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Tuesday, October 20, 2026

Réévaluation obligatoire des pesticides | Un agronome atteint de Parkinson interpelle Ottawa

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Victime des pesticides, l’agronome et chercheur retraité Gérald Chouinard demande au gouvernement Carney de maintenir la réévaluation cyclique obligatoire des pesticides homologués. Il a pris la parole mardi à Ottawa, au sein d’une coalition formée de scientifiques, d’élus et d’organisations œuvrant à la défense de la santé et de l’environnement.

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« J’avais l’habitude de me présenter comme agronome et chercheur. Malheureusement, je ne suis plus ni agronome ni chercheur. Je suis passé dans le camp des victimes des pesticides il y a quelques années » a déclaré Gérald Chouinard, les mains tremblantes. Atteint de la maladie de Parkinson, il a été le premier travailleur indemnisé par la CNESST pour avoir développé cette maladie après une exposition aux pesticides dans le cadre de son emploi au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.

« Pendant 30 ans, j’ai œuvré à aider les producteurs à réduire leur utilisation de pesticides, a-t-il raconté. Mais par le même fait, j’ai été exposé à ces produits, peut-être une vingtaine de substances toxiques, sur une vingtaine ou une trentaine d’années. »

Impliqué au sein de Victimes des pesticides du Québec, il a lancé début septembre une pétition demandant au gouvernement de reculer sur les modifications à la Loi sur les produits antiparasitaires adoptées en juin dernier et de retirer celles prévues au projet de loi C-31 à l’étude devant le Comité permanent des finances.

Ce projet de loi omnibus, s’il est adopté, abolira la réévaluation obligatoire des pesticides homologués tous les 15 ans, par Santé Canada. En juin, avec C-30, le gouvernement s’est donné le pouvoir d’autoriser l’utilisation d’un pesticide interdit par décret, sur la base de la sécurité économique et alimentaire.

« J’ai reçu ça comme une trahison », a partagé M. Chouinard. « Étant donné mon histoire, c’est évident que je devais porter ce dossier-là », a-t-il dit, dans une entrevue accordée à La Presse la veille de son passage à Ottawa. Il y a deux ans, il a été forcé d’arrêter de travailler en raison de sa maladie. Les tremblements incontrôlés, les difficultés de concentration et la fatigue extrême étaient devenus incompatibles avec son travail.

PHOTO FOURNIE PAR GÉRALD CHOUINARD

Gérald Chouinard a consacré une grande partie de sa carrière à réduire l’usage des pesticides, notamment dans les vergers..

« D’importants reculs »

Cette réforme s’inscrit dans un contexte de réduction d’effectifs à Santé Canada. La direction de Santé Canada qui homologue les pesticides doit réduire ses effectifs de 31 %, soit environ 190 postes.

« Ces changements représentent les plus importants reculs dans l’encadrement des pesticides depuis l’adoption de la Loi sur les produits antiparasitaires en 2002 », a dénoncé le député du Bloc québécois, Maxime Blanchette-Joncas, qui parraine la pétition, signée par plus de 13 600 personnes. Le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert du Canada s’opposent aussi à cette réforme.

« Les liens déjà documentés entre l’industrie agrochimique et le gouvernement fédéral rappellent toute l’importance de garantir l’indépendance des décisions scientifiques », a ajouté M. Blanchette-Joncas.

Selon le registre des lobbyistes du Canada, CropLife, le lobby qui représente les compagnies de semences, de pesticides, d’engrais et de fertilisants, a rencontré des élus et des fonctionnaires du gouvernement fédéral à 16 reprises depuis janvier.

Santé Canada rappelle qu’un point de contrôle aux 15 ans demeure. Si des données probantes montrent que les risques pour la santé et l’environnement ont augmenté de façon importante, un processus de réévaluation sera enclenché.

« Ces changements contribueront à réduire les retards d’évaluation et à faire en sorte que les ressources réglementaires soient consacrées aux produits présentant les risques les plus élevés et aux nouvelles préoccupations, plutôt que de réévaluer automatiquement les produits simplement parce que 15 ans se sont écoulés, » a indiqué par courriel le porte-parole de la ministre de la Santé, Alexandre Bergeron.

Cette modernisation permettra de mettre en place « un système réglementaire plus réactif et fondé sur les données scientifiques », a-t-il ajouté.

Les membres de la coalition réunis à Ottawa mardi y voient plutôt un recul de la place accordée à la science. Ils déplorent que le projet de loi ne prévoie aucun critère de décision, aucun délai pour lancer la réévaluation jugée nécessaire et aucune consultation publique.

Heather Kharouba, professeure en biologie à l’Université d’Ottawa, a souligné qu’en l’absence de critères stricts, de nombreux composés potentiellement nocifs pourraient échapper à la vigilance de Santé Canada.

Pendant sa carrière, Gérald Chouinard dit avoir vu plusieurs pesticides interdits ou restreints d’usage à la suite du processus de réévaluation. Il cite l’exemple de la roténone, auquel il a été exposé dans le cadre de son travail. Plusieurs études ont démontré que l’utilisation de cet insecticide augmentait les risques de développer la maladie de Parkinson. Son utilisation dans un contexte agricole est interdite depuis 2012 au Canada.

Le directeur des politiques de l’Union nationale des fermiers, Phil Mount, a fait valoir que les garde-fous doivent être maintenus pour protéger les agriculteurs et pour faciliter l’accès au marché européen alors que la France bloque les denrées contenant des résidus de cinq substances interdites en Europe, dont quatre sont courantes au Canada.

Le projet de loi C-31 inquiète aussi les sénateurs. Dans un rapport publié le 9 octobre, le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se dit préoccupé notamment par l’absence de consultation publique et l’ambiguïté de certains concepts figurant dans le projet de loi.

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