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Monday, October 5, 2026

Populisme au Brésil

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Le Brésil cède à son tour à la vague de droite populiste qui, depuis quelques années, et dans une sorte d’écho décalé des États-Unis, emporte un pays d’Amérique latine après l’autre.

Le premier tour de l’élection présidentielle plus le renouvellement du Parlement fédéral et une série de scrutins régionaux ont eu lieu hier. Un constat s’impose : l’attrait de la droite dure et de la « marque » Bolsonaro reste aujourd’hui très vif, dominant même, au Brésil avec le fils d’une caste qui se voit déjà dynastie. Flávio presidente !

Son père, Jair, condamné le 11 septembre 2025 à une lourde peine de 27 ans, est en résidence surveillée pour tentative de coup d’État. À l’image d’un Trump absous par sa réélection, l’élection du fils est aujourd’hui la vengeance du père.

Malgré un rapport ambigu à la démocratie, malgré des enquêtes de justice contre lui pour financement illégal (le méga-scandale de Banco Master), malgré le bilan désastreux de son père (pandémie, Amazonie, tentative de putsch, isolement diplomatique), une majorité démocratique dit aujourd’hui : oui, on veut Bolsonaro. Et à Lula : dehors !

Lula : héros fatigué et ancien à 80 ans, dont 46 en politique (où est donc la relève ?). Mais héros tout de même, qui concourait hier à sa septième — et dernière — élection présidentielle.

Le 30 octobre 2022, il avait opéré un retour extraordinaire, battant (de justesse) le sortant Jair Bolsonaro, par 51-49.

Après sa défaite, Jair Bolsonaro avait littéralement joué la « carte Trump », tentant de refaire, deux ans plus tard, à la brésilienne, le « saccage du Capitole » de janvier 2021 à Washington.

Mais le saccage de Brasília (8 janvier 2023) avait été précédé, lui, d’un véritable complot avec une fraction de l’armée, heureusement minoritaire, qui aurait eu pour objectif d’assassiner l’adversaire vainqueur, devenu ennemi à abattre.

Le trumpisme « original », aux États-Unis, semble aujourd’hui avoir atteint son pic et entamé un déclin. Avec une élection-sanction, le 3 novembre, que Trump ne semble plus pouvoir empêcher. Avec un chef diminué, de plus en plus incohérent et naviguant à vue, même s’il garde ses réflexes et son style fascisants.

Mais la tendance similaire, celles des cousins de Trump en Amérique latine, semble, elle, toujours en ascension. Le retour de la dynastie Bolsonaro en est le couronnement.

Depuis deux ou trois ans, la gauche a essuyé une série de défaites, le sous-continent basculant à droite, sous l’impulsion de préoccupations économiques et sécuritaires exploitées efficacement par des politiciens qui se réclament explicitement de Trump.

Depuis son retour au pouvoir, dans d’inconcevables ingérences diplomatiques, Trump a directement appelé à l’élection des politiciens les plus à droite : il a soutenu avec succès Antonio Kast au Chili, Keiko Fujimori au Pérou et Abelardo de la Espriella en Colombie.

Après le Salvador, le Chili, la Colombie et le Pérou, le Brésil succombe donc aux sirènes des solutions faciles, où la méthode forte sécuritaire, les entorses à la démocratie, le culte de la personnalité, la politique réduite au people et la haine de l’adversaire devenu ennemi sont désormais la règle.

Lula, lui-même objet d’un culte parmi les classes populaires du Nordeste, se présentait comme le dernier pilier de la gauche latino-américaine pouvant freiner ou inverser cette ascension.

Il continuait de défendre le rôle central de l’État dans la réduction des inégalités et le développement économique, voulait rehausser le salaire minimum, investir dans les infrastructures, interdire la semaine de six jours (encore largement pratiquée, au Brésil, dans les mines et l’industrie).

Ce gouvernant parlait encore d’écologie : Brasília, depuis trois ans, a stoppé et même inversé la déforestation de la forêt amazonienne… au grand dam de certains entrepreneurs.

Son bilan économique n’est pas mauvais. Le chômage reste bas à 5 %, l’inflation à 4 %. La dette publique est dans les 80 %, plus proche de celle de l’Allemagne que de celles de l’Italie ou de la France. Mais les inégalités restent criantes au Brésil. Le taux de base des banques est à… 14 % ! Et la politisation de la justice, un problème réel.

Il y a le phénomène Lula ; il y a aussi le phénomène Bolsonaro, qui va au-delà du seul Flávio, 45 ans, fils aîné et presque sosie de son père. Politicien professionnel, sénateur fédéral, il a présenté un programme résolument néolibéral en économie, pro-trumpien en diplomatie. Ultrasécuritaire, il propose une politique d’incarcération de masse inspirée directement de ce qu’a fait Nayib Bukele au Salvador. Il s’est montré sceptique face à la science et méfiant face au système électoral (air connu).

Son frère Carlos est conseiller municipal à Rio de Janeiro, comme son frère cadet dans une autre ville. La femme de Jair Bolsonaro, Michelle, sa troisième épouse, est présidente du (mal nommé) Parti libéral.

Dans la famille, il y a aussi Eduardo Bolsonaro, qui vit aux États-Unis. Condamné au Brésil pour avoir fait du lobby auprès des cercles trumpiens, il avait demandé à la Maison-Blanche… de punir son propre pays, notamment par des tarifs, aux seules fins de faire libérer papa emprisonné : oui, il a fait ça ! Eduardo est un proche des cercles du pouvoir à Washington, où il a fréquenté des gens comme Steve Bannon et Marco Rubio.

C’est cette engeance qui (re) prend aujourd’hui le pouvoir à Brasília.

Lula a fait campagne en parlant carrément de danger pour la démocratie et pour la souveraineté face aux « intérêts impérialistes ». Un de ses slogans était : A democracia ou o negacionismo. Il ciblait la désinformation, le rejet de la science, les contestations du système électoral.

Nous y sommes. Sauf que Bolsonaro n’aura pas besoin de contester l’impeccable mécanique électorale brésilienne, qui vient de rendre un verdict clair.

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