La fiction d’ici hantée par ses fantômes
Après avoir conquis l’Hexagone avec ses recueils de poésie, Hélène Dorion, première autrice vivante au programme du baccalauréat de français, couronnée en 2024 du Grand Prix de poésie de l’Académie française, fait un retour remarqué au roman avec le soutien des éditions Philippe Rey. Dans Les enlacées, l’écrivaine aborde les méandres de nos mémoires à travers deux sœurs au lien abîmé par les rivalités et les deuils du passé. À Cassis, face à la Méditerranée, Charlotte et Anne soupèsent leurs souvenirs en même temps qu’elles suivent la trace d’un tableau légué par leur mère, qui porte l’histoire d’une autre sororité, celle qui unit Virginia Woolf et Vanessa Bell, et d’un bouleversant secret.
Philippe Rey, 8 octobre
Dire que le second roman de Stéphane Larue est attendu relève de l’euphémisme. Après l’immense succès du roman Le plongeur (Le Quartanier, 2016), paru il y a tout juste dix ans, l’écrivain surgit là où l’on ne l’attend pas avec un récit d’apprentissage chevauchant l’horreur paranormale. C’est qu’une présence inexplicable s’immisce dans la vie de Luca et de sa famille, eux qui passent l’été 1998, le dernier avant l’entrée au secondaire, au chalet des grands-parents, sur les berges du lac Doncaster, dans les Laurentides. Au menu : sectes, ufologie et cauchemars viscéraux. Intrigant au possible.
Le Quartanier, 10 novembre
On retrouvera avec bonheur la plume tendre, caustique et lumineuse de Jean-Christophe Réhel dans un troisième roman qui s’offre comme un baume sur une plaie qu’il célèbre sans en taire la souffrance. Il y raconte le parcours de Clémence, une jeune femme qu’un drame survenu durant son enfance place sur la route de l’art et de la sculpture, comme relais d’une voix dont l’oralité ne trouve pas toujours son chemin. Une célébration de gestes dont l’application méthodique relève de l’intuition et s’érige en véritable refuge.
Boréal, 16 novembre
Évincée de son appartement avec son conjoint et son nouveau-né, Elena Fores est contrainte de s’installer dans la sinistre et vieille demeure appartenant à la famille de son père depuis des décennies. Dès les premiers jours, des événements inexplicables viennent troubler la quiétude de la petite famille. Outrepassant les frontières du réalisme magique souvent associé à la littérature latino-américaine, Mélina Cornejo se penche dans ce premier roman sur l’histoire et les structures de pouvoir à travers le monstrueux et l’insolite dans une écriture « chirurgicale », « aussi inquiétante que puissante ».
Alto, 29 septembre
Avec plus de 300 000 exemplaires vendus, Kukum (Libre expression, 2019), de Michel Jean, est l’un des plus grands succès littéraires de l’histoire récente du Québec. Rien d’étonnant donc, à ce que l’auteur renoue avec sa mythologie familiale. Il donne cette fois la parole aux deux petites-filles de sa grand-mère Almanda, Claude et Jeannette. Alors que l’une sautera à pieds joints dans la modernité et la Révolution tranquille, la seconde vivra malgré elle l’expérience des pensionnats, et les conséquences qui en découleront. Dans Nishim, Michel Jean ouvre de nouveau la porte sur différents visages de la réalité autochtone au Québec et tend la main, avec sa plume accessible, à ceux qui veulent bien changer leur regard.
Seuil, 2 octobre
La magnifique collection III de Québec Amérique — qui invite des écrivains et écrivaines à livrer un récit sous la forme de trois souvenirs — réserve toujours de belles surprises. Ce sera assurément le cas cet automne : Sonia Sarfati revient sur trois départs marquants, trois absences qui l’ont fortement ébranlée. De son parachutage des Pyrénées à Montréal au décès de sa mère, en passant par l’envol d’un enfant vers sa véritable identité, l’écrivaine se livre avec une vulnérabilité empreinte d’une force bouleversante.
Québec Amérique, 29 septembre
Pour célébrer leur vingtième anniversaire, les éditions de Ta Mère misent sur un seul roman, Chevrotine, qui constitue également le centième livre de leur collection. Après Petite laine (Ta Mère, 2017), Amélie Panneton offre un nouveau roman tendre, sinueux et décalé, tissé de souvenirs et de mensonges. Geneviève, 27 ans, revient dans son Acadie natale et emménage dans la maison mobile de sa grand-mère décédée, colonisée par une famille de mulots. Alors que son grand-oncle souhaite reprendre la propriété, la jeune femme entreprend de la vider de ses fantômes, laissant les tensions et les fils de ses histoires s’entremêler à ceux des autres membres de sa famille pour laisser émerger un tronc commun fait d’ours et de feux, de deuils et de colère ravalée.
Ta Mère, 22 septembre
Dans ces nouvelles aventures, Charles Sagale poursuit son projet d’installer des petites bibliothèques buissonnières à travers le monde, faisant siens les paysages d’îles contrastées tant par leur climat que par leurs mythologies, du fleuve Saint-Laurent à la Seine, en passant par la Guadeloupe et la Méditerranée. « Le bibliothécaire voyageur tend une main amicale par-delà les âges » pour constituer un archipel, une « géographie personnelle qui se peuple de rencontres et de confluences littéraires ». Une expérience de lecture joyeuse et bigarrée.
La Peuplade, 30 septembre
Après l’irrévérencieux L’évasion d’Arthur ou la commune d’Hochelaga (Le Quartanier, 2019), Simon Leduc fait le saut chez Boréal avec un nouveau chant de révolte qui explore « le pouvoir libérateur de la musique et le choc des valeurs de la Révolution tranquille ». Luu, journaliste, découvre par hasard que son mari a fait partie d’un quintette rock ayant causé bien des remous dans son village natal de Courtois. La rencontre explosive et créative de cinq adolescents sert ici de prétexte à honorer les failles, les contradictions, mais aussi le grand pouvoir révolutionnaire d’une jeunesse bien ancrée dans la marginalité.
Boréal, 27 octobre
Ching Selao va à rebours des récits d’intégration à succès et du discours entourant l’« immigrant parfait » dans ce roman rendant hommage au courage et à l’irrévérence de Linda Lê, écrivaine française d’origine vietnamienne. Au parcours de cette dernière, l’autrice entremêle celui d’une femme arrivée au Québec durant la petite enfance après un séjour dans un camp de réfugiés. Avec sa plume lucide et érudite, Ching Selao dégage les enjeux systémiques et coloniaux entourant l’exil, et les émotions et pertes qui en surgissent.
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