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Monday, October 19, 2026

"Sans précédent" ou juste "très puissant" ? Les experts sont divisés sur El Niño

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L'épisode actuel du phénomène climatique El Niño est "sans précédent" pour l'agence météorologique britannique, "le plus puissant jamais observé" pour son homologue japonaise. Les prévisionnistes américains estiment, eux, qu’il n'a pas encore dépassé les épisodes les plus intenses du passé.

Ces conclusions ne se contredisent pas. Certaines regardent la température à la surface de l'eau, d’autres son écart avec "la normale", et cette "normale" elle-même peut être calculée de plusieurs façons.

"Dans tous les cas, nous sommes face à un El Niño très puissant", souligne auprès de l'AFP la climatologue Emily Becker, de l'Université de Miami. C'est seulement quand il sera terminé que les scientifiques pourront déterminer précisément "où il se situe dans les annales."

Anomalies

En temps normal, les vents soufflent d'est en ouest le long de l'équateur dans le Pacifique. Ils repoussent les eaux chaudes de l'Amérique du Sud vers l'Asie. Près des côtes américaines, des eaux plus froides remontent alors vers la surface pour les remplacer.

Mais tous les deux à sept ans, El Niño perturbe ce mécanisme.

Les vents faiblissent et davantage d’eau chaude reste ou revient vers le centre et l’est du Pacifique.

Ce changement a des répercussions sur les régimes de vents, de pression et de précipitations à l'échelle mondiale, avec des sécheresses, inondations et autres phénomènes extrêmes à des milliers de kilomètres.

En décrivant El Niño comme "sans précédent", l'agence météorologique britannique s'appuie sur la température de l'eau dans l'océan Pacifique.

"Nos observations confirment que les températures de surface de la mer dans le centre du Pacifique équatorial ont désormais dépassé les niveaux enregistrés lors des précédents épisodes El Niño", a indiqué l'organisme dans un message à l’AFP.

Mais il existe une autre manière de mesurer El Niño : regarder non pas uniquement la température de l’eau, mais son écart par rapport à une température considérée comme normale. C’est ce que les climatologues appellent une anomalie.

Même lorsqu’elles étudient les anomalies, les agences n'observent pas nécessairement la même partie du Pacifique.

La semaine dernière, l’Agence météorologique japonaise a ainsi déclaré qu’il s’agissait de l’El Niño le plus puissant jamais enregistré en se fondant sur l’écart entre les températures de surface de la mer et la normale dans la région Niño3, dans l’est du Pacifique.

Selon ses calculs, l’épisode dépasse celui de 1997 dans des observations remontant à 1949.

Les États-Unis surveillent une zone située un peu plus à l’ouest, appelée Niño3.4.

Les prévisionnistes américains déclarent un épisode El Niño lorsque les températures y dépassent la normale d’au moins 0,5°C et que l’atmosphère réagit, avec un affaiblissement des vents de surfaces et un déplacement vers l’est des pluies tropicales.

Lire aussiEl Niño : la menace d’un épisode extrême se renforce

Tenir compte du changement climatique

Mais il reste encore une difficulté : à quelle température faut-il comparer l’océan pour déterminer "la normale" ?

L'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) ou l’Organisation météorologique mondiale (OMM) des Nations unies, utilisaient depuis longtemps un indice comparant la température d'une zone du Pacifique à une moyenne calculée sur 30 ans et actualisée tous les 5 ans pour prendre en compte le changement climatique. Cet indicateur est appelé ONI (Oceanic Niño Index).

Mais, avec l’accélération du changement climatique et le réchauffement des océans à l’échelle mondiale, la NOAA utilise désormais l’indice RONI (Relative Oceanic Niño Index). L’OMM est en train d’opérer la transition.

Ce nouvel indice mesure à quel point le centre-est du Pacifique est plus chaud ou plus froid que le reste des tropiques.

Avec cette nouvelle méthode, le record n’est pas encore acquis.

Pour que cet El Niño dépasse tous les épisodes précédents dans les données américaines, qui remontent à 1950, son anomalie RONI devra atteindre au moins 2,5°C pendant trois mois. Ce qui le placerait au-dessus des épisodes de 1982-83 et 2015-16.

La NOAA juge cette possibilité "élevée", mais elle n’est pas encore certaine.

"Quelle que soit la place que nous lui attribuerons ou la manière dont nous mesurerons cet épisode, c’est une occasion exceptionnelle d’étudier et de comprendre ce phénomène très puissant dans le contexte d’un monde en réchauffement", conclut Emily Becker.

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