«A Talent for Murder»: la talentueuse madame Mirren
En provenance de New York, un homme fait la connaissance d’une femme à bord d’un train, alors que tous deux séjournent en Suisse. Tandis qu’elle visite une riche tante, lui se rend chez la célèbre écrivaine Patricia Highsmith afin de lui faire signer un contrat, contrat dont dépend sa carrière. Nous sommes en 1995, et la maison d’édition de la créatrice de Tom Ripley, assassin et antihéros notoire, réclame un ultime roman. Dans le thriller psychologique A Talent for Murder, réalité, fiction, et surtout métafiction, s’entremêlent.
La composition à la fois inquiétante et bourrue d’Helen Mirren (The Cook, the Thief, His Wife & Her Lover/Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant ; Gosford Park/Week-end à Gosford Park ; The Queen/La reine) constitue la principale raison de voir le film.
Face à la grande actrice, Alden Ehrenreich (Stoker ; Solo : A Star Wars Story/Solo. Une histoire de Star Wars ; Cocaine Bear/Ours sous cocaïne) pourra paraître terne, mais justement, c’est pour mieux jouer les toiles vierges, l’acteur étant amené à jouer diverses variations de Ripley (après les Alain Delon, Dennis Hopper, Matt Damon, John Malkovich, Andrew Scott…).
Le film a été mis en scène par Anton Corbijn, un réalisateur de vidéoclips innovants à la filmographie inégale. En la matière, Corbijn est au sommet de son art lorsqu’il dispose d’une bonne matière première dramatique, que ce soit le scénario de Rowan Joffé pour The American (L’Américain), d’après le roman de Martin Booth, ou celui d’Andrew Bovell pour A Most Wanted Man (Un homme très recherché), d’après le roman de John Le Carré.
Ici, point de roman de Patricia Highsmith en guise de trame, du moins, pas de manière directe. En effet, la scénariste Joanna Murray-Smith, qui adapte sa propre pièce de théâtre, a manifestement étudié l’écrivaine. Cela, à l’instar de son protagoniste, un certain Edward Ridgeway, qui connaît par cœur l’œuvre de l’autrice de The Talented Mr. Ripley (Le talentueux monsieur Ripley).
Un frustrant pastiche
Sauf que dans cette intrigue purement fictive, les velléités d’hommages se soldent par un frustrant pastiche.
Le film commence avec Highsmith contemplant l’horizon depuis sa résidence montagnarde « aux allures de bunker », cigarette au bec et whisky à portée de main. Elle affiche une mine peu amène, mais ce n’est pas plus mal puisque, comme le consignait la principale intéressée dans son (vrai) journal : « La triste vérité est que l’art carbure au malheur. » (« L’anxiété et le désarroi sont les meilleurs moteurs », déclare-t-elle dans le film.)
Et la voici qui amorce la narration d’un possible nouveau roman. Entre alors en scène le susmentionné Edward Ridgeway, dont on peut dès lors se demander s’il existe réellement pour tout le reste du film, ou s’il ne s’agit que d’une invention d’Highsmith.
La suite maintient le principe de la mise en abyme, Ridgeway aidant Highsmith à se remettre en selle (l’idée qu’une autrice de sa trempe accepterait une telle intervention est saugrenue mais passons) pour une ultime aventure de Tom Ripley, son fameux criminel issu d’un milieu modeste mais ayant des goûts de luxe.
Malgré le côté appliqué, l’âme noire de Highsmith n’habite pas cet exercice de style maladroit.
Autrement plus funeste
Comme quoi, être bon ou bonne élève n’est pas tout. Encore faut-il avoir une imagination à soi. Celle de Murray-Smith semble surtout intéressée par sa construction gigogne de récits enchâssés. Or, à défaut d’une base réellement solide, tout cela reste au stade de « gimmick » narrative.
Au moins devient-il évident, lors du tout dernier plan, que ce qui a tout du long revêtu les allures d’un récit picaresque était en réalité une saga autrement plus funeste. On prend alors conscience qu’à défaut de s’approcher de son brio, Murray-Smith a compris Highsmith.
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