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Wednesday, September 16, 2026

Au Québec, des femmes accouchent sans professionnel de la santé par désir d’autonomie

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Pour certaines femmes, donner naissance sans médecin ni sage-femme n’est pas une solution de dernier recours, mais constitue plutôt un choix qu’elles revendiquent, fondé notamment sur le désir d’autonomie et de contrôle sur l’accouchement. Mais cette décision n’est pas sans risques.

« Certaines personnes disent souhaiter que l’expérience de la grossesse, et par la suite de la naissance, leur appartienne vraiment. Elles nous disent aussi qu’elles veulent une connexion à leur corps », explique Sarah Landry, coordonnatrice générale du Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement, un organisme qui œuvre pour la défense des droits des femmes enceintes.

Léa Couture raconte avoir donné naissance à son premier fils chez elle en 2020, sans professionnel de la santé. D’une voix posée, qui s’anime lorsqu’elle replonge dans ses souvenirs, la femme de 34 ans raconte la naissance de son garçon en pleine canicule dans son appartement du Mile End, qu’elle a vécue entourée de son conjoint de l’époque et d’une amie doula présente pour lui fournir du soutien émotionnel.

Cette expérience a été pour elle un « cadeau ». « C’est un enfantement où il n’y avait aucune donnée, aucun chiffre, aucune horloge, aucune lumière, souligne Mme Couture. C’était vraiment au rythme de mon ressenti seulement. »

Elle avait d’ailleurs demandé aux gens présents de s’abstenir de lui faire part de leurs inquiétudes s’ils en avaient. « J’étais la maîtresse de cette expérience. J’avais cette conviction que si je ressentais l’appel de me déplacer, je me déplacerais. »

Deux ans plus tard, elle a décidé de répéter l’expérience pour son deuxième enfant. Cette fois, elle souhaitait vivre l’accouchement seule, sans amie doula ni conjoint à ses côtés. Celui avec qui elle était en couple à l’époque était présent dans la maison, mais elle ne l’a appelé auprès d’elle que quelques minutes avant la naissance.

L’accouchement non assisté ne convient pas à toutes, reconnaît Léa Couture. « Nos besoins ne sont pas les mêmes. Il y a des gens qui doivent être à l’hôpital pour se sentir en sécurité et se détendre. Puis d’autres, comme moi, qui sont plus en mode : “Je vais être devant mon foyer à côté de mon lit, mes enfants vont dormir, puis je vais donner naissance.” »

Un phénomène en hausse ?

Dans la province, le nombre d’accouchements non assistés demeure difficile à établir. Les principaux organismes publics consultés par Le Devoir n’ont pas été en mesure de fournir de données permettant de quantifier le phénomène.

La majorité des personnes et des associations interviewées dans le cadre de ce dossier disent toutefois observer que cette pratique gagne du terrain. Celle-ci demeure cependant marginale, selon les acteurs consultés.

Même en cas de grossesse dite « normale », des complications peuvent survenir à l’accouchement, prévient la Dre Liliane Brassard, vice-présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec. En l’absence d’un professionnel de la santé, certaines complications peuvent être plus difficiles à détecter et à prendre en charge rapidement, dit-elle.

« Le bébé peut présenter des souffrances pendant le travail. Et, si on n’agit pas, il peut décéder. On peut aussi se retrouver avec un bébé qui naît et qui a besoin de réanimation de façon importante. S’il n’y a pas de réanimation qui est faite de façon efficace, le bébé peut mourir », explique-t-elle.

Donner naissance sans professionnel de la santé comporte aussi des risques pour la mère, souligne la Dre Brassard. Une hémorragie, par exemple, doit être identifiée suffisamment rapidement pour faire l’objet de soins, explique-t-elle.

De son côté, Léa Couture affirme que la plupart des femmes qu’elle a rencontrées sont bien au fait des risques et de leurs limites lorsqu’elles choisissent un accouchement non assisté. « La majorité de celles que j’ai croisées s’étaient tellement plongées dans le sujet et s’étaient préparées. »

Le défi de s’informer

Le phénomène ne date pas d’hier. Mais sur les réseaux sociaux, des publications consacrées à l’accouchement non assisté, ou « freebirth », principalement faites par des internautes américaines, cumulent parfois des millions de vues.

Des vidéos montrent notamment des femmes donnant naissance chez elles, entourées de proches, mais sans médecin ni sage-femme.

La présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec, Julie Pelletier, s’inquiète cependant de certaines affirmations qui peuvent accompagner ce contenu.

« Certaines personnes vont dire que si on n’intervient pas dans l’accouchement et que la femme se fait confiance, tout va bien aller. C’est une mauvaise information et ça culpabilise les gens qui ont tout bien fait et pour qui, finalement, ça ne se passe pas bien », souligne-t-elle.

Un choix libre et éclairé doit être basé sur des renseignements fiables, souligne pour sa part Sarah Landry. L’information doit aussi être complète, ajoute-t-elle.

En plus d’être renseignées sur les risques et les procédures médicales possibles, les femmes devraient être informées des façons de donner naissance en limitant les interventions lorsque la situation le permet, selon elle.

« Le défi qu’ont parfois des familles au Québec est d’avoir accès à une information complète qui inclut aussi les aspects qui ne tendent pas vers la médicalisation de la naissance », affirme Mme Landry.

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