, à 30 ou 35°C, il ne faut plus que 6 à 7 jours. Donc forcément, en augmentant la température, on aura des adultes beaucoup plus tôt et donc on augmentera la densité de moustiques. En même temps, il y aura de plus en plus d'endroits qui vont être adaptés à son développement. Aujourd'hui, il y a des cas de West Nile par exemple en Allemagne (à Berlin) et aux Pays-Bas, qui ne sont pas vraiment des pays tropicaux », souligne Anna-Bella Failloux, de l'Institut Pasteur. En Europe, on n'est pas sous les tropiques, mais il y aura de plus en plus de maladies tropicales.
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