L'Union européenne veut renforcer sa riposte face aux attaques hybrides russes avec un protocole d'urgence

Les 27 ministres de la Défense de l’Union européenne se sont penchés ce lundi sur les travaux en vue d’un protocole d’urgence pour faire face aux menaces hybrides. C’est un premier pas vers un rôle militaire accru qui donnerait à l’Union européenne des compétences qui ressemblent en partie à celles de l’Otan.
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Pour faire face aux menaces hybrides, une approche conjointe de l'Otan et de l'Union européenne est nécessaire, martèle l'Allemand Sebastian Hartmann, secrétaire d'État à la défense. Son pays est encensé par plusieurs autres pays de l'Union pour avoir pointé du doigt la responsabilité de la Russie pour la tentative d'attaque à l'aéroport de Leipzig en août.
La multiplication des attaques hybrides, qu'elles soient physiques ou électroniques, pousse les Européens à envisager ce protocole d'urgence commun pour y faire face, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet. Et même les pays neutres comme l'Irlande, qui n'est pas dans l'OTAN, y sont favorables. « Il est important que toute mesure respecte la constitution de chaque État membre et, en même temps, elle doit tenir compte de la multiplication des attaques hybrides, pointe Helen McEntee, ministre irlandaise des Affaires étrangères et de la Défense. Nous commençons à en constater les effets sur le sol européen, qu'il s'agisse de l'aéroport de Leipzig ou des violations répétées de l'espace aérien européen. Nous devons nous y préparer. Nous devons être en mesure non seulement de réagir lorsque des incidents se produisent, mais aussi de prévenir toute escalade potentielle. »
Ce protocole face aux menaces hybrides reste à élaborer, mais il rapproche l'Union européenne d'une alliance défensive qui pourrait empiéter sur l'Otan. « Nous ne créons rien de supplémentaire, mais cela doit fonctionner main dans la main », a toutefois assuré Kaja Kallas.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment proposé que l'Union adopte un mécanisme d'urgence, inspiré de l'article 4 du traité de l'Otan, permettant une coordination et une réponse rapides des pays de l'UE. L'article 4 du traité de l'Atlantique nord permet à tout pays membre de demander des consultations urgentes avec ses alliés dès qu'il estime que son intégrité territoriale, son indépendance politique ou sa sécurité sont menacées, sans déclencher immédiatement une réponse militaire.
Pression accentuée de Moscou
Le renseignement militaire danois a averti jeudi que la Russie mènerait probablement davantage d'attaques hybrides contre des cibles occidentales, soulignant également qu'une invasion d'un pays de l'Otan était « improbable », mais toujours possible. La semaine dernière, le Premier ministre polonais Donald Tusk avait lui aussi mis en garde contre des menaces « hybrides » russes, notamment des attaques de drones et de missiles, visant les alliés de l'Ukraine.
La Russie a accentué sa pression, particulièrement sur les pays soutenant l'Ukraine, « et nous devons aborder ce problème avec calme mais de manière résolue », a déclaré de son côté le ministre finlandais de la Défense, Antti Hakkanen. La Russie recherche avant tout « l'impact psychologique » dans ses attaques hybrides, afin de déstabiliser les pays européens, particulièrement ceux qui soutiennent Kiev, a expliqué un responsable de l'UE sous couvert d'anonymat.
Continuer à soutenir l'Ukraine
Kaja Kallas et plusieurs pays de l'UE jugent dans ce contexte que la meilleure réponse est au contraire de renforcer le soutien européen à l'effort de guerre ukrainien contre la Russie. Le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte a lui aussi appelé jeudi les pays européens à apporter « davantage de soutien à l'Ukraine » s'ils « veulent vraiment envoyer un signal aux Russes à chaque incident ou attaque hybride ».
Devant les eurodéputés, le commandant suprême des forces de l'Otan en Europe, le général américain Alexus Grynkewich affirmé ce lundi que les attaques « hybrides » attribuées à la Russie « ne parviennent pas à briser l'unité occidentale sur l'Ukraine. L'activité de la Russie en ce moment vise principalement à briser notre volonté de continuer à soutenir l'Ukraine [...]. Et vous savez que la logique derrière cela, c'est que si l'on parvient à rendre la situation sécuritaire suffisamment alarmante, les populations voudront que leurs pays se détournent de l'Ukraine pour assurer leur propre protection ».
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