« Chrome bloque 7 milliards de notifications par jour » : faut-il croire Google ?

Sept milliards de notifications indésirables écartées chaque jour rien que sur Android : Google s’offre un satisfecit XXL. Le chiffre sort de sa propre calculette, mais la mécanique derrière mérite le détour.
Les notifications de sites web sont devenues l’un des canaux favoris des escrocs pour diffuser arnaques, hameçonnage, logiciels malveillants et fausses demandes de paiement. Google a détaillé cette semaine, dans un billet de blog, l’arsenal déployé par Chrome sur Android pour endiguer le phénomène. Le bilan revendiqué donne le tournis : plus de 7 milliards de notifications indésirables réduites par jour au premier trimestre 2026.
Une défense en gruyère, et c’est Google qui le dit
L’entreprise décrit elle-même son approche comme un empilement de tranches de gruyère : chaque couche de protection a ses trous, mais on les superpose pour qu’aucun trou ne traverse l’ensemble. « Notre objectif est de garantir que si un abus passe à travers une couche, une autre soit là pour l’attraper », résume le billet.
Première tranche, la révocation automatique : Chrome retire de lui-même l’autorisation de notifications aux sites que vous ne visitez plus, ainsi qu’à ceux qui déclenchent des avertissements répétés pour notifications suspectes, désabonnement compris. Les permissions révoquées restent consultables dans le Safety Hub, où un clic suffit pour les rétablir (au cas où votre site de recettes préféré serait victime d’un excès de zèle).

La deuxième tranche opère à l’échelle du réseau : Google surveille les groupes de sites liés entre eux, notamment via une activité coordonnée de leurs service workers (ces scripts qui tournent en arrière-plan). L’objectif est de révoquer préventivement les autorisations de galaxies entières de sites, même quand leur contenu paraît inoffensif.
Le tri s’appuie sur des signaux comme le volume de notifications envoyées, le temps passé sur le site, la fréquence des demandes d’autorisation et l’engagement des visiteurs. Les sites jugés perturbateurs sont plafonnés à 1 000 messages par minute, l’excédent recevant une erreur HTTP 429, le panneau stop du web. L’étau se resserre pour les récidivistes, et le plafond ne se relâche qu’après une période de bonne conduite. Chrome a enfin adouci sa fenêtre de demande d’autorisation sur Android, censée moins interrompre la navigation.
Sept milliards, dit celui qui tient la calculette
Reste le bilan chiffré, qui appelle davantage de prudence : il vient exclusivement de Google, sans méthodologie publiée, sans taux de faux positifs, sans audit indépendant. La formulation retenue parle d’ailleurs de notifications « réduites », ce qui n’est pas tout à fait la même chose que bloquées une à une. Une permission révoquée sur un site bavard peut compter pour des centaines de notifications jamais envoyées. L’ordre de grandeur reste plausible, mais personne d’autre que Google ne peut le vérifier.
La philosophie tranche aussi avec celle de Firefox, qui propose depuis longtemps de couper le robinet en bloc en refusant toutes les demandes de notifications. Chrome préfère trier au cas par cas, une approche plus fine sur le papier, mais qui suppose de faire confiance au juge (lequel se trouve être aussi partie, l’écosystème publicitaire de Google vivant précisément de l’attention captée).
Pour reprendre la main sans attendre, direction Paramètres puis Notifications dans Chrome sur Android, ou Paramètres, Confidentialité et sécurité, Paramètres des sites, Notifications sur ordinateur. Le Safety Hub liste de son côté les autorisations déjà révoquées automatiquement. Google promet au passage moins d’activité en arrière-plan et une batterie soulagée. En attendant un audit indépendant, le compteur le plus fiable reste celui de votre barre de notifications.
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