IA : entre régulation et laisser-faire, l’Europe avance en ordre dispersé

Face aux appels à ralentir le développement de l'intelligence artificielle (IA), l'Europe avance sur une ligne de crête : prendre les risques au sérieux sans compromettre ses ambitions dans une compétition technologique dominée par les États-Unis et la Chine.
Le débat sur la dangerosité de cette technologie, lancé par plusieurs patrons américains plaidant pour un ralentissement de la course à l'IA et une forme d'auto-régulation du secteur, semble se jouer entre les deux grandes puissances, dont les dirigeants doivent se rencontrer la semaine prochaine.
Cet été, des modèles d'IA des deux géants américains Anthropic et OpenAI sont sortis spontanément de leur environnement confiné pour s'introduire sur des sites internet, ravivant les craintes d'une perte de contrôle de cette technologie.
L'Europe a depuis semblé en retrait.
Si au Royaume-Uni, le roi Charles III a alerté jeudi contre "les risques existentiels" de l'IA et demandé des garanties de sécurité lors d'un sommet réunissant des représentants des géants de la tech, ces mises en garde ont eu moins d'écho en France et en Allemagne.
Berlin a exclu l'idée d'une pause, ne la considérant pas comme une option viable pour l'Europe, annonçant même un partenariat avec le Canada pour "transformer la recherche en produits [d'IA] fiables", a déclaré mercredi le ministre allemand du Numérique, Karsten Wildberger.
"Discours catastrophiste"
La France apparaît quant à elle dominée par un certain scepticisme.
"C'est vrai qu'il y a des risques, mais le discours catastrophiste n'est pas justifié et n'aide pas", a estimé sur France Info mardi Anne Bouverot, coprésidente du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique, ancienne envoyée spéciale pour l'IA du président français Emmanuel Macron.
Le scientifique français Yann LeCun, voix très écoutée, relativise depuis des années les risques des systèmes d'IA générative actuels, basés sur des grands modèles de langage, qualifiés de "perroquets".
"Certains acteurs profitent de cette période pour renforcer leur position de marché, en plaidant pour des réglementations conçues pour les favoriser au détriment de leurs concurrents", a fustigé de son côté l'entreprise d'IA française Mistral.
Le mot "superintelligence", stade qui verrait l'IA dépasser les capacités de l'intelligence humaine, "n'existe même pas dans le débat public francophone", déplore Arthur Grimonpont du Centre pour la sécurité de l'IA, basé à Paris.
Un élément d'explication est le retard technologique de la France et de l'Europe sur ces questions.
"Il n'existe aucune entreprise européenne d'IA de pointe", rappelait récemment un rapport du "think tank" allemand Kira Center.
Les alertes viennent des laboratoires américains, "qui ont atteint un niveau d'accélération du progrès technologique plus rapide que celui d'entreprises comme Mistral", note auprès de l'AFP Mathilde Velliet chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
En outre, sur le continent européen, le sujet de l'IA est intimement lié à celui de la souveraineté, ajoute-t-elle.
En France, il existe "une ambiguïté" entre une prise de conscience des risques l'IA, existentiels mais aussi écologiques, de son impact social, et de l'autre "la volonté de positionner la France dans cette course à l'IA internationale malgré tout", souligne cette experte.
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Le casse-tête européen
Soucieuse de montrer qu'elle prend le sujet au sérieux, la Commission européenne a indiqué cette semaine qu'elle réunirait les principaux acteurs du secteur afin de soutenir les efforts de l'industrie pour ralentir le développement des modèles d'IA les plus risqués.
Contrairement aux États-Unis, l'Union européenne s'est dotée d'un cadre réglementaire, adopté en 2024, qui vise à limiter les principaux dangers de cette technologie.
Mais face à la peur d'un décrochage par rapport aux États-Unis et à la Chine, certaines obligations sur les IA à haut risque ont été reportées.
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"La réalité à Bruxelles aujourd'hui est celle de la déréglementation", a expliqué à l'AFP, Marietje Schaake, experte sur l'IA à l'université de Stanford et ancienne eurodéputée.
Reste certaines instances internationales comme les Nations unies, dont l'Assemblée générale doit se tenir la semaine prochaine, où les pays européens pourraient essayer de peser sur la question d'une régulation mondiale de l'IA.
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