Un jour, une carte : crise du logement, l’Espagne est loin d’être un cas isolé

En Espagne, la crise du logement est devenue tellement explosive qu’elle a provoqué des élections anticipées. Mais l’Espagne est loin d’être un cas isolé. De Dublin à Budapest, en passant par Berlin, le logement est devenu la première source d’angoisse des Européens qui vivent en ville… devant le chômage, selon l’Eurobaromètre.
Et les chiffres d’Eurostat donnent le vertige. Entre 2010 et 2024, l’inflation globale a été de 39% en Europe. Mais l’immobilier lui s’est envolé : le prix des maisons a bondi de 53%, avec des hausses de plus de 200% en Hongrie ou en Estonie. Quant aux loyers, ils ont augmenté de 25% en moyenne. Les salaires, eux, n’ont évidemment pas suivi.
Quand le loyer absorbe presque tous les revenus
Dans les grandes villes, la situation devient vertigineuse. La Deutsche Bank a mesuré l’effort nécessaire pour louer un simple deux-pièces dans plusieurs grandes villes européennes. A Londres, mais aussi à Madrid, un travailleur consacre en moyenne les trois quarts de son salaire pour payer son loyer. A Lisbonne, c’est encore pire : le loyer moyen peut dépasser le salaire moyen local.
Les experts d’Eurostat ont un terme pour cela : "le taux de surcharge financière". En clair : lorsque le logement absorbe plus de 40% des revenus. En Europe, cela concerne environ un citadin sur dix. Mais en Grèce, c’est près d’un sur trois. Résultat : la moitié des Grecs connaissent aujourd’hui des retards de paiement pour leur loyer, leur crédit ou leurs factures d’énergie.
Le logement, facteur de pauvreté ?
La crise du logement n’est donc plus seulement un problème immobilier. C’est aussi un problème de pauvreté. Au Portugal, par exemple, le taux de pauvreté officiel est de 16%. Mais une fois le logement payé, il grimpe à 27%. Autrement dit, le logement peut faire basculer une famille dans la pauvreté.
Et il y a une autre victime : la jeunesse. Dans le sud de l’Europe (en Grèce, en Espagne, en Italie, en Croatie), les jeunes quittent le domicile parental beaucoup plus tard, parfois bien après 30 ans. Ils n’ont ni les moyens de louer, ni d’acheter, ni même d’emprunter. Et comme la population vieillit, beaucoup de seniors vivent seuls dans de grands appartements, qui restent donc hors de portée des jeunes familles.
Un enjeu politique majeur
En Espagne, le gouvernement socialiste s’est cassé les dents sur le logement. Et partout en Europe, cette crise est devenue un véritable carburant politique, à gauche comme à droite.
A gauche, notamment chez les travaillistes britanniques, on pointe du doigt les grands fonds d’investissement et les locations touristiques. On réclame plus de logements sociaux et un encadrement plus strict des loyers.
A droite, ce sont surtout les partis populistes qui instrumentalisent la crise. L’immigration devient le bouc émissaire. En France, en Allemagne ou au Royaume-Uni, certains réclament même la "priorité nationale" pour les logements sociaux.
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