Sahara occidental: Washington veut réformer la Minurso, le Front Polisario menace de quitter les discussions

La tension monte encore d'un cran à moins de dix jours du vote au siège de l'ONU de la prolongation ou non du mandat de la Minurso, la mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental. Un avant-projet présenté ce jeudi 22 octobre 2026 par les États-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU redéfinit les contours de la mission onusienne. Washington préconise la prolongation du mandat de la Minurso, mais son rôle serait profondément modifié, ce qui a fait réagir très vite le Front Polisario, le groupe indépendantiste sahraoui, qui s’est senti visé.
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Dans un document de trois pages consulté par RFI, les États-Unis, en tant que « porte-plume » (pays chargé de rédiger le premier projet de résolution, NDLR), présentent dans leur première version de projet de résolution 14 mesures pour réformer la Minurso. Son nom d'abord : la Minurso deviendrait la Minuso, sans le « R », donc, de « référendum ». Washington appelle d'ailleurs dans son texte, au paragraphe 9, « que le plan d'autonomie marocain soit la seule et unique solution viable pour résoudre la question du Sahara occidental ».
La Minuso verrait, selon les États-Unis, son mandat être allongé jusqu'au 30 avril 2027, avant de changer de forme et de fonction, pour devenir une mission strictement politique jusqu'au 31 octobre 2027. Washington appelle Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, à faire « des propositions détaillées sur la structure et les ressources pour mission politique » avant le 15 décembre 2026.
« Appuyer le travail de médiation de l'ONU sur la base du plan d'autonomie marocain »
« C'est une résolution très agressive dans son soutien au Maroc et dans son rejet de la position du Front Polisario », explique Riccardo Fabiani, chercheur à l'International Crisis Group. Selon lui, « la Minuso ne serait plus une mission de maintien de la paix pour organiser un référendum, elle appuierait le travail de médiation de l'ONU sur la base du plan d'autonomie marocain ».
Autres modifications voulues par Washington : la réduction par deux du contingent sur place avant le 31 janvier prochain, la possibilité pour l'envoyé personnel de l'ONU de consulter d'autres interlocuteurs sahraouis, sans être impliqués dans les négociations.
Washington se félicite dans son avant-projet de réforme de la Minurso que de nouveaux pays membres de l’ONU ont reconnu le plan d’autonomie marocain comme base des discussions, du rôle du président américain Donald Trump dans le processus de discussions engagé en début d’année 2026. Les États-Unis condamnent également dans ce texte l’attaque du 5 mai 2026 sur la ville de Smara, revendiquée par le Polisario.
« Ce projet de résolution identifie le Polisario comme une partie qui n’a pas collaboré jusqu’à présent dans les négociations », précise Riccardo Fabiani, avant d’ajouter que « cette résolution ferme la porte à tout autre type de solution autre que le plan d’autonomie marocain. »
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Le Front Polisario menace de quitter les négociations
Des réformes majeures, que Washington estime primordiales dans l’objectif de régler rapidement ce dossier, mais qui n’ont pas tardé à être vivement critiquées. Dans un communiqué publié quelques heures après la parution de ce document confidentiel, Mohammed Sidi Omar, représentant du Front Polisario à l'ONU, a d'abord rappelé que cet avant-projet était « dangereux sur le plan des lois internationales et représente une violation grave du statut international du Sahara occidental ».
De plus, selon le communiqué publié par le groupe indépendantiste sahraoui, « une telle approche pourrait nuire au rétablissement de la confiance entre les parties », faisant ainsi référence aux conclusions du secrétaire général de l’ONU, qui ont fuité récemment, sur la situation au Sahara occidental et les blocages qui persistent malgré l’organisation de trois rounds de négociations directs entre le Maroc et le Front Polisario au début d’année 2026, sous l’égide de l’ONU et des États-Unis. L’Algérie et la Mauritanie ont également participé en tant que « pays observateur ».
Le Front Polisario menace explicitement de se désengager du processus de paix si ce texte était adopté en l'état. Contacté par RFI, Mohamed Ali Zerouali, représentant du groupe indépendantiste sahraoui en France, estime « que le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination est inaliénable, et qu'il ne peut ni être limité, ni remplacé par une solution prédéterminée ». Sur les fonctions initiales de la Minurso, Mohamed Ali Zerouali précise que les modalités ont été « acceptées par les deux parties et la communauté internationale lors de sa création en 1991, avec pour objectif central l’organisation d’un référendum d’autodétermination ». Cet avant-projet pourra encore être amendé avant le 31 octobre 2026, soit le jour du vote par le Conseil de sécurité de l’ONU pour le renouvellement ou non du mandat de cette mission onusienne au Sahara occidental.
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