La France entre spectacle de désolation et critiques du maintien de l’ordre

Le jour s'est levé dimanche sur un spectacle de désolation dans les rues des principales villes de France, au lendemain de violences et pillages en marge d'une mobilisation nationale contre « a vie chère », qui suscitent des critiques croissantes sur la gestion des forces de l'ordre.
Vélos en libre-service calcinés dans un amas de métal tordu, voitures brûlées, vitrines brisées, boutiques de produits de luxe ou de téléphonie mobile dévalisées...
C'est lamentable, effarant, des meutes de jeunes qu'on a vues hier ici, qui pillent, qui cassent en toute impunité
, déplore à Paris Cécile Rogue, 57 ans, médusée.
C'était la guerre
, raconte Jean-Christian, un commerçant de Lyon (centre est), qui s'est réfugié au fond de sa boutique lors du passage des casseurs. C'était vraiment des animaux. On les a vus qui cassaient, des hommes remplis d'adrénaline
.
Au total, 1500 commerçants touchés dans le pays, des centaines de millions d'euros de dégâts, a évalué la Fédération du commerce et de la distribution.
Plus de 1800 interpellations ont eu lieu, a annoncé sur X le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, précisant que plus de 500 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont été blessés
.
À Saint-Étienne (centre est), un manifestant a eu la main arrachée par une grenade policière, selon une source proche du dossier.
À Paris, 855 personnes ont été interpellées samedi, un chiffre record
, a annoncé dimanche la préfecture de police (PP). Plus de 500 personnes sont en garde à vue, dont 171 mineurs, selon le parquet de Paris.
Une personne, qui manifestait dans la capitale, est décédée à la suite d'un malaise, sans lien avec les violences ou une quelconque action des forces de l'ordre, selon les autorités.

Un homme passe devant un magasin à marseille, au lendemain des affrontements lors d'une journée nationale de manifestations contre le coût de la vie et la hausse des prix des carburants.
Photo : Reuters / Manon Cruz
Des symboles de la République ont été attaqués : à Marseille (sud), Lille (nord), Angers (ouest) et Bordeaux (sud-ouest), des manifestants ont fait irruption dans des mairies ou des préfectures pour les vandaliser. À Lyon, une antenne de l'office de tourisme a été incendiée.
À Limoges (centre ouest), c'est l'Hôtel de Ville, datant du XIXe siècle, qui a été en grande partie perdu
dans les flammes.
Manque de moyens policiers
Dans la capitale, des rues entières ont été méthodiquement ravagées
, selon le maire socialiste Emmanuel Grégoire. Sa première adjointe, Lamia El Aaraje a déploré un manque de moyens
policiers pour mettre un terme aux pillages.
Critique proche à Limoges, où le maire Guillaume Guérin (droite) a déploré que la police nationale ait manqué de moyens
et reculé
face aux casseurs.

Vitrines brisées d'une sur les Champs-Élysées, au lendemain des affrontements entre certains manifestants et des policiers.
Photo : Reuters / Stephanie Lecocq
Dès samedi, le maire de Marseille (sud) Benoît Payan (gauche) avait demandé des comptes
au gouvernement. Je veux savoir ce qui s'est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser
, avait-il lancé.
Du parti d'extrême droite Rassemblement national (RN) samedi aux écologistes dimanche, des partis ont appelé à la démission
du ministre de l'Intérieur face à un dispositif de maintien de l'ordre jugé dépassé.
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (macroniste), a annoncé qu'elle allait proposer une commission d'enquête parlementaire sur les violences et la stratégie de maintien de l'ordre.
Après plusieurs semaines de mobilisation lycéenne, les organisateurs de la journée de samedi ambitionnaient de cimenter une convergence des luttes
avec les anciens gilets jaunes, sur fond de flambée du prix des carburants.
Les manifestations ont rassemblé 550 000 personnes selon M. Nuñez, 800 000 selon les organisateurs. À Paris, le cortège principal de 110 000 personnes a défilé sans incident majeur
, selon la préfecture de police.
Je suis venue pour protester contre la vie chère, pour dire qu'on en a assez de trimer pour des salaires de misère et voir nos loyers augmenter tout le temps
, a expliqué à l'AFP Régine Monfroid, une éducatrice croisée à Strasbourg.
Samedi soir, le syndicat CGT a appelé à poursuivre la mobilisation pacifique avec les jeunes
et à préparer les prochaines étapes
dont la grande journée intersyndicale de grève et de manifestation interprofessionnelle du 5 novembre
.
Macron s'adressera aux Français en soirée
Face aux violences et à une certaine impuissance faute de majorité parlementaire, le gouvernement a affiché sa fermeté.
Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu'à nos mairies, seront poursuivis et punis
, a assuré le président Emmanuel Macron sur X. Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu'à abattre nos institutions
.
M. Macron s'adressera aux Français à 20 h.
C'est un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd
, a estimé le premier ministre Sébastien Lecornu. Il a appelé le chef de file de La France insoumise (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, à choisir son camp
entre celui de la République et donc des forces de l'ordre
, et celui des casseurs
.
Les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon, en légitimant la violence, en considérant l'ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos
, a attaqué de son côté la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen.
M. Mélenchon, qui a défilé dans les rues de Paris, a assuré que ceux qui partagent
son combat n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage
.
Selon plusieurs sondages récents, Mme Le Pen et M. Mélenchon pourraient s'affronter au second tour de la présidentielle, dans six mois.
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