« Prendre le contrôle » d’Internet dès 2027 : OpenAI, Anthropic et Elon Musk veulent freiner la course à l’IA, Trump et la Chine refusent

Le PDG d’Anthropic alerte à nouveau sur les dangers de l’intelligence artificielle. Il craint qu’un groupe d’agents IA autonomes soit capable, d’ici 6 à 12 mois, de prendre le contrôle de l’ensemble d’Internet. OpenAI et Elon Musk abondent dans le même sens. Redoutant que les États-Unis prennent du retard sur la Chine, Donald Trump a fermement refusé de soutenir un ralentissement du développement de l’IA.
Le monde de l’IA a été considérablement secoué ce week-end. Ce samedi 12 septembre 2026, Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a publié un long texte consacré aux dangers de l’intelligence artificielle. L’entrepreneur, dont la start-up est à l’origine de Claude, « redoute que d’ici 6 à 12 mois » un groupe d’agents IA autonomes soit « capable de prendre le contrôle de l’intégralité d’Internet ».
We Must Pace the Frontier: I’ve written a new essay on why the AI industry should slow down, with a three-part plan for doing so.
Anthropic is unilaterally committing to the first of these steps. We’ll provide third-party evaluators with permanent, employee-level access to our…
— Dario Amodei (@DarioAmodei) September 12, 2026
La mise en garde fait écho à l’avertissement de Jacob Coxon, un ancien employé d’Anthropic, qui estimait que « les gens qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». La prise de parole d’Amodei découle aussi et surtout d’une série d’incidents de cybersécurité survenus cet été. La période estivale a en effet été marquée par plusieurs cyberattaques menées par des IA hors de contrôle, dont des versions de Claude et de ChatGPT. On se souviendra notamment de l’intrusion sur les serveurs de la plateforme Hugging Face, orchestrée par un modèle GPT échappé de sa prison numérique.
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« Ralentir le rythme »
Face à ces incidents à répétition, Dario Amodei estime qu’il faut « ralentir le rythme auquel nous améliorons les capacités des modèles d’IA » avant qu’une catastrophe ne survienne. Il précise toutefois que « les progrès continueront à sembler rapides, et nous devons faire bon usage du temps que nous gagnons ». Le dirigeant d’Anthropic explique avoir changé d’avis sur la question d’un moratoire sur l’IA ces derniers mois. Il pensait jusqu’à récemment qu’investir massivement dans la sécurité suffirait à accompagner la montée en puissance des IA. Il estime désormais que ce n’est plus suffisant. Tout en investissant dans la sécurité, il faut aussi ralentir la cadence à laquelle les capacités progressent, pour laisser le temps aux chercheurs de développer des garde-fous solides.
« Cela nécessite non seulement d’investir dans la prévention des risques, mais aussi de rythmer l’avancée des capacités pour que cette prévention ait le temps de suivre », explique
Un plan en 3 étapes
Le PDG d’Anthropic propose un plan en trois étapes pour éviter de perdre le contrôle de l’IA. Premièrement, il recommande que les laboratoires d’IA de pointe donnent à des évaluateurs indépendants un accès poussé à leurs systèmes pour vérifier que les pratiques de sécurité sont réellement respectées. Anthropic s’est engagé à mettre en place un système d’audit de ce type dès maintenant, sans attendre les autres géants de l’IA.
Ensuite, les entreprises d’IA implantées dans des pays démocratiques devraient s’entendre sur des règles de sécurité communes et fixer ensemble des limites à ne pas dépasser. Cette approche doit éviter qu’une entreprise prudente ne soit désavantagée face à des concurrents qui prendraient plus de risques pour aller plus vite sur le développement de l’IA. L’enjeu d’un ralentissement de l’IA est évidemment concurrentiel. Enfin, le patron d’Anthropic appelle à la mise en place d’une grande coopération internationale, y compris avec des gouvernements non démocratiques comme la Chine, pour encadrer les risques à l’échelle mondiale
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La réponse d’OpenAI et Elon Musk
Sam Altman, PDG d’OpenAI et principal rival d’Anthropic, a donné raison à Amodei. Faisant suite à ses déclarations devant les employés de sa société, le dirigeant assure qu’OpenAI est prêt à lever le pied, mais qu’il faut que tous les laboratoires en fassent de même. Il affirme qu’OpenAI va également mettre en place « un système d’évaluateurs indépendants disposant d’un accès similaire à celui des employés », et qu’aucune « pression concurrentielle américaine ne devrait justifier l’imprudence ». La course à l’IA ne doit pas justifier toutes les prises de risque.
The world deserves confidence that American companies developing increasingly capable AI will act responsibly, especially as the trajectory of progress has steepened. Every frontier lab must deliver on this, and there is no reason any of us should come to work if we cannot.
We…
— Sam Altman (@sama) September 14, 2026
Pour rappel, Dario Amodei a quitté OpenAI en 2020, jugeant l’entreprise trop peu rigoureuse sur les enjeux de sécurité liés à l’intelligence artificielle. C’est cette divergence de vision qui l’a poussé à créer Anthropic un an plus tard, en 2021. En dépit de leurs désaccords passés, Amodei et Altman semblent désormais sur la même longueur d’onde. Dans le contexte actuel, OpenAI a choisi de repousser son introduction en Bourse à l’année prochaine, estimant que « ce serait malvenu ». A contrario, Anthropic prévoit toujours d’entrer à Wall Street dans le courant d’octobre 2026.
I’ve been sounding the alarm on AI for a long time https://t.co/YJ0oAcVXz2
— Elon Musk (@elonmusk) September 13, 2026
La prise de parole du PDG d’Anthropic a même été saluée par Elon Musk, le patron de xAi. Le controversé milliardaire, dont l’empire est à l’origine de l’IA Grok, rappelle qu’il alerte sur les dangers de l’intelligence artificielle depuis plus d’une décennie.
Intentions cachées et réactions contrastées
La proposition d’Amodei, suivie des assentiments d’Altman et de Musk, a provoqué des réactions contrastées chez les experts. Plusieurs voix se sont élevées pour accuser les titans de l’IA d’avoir des intentions cachées en alertant sur les dangers de leur propre technologie… qu’ils continuent activement de développer. Pour Charles Guillemet, le chef de la sécurité de Ledger, les avertissements font partie des « rituels de relations publiques » habituels des géants de l’IA. Pour lui, il s’agit d’une énième opération de communication.
Musk, Altman and Dario are predicting the end of the world again and asking everyone to slow the frontier. In a couple of months they will ship a stronger model. These PR rituals are now part of the PDLC!
We now have dozens of open-weight models with weak or removable… pic.twitter.com/XCNApRS6Ef
— Charles Guillemet (@P3b7_) September 12, 2026
Yann LeCun, le chercheur français pionnier de l’intelligence artificielle, rappelle de son côté qu’Amodei affirmait « déjà en 2019 que GPT-2 était trop dangereux pour être open source », et qu’il ne faut pas prendre au sérieux ses déclarations.
Right. Dario was already claiming that GPT2 was too dangerous to open source back in 2019.
I made fun of them then.
Everyone should make fun of them now.— Yann LeCun (@ylecun) September 13, 2026
Le refus de Donald Trump
La mise en garde des géants de l’intelligence artificielle a fait des remous jusqu’au Bureau ovale. Le président Donald Trump a estimé que les appels au ralentissement sont des « forces très négatives » qui risquent d’empêcher les États-Unis de s’imposer comme le leader du secteur. Sans surprise, le républicain pointe du doigt la concurrence de la Chine, qui multiplie les innovations en matière d’IA, rapporte Reuters.
« Nous avons une longueur d’avance sur la Chine en matière d’IA. Nous sommes le pays le plus avancé au monde et, très honnêtement, je veux que ça reste ainsi, car celui qui domine l’IA remporte la partie », déclare Donald Trump, estimant que « de nombreuses forces très négatives instrumentalisent cette question alors qu’elles ne le devraient pas, et évoquent des scénarios qui ne se produiront jamais ».
Interrogé par CBS, Dario Amodei a expliqué que la rivalité entre les entreprises américaines et chinoises constituait le « dilemme le plus difficile » du secteur de l’IA, au moment de fixer une « limite de vitesse ».
La Chine a d’ailleurs réagi aux propositions d’Anthropic par le biais du Global Times, un journal sous le contrôle du pouvoir chinois, relayé par Reuters. Pour le média, l’avertissement de la start-up américaine est un « manuel de guerre froide » à l’encontre de la Chine. Pour Pékin, le cadre visant à encadrer le développement de l’IA serait uniquement destiné à freiner le développement de l’IA en Chine par des barrières technologiques et des monopoles réglementaires.
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