Fermeture d’une voie du pont Honoré-Mercier | « Ça fait longtemps qu’ils savent qu’il y a des problèmes »

La fermeture soudaine d’une voie du pont Honoré-Mercier « pour une durée indéterminée » met en lumière l’état de dégradation de cette structure quasi centenaire, estiment des élus et des syndicats. Certains appellent le prochain gouvernement à prioriser la construction d’un nouveau lien vers la Rive-Sud.
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« C’est un pont qui est connu pour avoir des problématiques, et qui a besoin de travaux majeurs depuis fort longtemps. Ça fait longtemps qu’ils savent qu’il y a des problèmes », lance sans détour le président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), Marc-André Martin.
Mardi soir sur les réseaux sociaux, le ministère des Transports a pris bien des usagers de la route par surprise en annonçant que la voie de gauche serait fermée de manière préventive sur le pont Honoré-Mercier en direction de Montréal, et ce « pour une durée indéterminée ».
Selon le ministère, une fissure venait en effet d’être constatée lors de travaux d’entretien, plus tôt dans la journée, sur une poutre d’acier. Résultat : le trafic s’est étendu sur des kilomètres à l’approche du pont dès le début de la journée, mercredi.
À Châteauguay, le maire Éric Allard ne décolère pas dans ce dossier. « La congestion est immense ! On a un seul lien pour se rendre sur l’île, nous, et c’est le pont Mercier. Ça devient de plus en plus problématique comme situation », déplore-t-il en entrevue téléphonique.
« Il y a des investissements de près 500 millions qui ont déjà été faits en réparation, mais on dirait qu’on fait du surplace. Il ne s’est rien passé. Je pense qu’on a réellement besoin d’un nouveau pont. Ça fait longtemps qu’on en parle dans le secteur, mais ça y est : on est rendus là », persiste M. Allard, visiblement irrité.
Aux dires de l’élu municipal, « il y a au moins le même montant qui doit être investi sur le pont existant pour réparer d’autres petits bouts ». « La réalité, c’est qu’ils entretiennent le pont jusqu’à tant qu’on soit rendus à en construire un nouveau. Le remplacement est dû, c’est certain », estime quant à lui Marc-André Martin.
Encore en planification
Sur le site du ministère des Transports, on peut lire que le projet de reconstruction du pont Honoré-Mercier en est toujours « à l’étape de planification ». « Plusieurs études et inventaires sont nécessaires pour notamment bien comprendre le milieu dans lequel s’insérera la nouvelle structure », soutient-on. À terme, on sait toutefois que ce nouveau pont se connecterait à l’actuelle portion fédérale, puis que l’ancienne structure serait démantelée.
À l’Association du camionnage du Québec (ACQ), le président Marc Cadieux espère surtout que des mesures d’atténuation seront envisagées par le ministère si la fermeture vient à se prolonger. « Il faudrait par exemple envisager la gratuité de l’autoroute 30 comme option alternative », soutient le gestionnaire.
L’impact de la fermeture pour l’industrie du camionnage est majeur, précise M. Cadieux. « Les transporteurs m’appellent depuis ce matin pour savoir ce qui se passe. C’est jusqu’à 12 000 camions qui passent là chaque jour », illustre-t-il.
Règle générale, les données actuelles montrent qu’environ 75 000 véhicules empruntent chaque jour le pont Honoré-Mercier. Vu cet achalandage, le maire Éric Allard s’explique mal pourquoi un plan de contingence n’a pas déjà été mis en place par les autorités gouvernementales.
« On a contacté [la société de transport] exo ce matin pour savoir s’il y avait des solutions alternatives, mais ils n’ont même pas eu de demandes. Il n’y a aucune préparation d’offre de transport collectif pour aider les citoyens, rien de tout ça. Je ne la comprends pas », martèle le maire.
Construit il y a bientôt 100 ans, le pont Honoré-Mercier a été inauguré en 1934. À l’origine, il ne comptait qu’une seule structure à l’ouest, mais dans les années 1960, on y a ajouté une seconde portion parallèle, permettant de faire passer le nombre de voies automobiles de deux à quatre. La responsabilité de l’ouvrage est partagée entre le gouvernement du Québec et celui du Canada, par l’intermédiaire de la société d’État Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée (PJCCI).
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