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Monday, October 12, 2026

Mathieu Lavoie : quand les agrégateurs vous donnent perdant

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(Québec) « Je vous le dis, je suis premier. » Cette phrase, Mathieu Lavoie, député élu pour le Parti libéral, l’a répétée à qui voulait l’entendre dans la circonscription de Montarville. Mais comment faire campagne quand des agrégateurs vous prédisent une troisième place ?

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« Il a fallu qu’on travaille beaucoup plus fort à cause de ça. » Le constat, pour Mathieu Lavoie, titulaire d’un doctorat en composition de l’Université de Montréal, est clair : les outils qui transposent les sondages nationaux en prévisions au niveau local lui ont nui.

Des sites très populaires comme Qc125 et Route 127 lui prédisaient une troisième place, loin derrière le PQ, ou une deuxième place en fin de campagne, lorsque la CAQ s’est effondrée.

À quelques jours du scrutin, son chef, Charles Milliard, est venu lui prêter main-forte. Il était lui aussi irrité. « Je ne vais pas faire le procès des agrégateurs, je n’ai pas envie d’embarquer là-dedans, mais je peux vous dire que dans certaines [circonscriptions], je m’explique extrêmement mal les chiffres que je vois », disait-il.

Mathieu Lavoie, lui, l’a compris peu après son investiture, en mai. Sur le terrain, le message qu’il recevait des électeurs n’avait « rien à voir » avec ce qu’on lui prédisait comme résultat.

PHOTO CHRISTOPHER KATSAROV, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, lors de sa visite au local électoral de son candidat Mathieu Lavoie

Mais il avait deux embûches.

Premièrement, une forme d’a priori médiatique. Les journalistes, déplore-t-il, reprennent très souvent les chiffres de Qc125 sans trop se poser de questions. Il a constaté qu’il était parfois « mis de côté » dans plusieurs articles, qui relataient une course à deux entre la caquiste Nathalie Roy et le péquiste Jean-François Cloutier. Pour s’imposer, il devait redoubler de travail.

Puis, plusieurs citoyens lui disaient, en porte-à-porte, qu’ils voulaient bloquer la tenue d’un référendum. « Ils voulaient voter stratégique, mais ils me disaient que c’était la CAQ qui était deuxième. » Chaque fois, il devait enseigner le rôle des agrégateurs. « On ne faisait pas que pointer, on devait expliquer comment ils font leurs calculs, en se basant sur les résultats des élections précédentes », souligne-t-il.

« Je trouve que c’est effrayant »

Il ne s’agit pas ici de faire le procès de ces sites. Au lendemain des élections, Route 127 se donne par exemple une note de 92 %, avec 117 prédictions réalisées sur 127. Mais les citoyens – et les journalistes – comprennent-ils bien ces outils ?

La question est posée à la spécialiste des sondages Claire Durand, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université de Montréal1.

« Là, vous allez me forcer à critiquer les médias [rires], mais je trouve que c’est effrayant, sérieusement », laisse-t-elle tomber.

Les marges d’erreur locales pour les agrégateurs sont beaucoup plus élevées que dans des sondages nationaux, les marges qu’ils se donnent pour la projection de siège sont très élevées, et il existe des disparités entre chacun de ces modèles.

Je n’ai pas vu un seul média qui notait ça, qui expliquait ce que probable, enclin ou pivot, ça voulait dire.

Claire Durand, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université de Montréal

Autre interrogation : est-ce que ces modèles de projection de sondage ont une incidence sur le comportement des électeurs ? « C’est une question qui m’a préoccupée tout le long de la campagne », indique Claire Durand.

André Blais, politologue à l’Université de Montréal, est sceptique. « La plupart des gens votent pour leur premier choix », dit-il. Les agrégateurs donnent une information « utile » aux électeurs, qui peuvent mieux comprendre l’impact des sondages nationaux sur la course à la majorité à l’Assemblée nationale et sur ce que ça peut vouloir dire dans leur coin de pays.

« Ça pourrait en effet favoriser le vote stratégique et avoir un effet déprimant pour des candidatures locales. Mais dans Montarville, ça ne semble pas avoir eu d’effet parce que le Parti libéral l’a emporté malgré le fait qu’on lui donnait peu de chance », dit André Blais.

Pour M. Lavoie, cependant, l’effet existait. « Les gens nous ont choisis malgré ce défi », laisse-t-il tomber. Notamment grâce à un engagement du Parti libéral d’élargir l’autoroute 30 et à une visite du chef en fin de campagne, explique le cofondateur d’un studio de production audio spécialisé dans le jeu vidéo – il a composé de la musique de nombreux projets, dont pour Donjons et Dragons et Star Trek.

Nombreuses hypothèses

Quant aux raisons expliquant l’erreur des agrégateurs dans Montarville, les hypothèses sont nombreuses. Stéphane Gobeil, un ancien du cabinet de François Legault qui a récemment lancé Route 127, croit que les changements démographiques sur la Rive-Sud, avec l’arrivée d’une population issue de l’immigration, ont pu favoriser le Parti libéral. Il note aussi le taux de participation très élevé dans la circonscription, près de 15 points au-dessus de la moyenne provinciale, preuve de l’existence d’une machine électorale bien rodée.

Il estime que les agrégateurs sont « utiles et intéressants », mais qu’il faut bien comprendre qu’il s’agit de modèles qui ne prédisent pas avec certitude les résultats des élections.

Au Parti libéral, on estime plutôt que les modèles ont trop pris en compte le comportement passé des citoyens, alors que 2022 a été une élection catastrophique.

« Montarville, c’est beaucoup, beaucoup de francophones. Et ce sont des francophones qui ont voté pour le PLQ », réplique M. Lavoie.

1. Lisez la lettre ouverte de Claire Durand « Peut-on se fier aux prédictions des agrégateurs de sondages ? »

View the original on La Presse →

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