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Friday, September 25, 2026

Recherche scientifique | Un Québécois embauché en Ontario grâce à un programme pour attirer les talents étrangers

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Un prestigieux programme fédéral visant à recruter des chercheurs de pointe à l’étranger a permis à l’Université d’Ottawa d’embaucher un ex-directeur de l’Institut national de la recherche scientifique du Québec (INRS) qui s’est exilé en Italie après un litige sur fond d’allégations de harcèlement psychologique et d’accusations de proximité avec la Chine.

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« Disons que ma préférence aurait été de revenir au Québec, préférablement dans la région de Montréal, qui a été le centre de mon existence pendant 21 ans et où j’ai mes habitudes et mes amis, mais j’étais ouvert à aller à d’autres endroits au Canada », commente Federico Rosei.

Le scientifique, une sommité internationale de la nanotechnologie, est l’un des 64 chercheurs internationaux qui se sont fait attribuer à la fin d’août une des chaires de recherche Eddie Goldenberg, financées par un programme fédéral de 500 millions de dollars.

Le programme a permis de recruter 48 chercheurs dans des universités américaines, dont Harvard, le MIT et Duke.

Quatorze d’entre eux atterriront dans des universités québécoises. Mais pas M. Rosei. Il établira plutôt sa chaire de recherche sur les « matériaux durables émergents » à l’Université d’Ottawa, avec financement fédéral récurrent de 1 million par année, pendant huit ans. « C’est une opportunité qui vient une fois dans une vie », affirme le chercheur.

PHOTO FOURNIE PAR FEDERICO ROSEI

M. Rosei assure pourtant avoir postulé dans quatre établissements québécois dans le cadre du programme fédéral.

« Elles m’ont toutes refusé », dit le scientifique, qui a été décoré du titre de chevalier de l’Ordre national du Québec en juin 2024, pour l’excellence de ses travaux scientifiques. C’est « un grand de l’infiniment petit », a résumé l’ex-premier ministre François Legault lorsqu’il lui a décerné en mains propres le titre honorifique.

M. Rosei a aussi été décoré de l’Ordre national du Canada, en décembre 2025, pour ses travaux scientifiques.

Mais ces deux distinctions, il les a reçues alors qu’il poursuivait sa carrière en Italie, après avoir quitté le Canada en congé sans solde à la suite d’un conflit avec l’INRS, où il a été directeur du Centre énergie, matériaux et télécommunications pendant plusieurs années.

Son litige contre l’institution québécoise s’étire depuis plus de cinq ans devant le Tribunal administratif du travail. M. Rosei accuse la direction de l’établissement de harcèlement psychologique à son égard, et dit avoir déposé un grief contestant sa fin d’emploi, décrétée par l’INRS trois ans après son départ en Italie.

« J’aurais de la difficulté à le démontrer, mais il se peut qu’au Québec, personne ne veuille de moi parce que j’ai poursuivi l’INRS. J’imagine que les autres universités ont dû entendre des échos de ma plainte », croit-il.

L’INRS, qui conteste les allégations de harcèlement psychologique formulées par M. Rosei, reconnaît qu’il est un « chercheur de qualité exceptionnelle et de calibre international », dont la compétence « n’a jamais été remise en question dans le cadre des litiges », indique la directrice des affaires juridiques de l’INRS, Maude Côté.

« De le voir quitter, évidemment, je ne pense pas que c’est ce qu’on souhaitait. »

Participation à un programme chinois controversé

Ses déboires à l’INRS ont commencé en octobre 2018, lorsqu’il a adressé des rapports d’insatisfaction à trois professeurs, leur reprochant de ne pas superviser suffisamment d’étudiants et de ne pas avoir assez de subventions de recherche, révèlent les documents de cour.

En réponse, l’un d’eux a déposé une « dénonciation d’irrégularité » contre M. Rosei, dans laquelle il lui reprochait de recevoir du financement de recherche de la Chine, par l’entremise d’un programme très controversé de recrutement du gouvernement chinois appelé 1000 Talents.

M. Rosei n’a jamais caché sa participation au programme 1000 Talents, qui a même été qualifiée de « distinction prestigieuse » dans des communiqués officiels de l’INRS en 2015 et en 2017.

Après enquête, l’INRS a rejeté cette dénonciation et blanchi M. Rosei de toute irrégularité financière, montre le dossier de cour.

Mais la prise de conscience des efforts colossaux de la Chine pour recruter des chercheurs occidentaux et détourner leurs découvertes à des fins militaires, fortement médiatisés aux États-Unis et au Canada quelques années plus tard, a provoqué un véritable branle-bas dans les milieux scientifiques.

Un « drapeau jaune », selon un ex-ambassadeur

En 2024, en réponse à ce qu’il estimait être une menace pour sa sécurité nationale, le Canada a adopté une liste noire des universités – la « Liste des organisations de recherche nommées » – qui contient 84 universités chinoises soupçonnées d’avoir des « liens directs ou indirects avec des organisations militaires, de défense nationale ou de sécurité d’État ».

Aujourd’hui, il est strictement interdit aux chercheurs qui obtiennent du financement fédéral d’être affiliés à une université qui figure sur cette liste.

En entrevue, M. Rosei assure n’avoir aucune affiliation avec ces établissements.

Une compilation de ses publications, que nous avons croisée avec la liste noire du gouvernement canadien, suggère toutefois qu’il a collaboré plusieurs fois depuis 2023 – à titre de coauteur – avec des chercheurs chinois qui, eux, ont des affiliations avec ces universités interdites.

Ces collaborations passées ne sont pas spécifiquement interdites par les règles fédérales, puisqu’elles ne « créent pas d’affiliation entre le chercheur et ces organisations », précise le Programme des chaires de recherche du Canada par courriel.

« C’est à tout le moins un drapeau jaune », prévient cependant l’ex-ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques.

« Du côté chinois, il n’y a aucun chercheur qui peut prétendre qu’il est indépendant de gouvernement chinois. La Chine a adopté une loi qui force toute compagnie, toute personne à collaborer avec les services de sécurité, mais aussi avec le gouvernement pour atteindre les objectifs de développement. Et il est clair que la Chine a des visées importantes dans le domaine des nanomatériaux, qui peuvent avoir des applications pour améliorer les systèmes de communication, notamment », souligne-t-il.

« Les Chinois sont très raffinés dans l’art de séduire des chercheurs étrangers. Ils les reçoivent dans des hôtels 5 étoiles, les traitent aux petits oignons en leur offrant des banquets somptueux. C’est ça, le programme 1000 Talents, et la Chine a eu beaucoup de succès pour recruter des chercheurs étrangers de grande qualité avec ce programme », ajoute l’ex-ambassadeur.

« Le fait d’avoir des collaborations en Chine, ça m’a beaucoup aidé à maintenir mon réseau et mon taux de publication à un bon niveau, affirme M. Rosei. Mais une fois que j’aurai les moyens d’une chaire de recherche, ce ne sera plus nécessaire. J’aurai d’autres priorités. »

« Et si un jour je dois laisser tomber, je laisserai tomber », promet-il.

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