Le vélo de route est-il devenu un loisir de riches?
Après les Championnats du monde de cyclisme sur route UCI à Montréal, la fièvre du vélo continuera-t-elle de gagner du terrain au Québec ? Pour ceux qui voudront se mettre en selle, la facture pourrait vite grimper. Vélo dernier cri, maillots griffés, capteurs de puissance : bien plus qu’un sport ou un loisir, le cyclisme est devenu pour beaucoup un véritable style de vie.
« Quand j’ai commencé la compétition, [dans les années 1980,] les vélos de route les moins chers étaient à 150 $. Aujourd’hui, c’est 1500 $ », raconte l’ancien coureur cycliste Gervais Rioux, propriétaire de Cycles Gervais Rioux, à Montréal.
En quelques décennies, les montures ont évolué comme jamais. Cadre de carbone, frein à disque, transmission électronique, roues aérodynamiques : autant d’innovations qui améliorent et allègent le vélo, mais alourdissent la facture. Dans le haut de gamme, on trouve des vélos entre 20 000 et 30 000 dollars.
En plus du coût des matériaux et des nouvelles technologies s’ajoutent l’inflation galopante des dernières années et l’effet pandémie, note Laurent Gagnon, propriétaire de Cycles Campus. En 2020, privées de leurs salles d’entraînement et des sports de groupe, nombre de personnes se sont tournées vers le vélo, ce qui a entraîné des pénuries, des délais de livraison monstres et, ultimement, une hausse des prix qui ne s’est pas estompée depuis.
« Le gros de ma job, c’est aussi de ramener mes fournisseurs sur terre, de leur faire comprendre que mes clients, leur revenu n’est pas élastique », fait valoir M. Gagnon, qui se fait un devoir de proposer une gamme plus accessible en magasin.
Une affaire de style
Les dépenses ne se limitent toutefois plus au vélo lui-même. Cuissards, maillots, chaussures, lunettes, casques : il s’est développé une véritable garde-robe cycliste, avec ses marques, ses tendances et ses codes, où chaque article dépasse la centaine de dollars.
« Depuis la pandémie surtout, il y a plus de fashion dans le vélo », constate Grégory Marsolais-Viau, gestionnaire du marketing chez Primeau Vélo. Il n’est pas rare de voir des cyclistes amateurs porter des vêtements et des accessoires plus chers, au total, que leur vélo.
« Bien s’habiller sur son vélo, c’est devenu aussi important que bien s’habiller au quotidien », souligne Marc-André Lebeau, président de Bicycles Quilicot.
Plusieurs marques haut de gamme se sont lancées dans le secteur ces dernières années. La concurrence est rude, mais la demande est au rendez-vous, confirment les détaillants.
Dans un récent sondage de la marque québécoise Le Braquet, un quart des cyclistes répondants ont indiqué dépenser en moyenne entre 2000 et 3500 dollars par année en accessoires et vêtements, somme qui n’inclut pas l’achat d’un vélo donc. « Les gens achètent en plus grande quantité parce qu’ils roulent davantage et plus longtemps. Mais il y a aussi un effet de style. Tu veux être à l’aise et design. C’est une forme d’expression personnelle », explique Marc-Antoine Greco, copropriétaire de l’entreprise.
Il parle même d’un « style de vie » et d’un « sentiment d’appartenance », puisque le vélo dépasse désormais la simple pratique sportive pour devenir une façon de socialiser, les cyclistes roulant souvent en groupe. « Les gens s’arrêtent pendant leur ride dans des cafés cyclistes, prendre une bière dans l’événement d’une marque. Ils font des voyages de vélo aussi. »
Marc-André Lebeau y voit plutôt l’expression d’un statut social. En roulant en groupe, les cyclistes se comparent et s’influencent mutuellement : « Tu veux le même vélo qu’untel, le même maillot ou la marque de lunettes d’un autre. […] Tu veux faire partie du groupe. »
Place à la performance
Cet effet de groupe touche aussi la performance. « Aujourd’hui, ceux qui se lancent, surtout les jeunes, ne veulent pas juste un vélo, ils veulent des données, note Laurent Gagnon, de Cycles Campus. Tu veux suivre tes kilomètres, ta puissance, ton rythme cardiaque, tu veux le bon positionnement. » Il vend d’ailleurs bien plus de GPS, de cardiofréquencemètres ou de capteurs de puissance qu’il y a deux ans, des articles qui ajoutent plusieurs centaines de dollars au panier.
« Est-ce qu’on a vraiment besoin de tout ça ? Quand on embarque sur le vélo pour la première fois, ce n’est peut-être pas la meilleure dépense. Ça peut venir plus tard, éventuellement », souligne-t-il.
« On essaie d’éduquer nos clients, leur faire comprendre qu’ils n’ont pas besoin de tout l’attirail haut de gamme dès le début. Il y a des étapes. Les années et les kilomètres font qu’on devient un meilleur cycliste avec des besoins qui évoluent », renchérit Grégory Marsolais-Viau, de Primeau Vélo.
Les détaillants contactés s’entendent : le vélo de route a un coût, mais on peut en faire sans se ruiner. « Une fois ton vélo et l’équipement de base achetés, même usagés, tu peux sortir de chez toi et rouler où tu veux. C’est gratuit », indique Gervais Rioux.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.