Environnement | Le Canada toujours un chef de file à l’étranger, selon la ministre Julie Dabrusin

(Ottawa) Malgré ses reculs en environnement, le Canada est toujours perçu comme un chef de file en la matière à l’étranger, soutient la ministre Julie Dabrusin en entrevue. Elle compte participer à la COP31, qui aura lieu du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie, au moment où le Canada peine à respecter ses engagements en vertu de l’Accord de Paris sur le climat.
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« Chaque fois que je vais du côté international, les gens, vraiment, me disent combien ils trouvent que notre travail est important pour amener les pays ensemble et aussi notre travail du côté du méthane, affirme-t-elle. Ils en parlent avec une grande fierté. »
La ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature avait présenté deux nouveaux règlements sur le méthane en décembre : l’un pour réduire les émissions du secteur pétrolier et gazier, l’autre pour réduire celles des sites d’enfouissement. Ce gaz est l’un des grands responsables des changements climatiques.
PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE
Julie Dabrusin, ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature
On a renforcé nos règlements sur le méthane. Ça, c’est à peu près 400 mégatonnes de réduction.
Six mois plus tard, le gouvernement fédéral a suspendu l’application de ces nouvelles règles en Alberta et a autorisé la province à appliquer son propre règlement tout en lui accordant cinq ans de plus pour réduire ses émissions de méthane. Ce gaz constitue près du quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’industrie pétrolière et gazière, la plus polluante au pays.
L’Alberta s’est engagée à réduire ses émissions de 75 % par rapport aux niveaux de 2014 d’ici 2035. L’objectif initial fixé sous le gouvernement de Justin Trudeau par l’ex-ministre de l’Environnement Steven Guilbeault était de les réduire d’au moins 75 % par rapport aux niveaux de 2012 d’ici 2030. Les émissions de GES étaient plus élevées en 2014 qu’en 2012. En fait, les émissions du secteur pétrolier et gazier avaient atteint un sommet en 2014.
Reste que « le Canada est vu vraiment comme un chef de file pour le méthane », plaide la ministre Julie Dabrusin.
Financement international
Elle mentionne aussi le renouvellement du financement international du Canada pour la lutte contre les changements climatiques à un moment où d’autres pays se désengagent. La dernière mise à jour économique prévoit en tout 5,9 milliards pour aider les pays les plus vulnérables.
De plus, elle estime que le Canada est en phase avec l’objectif de la COP31 sur le climat d’augmenter la part de l’électricité comme source d’énergie de 20 % à 35 % d’ici 2035. L’annonce du premier ministre Mark Carney d’un programme de 2 milliards pour l’achat de nouvelles thermopompes, à laquelle elle a participé jeudi à Sherbrooke, en est un bon exemple, selon elle.
« On le fait d’une manière assez systémique […] et ce sont des changements qui sont permanents, fait-elle valoir. Une fois que quelqu’un a une thermopompe, il garde la thermopompe. Il ne va pas changer et aller de nouveau vers le mazout parce que c’est une question d’abordabilité. »
« Ça fait partie de quelque chose de plus grand », ajoute-t-elle. Le gouvernement s’est donné pour objectif de doubler la capacité du réseau du Canada d’ici 2050 pour fournir de l’électricité propre et avoir une économie faible en carbone. Sa participation à l’agrandissement de la centrale hydroélectrique de Churchill Falls à Terre-Neuve-et-Labrador en fait partie.
Des émissions de GES en hausse
Le Canada tente de réduire ses émissions de GES notamment avec ses règlements sur le méthane, des investissements pour produire de l’électricité propre et son programme pour l’achat de thermopompes, mais il investit aussi dans de grands projets d’intérêt national qui les feront augmenter comme l’oléoduc Pacific Link.
Une étude publiée jeudi par l’Institut climatique du Canada note que les émissions de GES ont déjà augmenté de 0,9 % en 2025 avant même que l’on ressente les effets des reculs du gouvernement.
Le premier ministre Mark Carney avait déjà signalé en juin que le Canada n’atteindrait pas sa cible de réduction fixée par le gouvernement de Justin Trudeau dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels.
« Je ne crois pas que ce plan était viable à long terme », avait-il dit dans une vidéo sur l’avenir énergétique du Canada.
Le projet de loi C-39 visant à accélérer les projets de développement est vertement critiqué par le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique. Il a franchi une nouvelle étape jeudi avec son adoption en deuxième lecture à la Chambre des communes et tout indique que l’étude en comité sera courte même s’il compte plus de 240 pages.
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Patrick Bonin, ici en 2022, alors qu’il était responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada
« L’alliance des libéraux et des conservateurs en faveur du projet de loi C‑39 est une voie rapide pour le pétrole sale », leur a reproché le porte-parole du Bloc québécois en matière d’environnement, Patrick Bonin, lors de la période des questions vendredi.
« C’est une tentative manifeste d’imposer cette loi de force au Parlement avec des consultations de façade », a dénoncé à son tour le leader parlementaire néo-démocrate, Don Davies, en point de presse.
Mme Dabrusin défend l’approche du gouvernement. « On ne change pas les standards environnementaux », répète la ministre. L’objectif est d’avoir un système où tous les permis nécessaires à un projet sont étudiés en même temps par les ministères et les agences concernés au lieu de l’un à la suite de l’autre. « Ça, c’est quelque chose qui est plus efficace, mais ça ne change pas le travail qui doit être fait du côté de l’environnement », ajoute-t-elle.
Le gouvernement pourrait tout de même contourner des lois et des règlements environnementaux s’il le juge nécessaire avec la création de « régions d’intérêt national » où des projets de développement pourraient « être considérés comme préapprouvés ».
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