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Thursday, August 27, 2026

Images satellites, engin forestier, absence d’interdiction de fauchage : notre enquête éclaire le début de l’incendie des Hautes Fagnes

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Mais comment ce feu a-t-il démarré et à partir de quelle zone ? Ce mardi, le parquet du procureur du Roi de Liège a ouvert une information judiciaire du chef d’incendie involontaire afin de déterminer l’origine des flammes qui ont ravagé la réserve naturelle des Hautes Fagnes. Selon les premiers éléments recueillis, l’origine du sinistre pourrait être liée aux activités d’un engin agricole.

Nous avons analysé des images issues des réseaux sociaux, des images satellites, recueillis des témoignages et avons été sur les lieux pour mener notre enquête. Nous avons pu identifier le lieu précis du départ du feu et compilé des éléments factuels pour mieux identifier les éléments qui pourraient expliquer le départ de cet incendie historique pour la Belgique. Voici ce que l’on sait, à ce stade.

Des parachutistes ont capturé les débuts de l’incendie depuis les airs

Dans un premier temps, l’analyse des images tournées par les parachutistes à proximité des lieux nous a permis d’identifier la zone de départ du feu.

Il est 13h14 ce vendredi 14 août lorsque l’équipe repère de la fumée et décide de filmer depuis l’avion utilisé pour leur saut. La vidéo permet d’identifier un nuage de fumée qui émane d’un point bien localisé. À ce stade, le panache de fumée est encore assez étroit, les flammes ne sont pas visibles. Signe que l’incendie a démarré depuis peu.

Le point de départ du panache de fumée est situé dans une parcelle rectangulaire en bord de route, une partie de celle-ci est plus grise. À l’intérieur de cette surface "grisée", une petite bande reste verte, la partie à l’opposé de la route est délimitée mais cette partie rectangulaire est, de son côté, elle aussi verte.

L’heure de la capture des images des parachutistes (13h14, selon les métadonnées) correspond également aux premiers signalements de l’incendie, situés aux alentours de 13 heures ce 14 août 2026.

C’est Pierre Chouak, instructeur de parachutisme, qui a capturé l’instant. Il raconte : "On n’était pas encore si haut que ça, donc on arrive encore à voir clairement. On voit vraiment le départ du feu, qui n’est pas encore très gros, mais on voit déjà le panache de fumée, qui est quand même déjà assez important. On ne voyait pas de marcheurs le long du chemin, je ne voyais aucun véhicule qui était là-bas, aucune personne." Selon ses horaires de vols, il situe le tout début de l’incendie autour de 12h30.

L’analyse des images permet d’identifier la zone précise du départ du feu

La comparaison entre les images amateurs et les clichés de Copernicus permet d’identifier le lieu précis du départ de l’incendie des Hautes Fagnes, le 14 août. © Pierre Chouak / Copernicus

Capture d’une séquence filmée par un drone le 9 juillet 2026 dans la zone où a démarré l’incendie des Hautes Fagnes. © RTBF

L’image satellite de Copernicus, prise à 12h40, et visualisée avec un filtre spécifique, indique un point jaune à l’endroit précis d’où émane la colonne de fumée capturée par Pierre Chouak. Il ne nous est cependant pas possible de confirmer avec certitude qu’il s’agit déjà d’un des signes du début de l’incendie.

Par ailleurs, l’endroit localisé se trouve tout au nord-ouest de la zone qui sera impactée par la suite par l’incendie. Compte tenu des vents et de la propagation des flammes vers le sud-est en direction de Ternell, Montjoie et de la frontière allemande, le lieu est totalement cohérent pour être identifié comme celui où a débuté l’incendie.

Toutes ces données recoupées permettent d’établir avec certitude l’endroit et l’heure assez précise du départ de l’incendie.

Que sait-on sur cette parcelle de terrain ?

La parcelle de terrain identifiée appartient à la Direction de Malmedy du Département de la Nature et des Forêts (DNF), c’est l’organisme officiel chargé de la gestion des forêts publiques, de la conservation de la nature et de la réglementation sur la chasse, la pêche et les parcs naturels dans cette région de Wallonie.

L’analyse des images satellites dans le temps indique que cette parcelle est parfois dégagée par fauchage. Si la zone apparaît parfois comme "verte" (comme sur le cliché Copernicus du 15 juillet 2025), le même endroit apparaît comme grisé, et donc "débroussaillé" quelques semaines plus tard (comme sur le cliché Copernicus du 10 septembre 2025). Une récurrence observée sur plusieurs années.

Par ailleurs, le 10 août dernier, la capture satellite montre un terrain "vert", quatre jours plus tard, le 14, la même parcelle est partiellement grisée. Autrement dit, des travaux de fauchage du terrain ont été entrepris entre le 10 et le 14 août.

Cet acte de fauchage des herbes de la Molinie, une graminée particulièrement envahissante et assez touffue, très caractéristique des Hauts-de-Fagne, permet l’arrivée d’autres espèces jugées plus intéressantes en termes de biodiversité.

Un engin forestier à l’origine du feu ?

Le porte-parole du SPW, Nicolas Yernaux confirme que des travaux de fauchage étaient bien en cours sur les lieux identifiés par nos soins.

Confirmant plusieurs témoignages recueillis par la RTBF, un engin forestier était donc effectivement sur place dans les heures précédant le départ de l’incendie. Cela corrobore aussi l’hypothèse formulée par le parquet de Liège qui indique que l’une des pistes suivie est celle de l’implication d’un tel engin. Selon nos informations, l’engin n’était plus sur les lieux au moment où l’incendie s’est déclaré.

"Le fauchage est une technique qui est menée par le DNF depuis de très nombreuses années sur le plateau des Hautes-Fagnes pour restaurer la biodiversité. Il appartiendra effectivement à l’enquête de déterminer si cette hypothèse de l’engin agricole (à l’origine de l’incendie, ndlr) est confirmée ou infirmée, mais il y avait effectivement un engin agricole qui travaillait à cet endroit-là", commente M. Yernaux.

Il indique que ces travaux, qui étaient encore exécutés il y a deux ans par le DNF, sont sous-traités à des sociétés privées depuis deux ans.

Un travail de fauchage sous-traité à une société spécialisée

Notre enquête a permis d’établir qu’une société avait bien été mandatée par la Région wallonne pour faucher le terrain en question dans le parc naturel. Nous avons retrouvé et contacté l’entreprise en charge du fauchage ce jour-là. Elle n’a pas souhaité s’exprimer.

Nous avons cependant trouvé une autre société qui vend et répare des machines utilisées pour le fauchage dans les Fagnes. Jean-Luc Evrard en est le directeur général. Il explique comment fonctionnent ces engins, fixés à l’arrière de tracteurs : "Ce sont des marteaux mobiles sur un rotor. Ils sont coupants. C’est un broyeur qui tourne environ à 2000 tours par minute. Donc ils sont en contact avec du bois, de la terre, des cailloux. C’est vrai que ce genre de machine là, lorsqu’on travaille de nuit, par exemple, on voit que des petites étincelles, des petites taches orange peuvent apparaître s’il y a un contact avec une pierre."

Exemple d’un gyrobroyeur à marteaux utilisées dans les Hautes Fagnes pour faire les travaux de fauchage. © RTBF

Ces gyrobroyeurs à marteaux sont donc susceptibles de générer des étincelles. En cas de sécheresse et de conditions météorologiques défavorables, ces étincelles sont donc susceptibles de déclencher un feu. Celui-ci peut "couver" un certain temps avant de se développer.

Des conditions météo défavorables ce 14 août

Et, en effet, les conditions météorologiques étaient bien défavorables ce 14 août et le risque de déclencher un feu en utilisant une telle machine par conséquent bien présent.

Le directeur général Luc Evrard n’y va pas par quatre chemins lorsqu’il évoque l’incendie : "C’est scandaleux d’avoir mandaté un entrepreneur avec une machine pareille dans des conditions de sécheresse bien connues. L’activité avec des machines mécanisées dans des chantiers aussi secs n’était pas du tout recommandée."

Une cellule d’expertise appelée Celex monitore le risque d’incendie en espaces naturels en permanence. Elle évalue le niveau de risque incendie en forêt à partir d’un indicateur produit par le DNF, et alerte les provinces quand le niveau est élevé. Le 10 août 2026, un communiqué indiquait : "Actuellement et jusqu’au 15 août, le risque d’incendie pour les milieux ouverts est élevé."

Plus loin, le Celex évoquait clairement les activités de fauchage : "Pour la province de Luxembourg, une circulaire a été prise pour ce qui concerne les travaux de fauchage qui sont interdits jusqu’au 14 août". Les Hautes Fagnes sont situées à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau de cette province mais sont situées en Province de Liège. L’interdiction explicite du fauchage n’y a ici pas été imposée.

Le gouverneur de la Province de Liège, Hervé Jamar, estime cependant avoir pris toutes les dispositions en son pouvoir pour tenter de prévenir au maximum les risques d’incendie via un arrêté de police publié le 2 juillet et valable jusqu’au 6 septembre : "Nous avons pris un arrêté clair et net en matière de risques et d’incendies pour l’ensemble de la province de Liège. Et donc, moi, […] je dis, en province de Liège, faire plus que ce qui a été fait en termes de mes pouvoirs réglementaires de gouverneur… Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire de plus. Voilà, je ne vais pas interdire à une moissonneuse de fonctionner".

L’enquête judiciaire se poursuit

Pour tenter de faire avancer l’enquête, plusieurs experts sont sur le terrain. David Roussel, est technicien forestier à l’Office national des forêts, spécialisé dans la défense des forêts contre les incendies, dans le département des Bouches-du-Rhône. Il est arrivé samedi dernier via le mécanisme de protection civile de l’Union européenne. Il a été mandaté avec un collègue pour tenter d’identifier les causes de l’incendie dans les Hautes Fagnes.

Pour déterminer les conditions dans lesquelles la zone s’est embrasée, plusieurs paramètres météo sont calculés. "On a la sécheresse ambiante, la sécheresse des végétaux, la sécheresse de la litière, la sécheresse du sol, la température, le vent, l’hygrométrie, qui est un facteur très important. Et effectivement, sur ce jour du 14 août, on avait un certain nombre d’indices qui montraient que la situation était favorable à des éclosions accidentelles de feu", indique le technicien.

Les experts sont aussi parvenus à délimiter un périmètre restreint de l’endroit où l’incendie a pris. "Le feu laisse des traces quand il avance, des traces différentes quand il est sur les flancs et des traces encore différentes quand il va brûler à la recule. Grâce à tous ces indices, on arrive à recentrer petit à petit les zones. […] On a pu délimiter une zone de 500 mètres carrés grâce à ces traces".

Dans le cadre de l’enquête, plusieurs devoirs d’investigation ont été ordonnés et sont toujours en cours. Deux experts ont été mandatés : l’un spécialisé en incendie et l’autre en roulage. "Compte tenu des investigations techniques à réaliser, plusieurs mois seront nécessaires avant le dépôt de leurs rapports définitifs", a souligné le parquet.

Alors que le Plan d’urgence provincial est toujours en cours et que les équipes opérationnelles restent mobilisées sur le terrain, de nombreuses questions restent en suspens. L’enquête devra notamment déterminer s’il y a bien un lien entre le fauchage de la zone par cet engin agricole et l’incendie qui a brûlé plus de 3000 hectares dans le parc naturel des Hautes Fagnes ainsi que tenter d’identifier les éventuelles responsabilités.

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