En Russie, la crainte d’une nouvelle mobilisation militaire pousse les hommes à préparer leur départ

Alors qu’aucune nouvelle mobilisation n’a officiellement été annoncée par Moscou, les inquiétudes progressent parmi les Russes. Relokatz, un site d’aide à l’émigration lié à l’opposant en exil Maxime Katz, affirme recevoir désormais près de 120 demandes d'informations sur comment quitter le territoire par jour, contre 10 à 20 auparavant.
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Partir avant septembre ou octobre, par crainte de recevoir un ordre de mobilisation. Depuis plusieurs mois, ce motif revient de plus en plus souvent dans les messages adressés à Relokatz, une plateforme qui accompagne les Russes souhaitant s’installer à l’étranger.
Créé après la première vague d’émigration provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine et la mobilisation partielle de 2022, le site rassemble des informations pratiques sur les visas, les titres de séjour, la légalisation des documents ou encore le transport des animaux de compagnie. Il propose également des services payants d’accompagnement administratif.
Selon Alexandra Nazarova, rédactrice en chef de Relokatz, la fréquentation du site et le nombre de sollicitations ont commencé à augmenter depuis février. « Entre février et avril, le trafic sur le site et le nombre de requêtes adressées à notre bot IA ont triplé », explique-t-elle dans une interview accordée à RFI. La plateforme recevait auparavant entre 10 et 20 demandes par jour. Ce chiffre est passé à environ 70 en avril, puis a presque doublé au cours de l’été.
« Nous recevons désormais environ 120 demandes par jour », affirme Alexandra Nazarova. À la peur de la guerre s’ajoutent, selon elle, les restrictions croissantes imposées à l’intérieur du pays. « Avant, les gens écrivaient pour des raisons bien précises, parce qu’ils étaient réellement touchés de près. Aujourd’hui, c’est un sentiment plus généralisé : il est impossible de vivre en Russie, il faut partir. Et puis, bien sûr, il y a la peur de la mobilisation. »
Ses chiffres sont déclaratifs et ne permettent donc pas de mesurer l’ensemble des intentions de départ dans le pays. Mais la forte progression des demandes reçues témoigne d’une inquiétude croissante chez une partie de la population.
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Des recherches en hausse mais loin des niveaux de 2022
Les données de Google Trends constituent un autre indicateur, bien qu’indirect, de cette inquiétude. Plusieurs pics de recherches correspondant aux expressions « comment quitter la Russie » ont été enregistrés en mars et en juillet 2026.
Leur volume reste cependant nettement inférieur à celui observé en 2022. Le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine, puis l’annonce par Vladimir Poutine d’une mobilisation partielle en septembre de cette même année, avaient alors provoqué une vague de départs sans précédent.
Selon les différentes estimations recensées par le média Deutsche Welle, entre 500 000 et un million de personnes auraient quitté la Russie au cours de l’année 2022. Le service fédéral russe des statistiques, Rosstat, avance des chiffres plus conservateurs : sur l’ensemble de l’année 2022, l'agence en avait comptabilisé 668 000. Ces statistiques officielles doivent toutefois être interprétées avec prudence : tous les départs recensés ne correspondent pas nécessairement à une émigration définitive.
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Des hommes de moins de 35 ans qui veulent partir avant l'automne
Moscou n’a officiellement annoncé aucune nouvelle mobilisation militaire. Mais la perspective d’un nouvel appel après les élections législatives de septembre alimente les inquiétudes, notamment parmi les hommes en âge de combattre. « Les hommes écrivent plus souvent qu’ils doivent partir de toute urgence avant septembre ou octobre, pour éviter d’être mobilisés, si cela devait arriver », rapporte Alexandra Nazarova.
La plateforme reçoit également des messages d’adolescents de 17 ou 18 ans, qui approchent de l’âge du service militaire. Certains cherchent une université à l’étranger afin de poursuivre leurs études tout en évitant un éventuel ordre de mobilisation. Les demandes proviennent en grande majorité de personnes âgées de moins de 40 ans.
Les requêtes se répartissent à parts presque égales entre les hommes et les femmes, selon l'agence. Mais les femmes contactent souvent Relokatz au nom d’un proche : un fils, un mari, un compagnon ou un frère susceptible d’être appelé au front. « Elles nous disent : “Il vient de recevoir son avis de mobilisation ou risque d’en recevoir un. Que faire ? Où pouvons-nous partir avec lui ?” », raconte la rédactrice en chef.
Arménie, Géorgie et Serbie en tête
Les destinations les plus demandées ont peu changé depuis la première grande vague de départs de 2022. L’Arménie, la Géorgie et la Serbie restent privilégiées en raison de leurs conditions d’entrée et d’installation relativement accessibles.
L’Arménie peut notamment être rejointe avec un passeport intérieur russe, un avantage important pour ceux qui ne possèdent pas de passeport international. La Géorgie permet aux citoyens russes de séjourner pendant une longue période sans visa.
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La Serbie attire pour d’autres raisons : elle offre plusieurs voies d’accès à un titre de séjour, notamment par l’emploi, la création d’une entreprise, les études ou la scolarisation d’un enfant. La présence d’une importante communauté russophone facilite également l’arrivée des nouveaux venus.
La Turquie, très recherchée en 2022, a en revanche perdu de son attractivité en raison des difficultés croissantes pour obtenir ou renouveler certains titres de séjour. Une partie des candidats envisage désormais des destinations plus lointaines, notamment en Amérique latine, selon Alexandra Nazarova.
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