États-Unis : accusés d’avoir voté illégalement, des Canadiens risquent l’expulsion

Page Adamson, une Canadienne qui vit aux États-Unis depuis 14 ans, ne s'attendait pas à ce que la célébration de sa fête en Colombie-Britannique se termine par une menace d'expulsion, après un interrogatoire au poste-frontière américain de Point Roberts le 15 septembre dernier.
Nous avions passé un excellent souper. Nous sommes reparties, mon amie et moi. C’est elle qui conduisait. Il était environ 21 h 10 et nous rentrions à la maison. La première chose que l’agente frontalière nous a dite, c’est : ''Arrêtez-vous!''
, explique-t-elle.
Elle raconte que, dès le début, l'échange avec l'agente n'était pas cordial. La première question qu’elle m’a posée a été : ''Est-ce que vous avez voté aux élections fédérales aux États-Unis?'' J’ai répondu non. Elle a ensuite marmonné quelque chose, puis elle m’a dit que nous devions nous ranger sur le côté.
Habituée aux allers-retours entre les deux pays, c'est la première fois que cette question lui était posée au petit poste-frontière de l'État de Washington. Elle raconte qu'une fois la voiture stationnée, elle a été envoyée dans les bureaux du poste frontalier.

Page Adamson doit maintenant comparaître à une audience à Seattle concernant son statut d’immigration aux États-Unis.
Photo : Radio-Canada
La situation est devenue très étrange, puis de plus en plus tendue au fil des heures. J’ai essentiellement été traitée comme une criminelle
, se souvient-elle, ajoutant qu'elle n'a même pas été autorisée à sortir pour fumer une cigarette.
Mme Adamson dit qu'après plusieurs heures, elle a été conduite dans un bureau muni de caméras et a dû répondre à une liste de questions, puis signer des déclarations. J’ai dû signer un document attestant que je ne faisais partie d’aucun groupe terroriste.
D'après les documents obtenus par Radio-Canada, le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) l'accuse d'avoir faussement déclaré être citoyenne américaine afin de s'inscrire sur les listes électorales du comté de Whatcom, dans l'État de Washington. Le DHS affirme également qu'elle aurait voté aux élections générales de 2018 dans cet État.
L'expulsion menace d'autres Canadiens
Len Saunders, un avocat spécialisé en immigration à Blaine, dans l'État de Washington, affirme qu'en plus de Page Adamson, deux autres Canadiens qui sont dans la même situation l'ont contacté en l'espace d'une semaine et demie.
C’est presque comme s’ils avaient lancé une vaste opération pour attraper des Canadiens qui, pour la plupart, d’après ce qu’ils m’ont raconté, se sont inscrits pour voter sans le savoir lorsqu’ils ont obtenu leur permis de conduire
, dit-il, expliquant que certains d'entre eux pensaient avoir le droit de voter sans problème
.
Chris Anders, un avocat en immigration en Colombie-Britannique, explique que des détenteurs de carte verte peuvent parfois se retrouver sur les listes électorales de certains États après avoir demandé un permis de conduire, puisque l'inscription électorale peut être liée à ce processus.
Or, pour s’inscrire sur les listes électorales, il faut signer une déclaration indiquant qu’on est citoyen américain. [Cela] peut être considéré comme une fausse déclaration de citoyenneté américaine, ce que les lois sur l’immigration sanctionnent très sévèrement
, souligne-t-il.

Le président Donald Trump a signé deux décrets, à un peu plus d’un an d’intervalle, visant notamment le vote illégal des non-citoyens.
Photo : ap photo/jacquelyn martin / Jacquelyn Martin
Depuis mars 2025, l'administration américaine a mis en place des mesures visant à renforcer les contrôles sur le vote des non-citoyens. Le décret signé par Donald Trump le 25 mars 2025 ordonne au DHS de comparer les listes électorales publiques des États avec les bases de données fédérales sur l'immigration pour repérer les non-citoyens inscrits sur ces listes.
Le DHS en coordination avec l’administrateur du DOGE, devra examiner les listes électorales accessibles au public de chaque État ainsi que les dossiers disponibles concernant les activités de mise à jour des listes électorales exigées par l’article 52 U.S.C. 20507, et les comparer aux bases de données fédérales sur l’immigration et aux dossiers des États demandés.
Cette approche a été renforcée un an plus tard par un autre décret présidentiel demandant la mise en place d'une infrastructure visant à vérifier la citoyenneté des électeurs.

Me Len Saunders conseille aux détenteurs canadiens d’une carte verte qui souhaitent rendre visite à leur famille au Canada, notamment à l’Action de grâce ou à Noël, de rester aux États-Unis.
Photo : Radio-Canada / Martin Diotte
Le gouvernement fédéral a pu obtenir ces renseignements et les comparer avec ses propres données afin de déterminer qui est citoyen américain et qui ne l’est pas. Il a ensuite placé ce qu’on appelle des alertes sur certaines personnes lorsqu’elles reviennent aux États-Unis. C’est ce qui semble s’être produit dans le cas de ces trois personnes
, croit Me Len Saunders.
Une application stricte des règles
En juin 2026, le DHS a annoncé avoir demandé à l'ICE d'appliquer plus strictement les dispositions visant les non-citoyens ayant voté illégalement, notamment par des procédures d'expulsion. Le communiqué précise que cette directive s'inscrit dans une politique fédérale plus large qui prévoit aussi des poursuites criminelles.
Le vote illégal d’étrangers dilue les votes des citoyens américains et mine notre démocratie. Il doit y avoir des conséquences
, avait alors déclaré James Percival, conseiller juridique du DHS.

Les mesures ont été renforcées pour que les agents de l'ICE identifient et arrêtent les détenteurs de carte verte qui votent illégalement aux élections fédérales.
Photo : Getty Images / BLAKE FAGAN / AFP
Depuis janvier 2026, au moins trois autres Canadiens ont été accusés par les autorités fédérales d'avoir voté illégalement alors qu'ils n'avaient pas la citoyenneté américaine. Franc Neil Maloney, en Alabama, a été inculpé en janvier, tandis que Sunny Manhertz, au Massachusetts, a été accusé en mai.
Je ne pense pas que la plupart des Canadiens, ou des ressortissants d’autres pays détenteurs d’une carte verte qui ont voté soient conscients des conséquences possibles
, estime Me Saunders.
Christiane Vinette Young, 75 ans, est l'une des plus récentes ressortissantes canadiennes à être accusée d'avoir voté alors qu’elle savait qu’elle n’était pas citoyenne américaine. Selon le procureur fédéral Gregory W. Kehoe, elle fait face à trois chefs d'accusation.
Si elle est reconnue coupable de tous les chefs, elle risque une peine maximale de trois ans dans une prison fédérale
, précise le communiqué de presse du 23 septembre.
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