«Roadtrip»: Initiation au voyage
Depuis les parois rocheuses peuplées de fous de Bassan jusqu’à la ville animée par une foire, en passant par des champs broutés par quelques holsteins, Roadtrip, la toute nouvelle création de la compagnie Les Incomplètes, propose un voyage au cœur du vaste pays.
Prendre la route, s’embarquer, filer vers l’horizon, mais pour aller où ? Question posée en amorce du spectacle par les deux interprètes, Alexandre Berthier et Simon Elmaleh, qui trouvera réponse non pas de façon concrète, mais plutôt tout au long de la prestation. Laissant ainsi les enfants apprivoiser le voyage, se laisser bercer par chaque tableau présenté. La part exploratoire et inattendue de l’aventure prend alors tout son sens dans l’action des personnages campés dans une mise en scène qui valorise l’écoute, la contemplation, et tout à la fois le rire et les jeux. Projections vidéo, chants, menus objets et musique forment un ensemble à la fois poétique, tendre et accueillant. Bien installés sur des petits chariots à roulettes au centre d’une scène intime, les deux comparses miment d’abord d’attacher leur ceinture et de baisser les fenêtres de la voiture — geste d’un temps passé qui fera sourire les plus vieux — puis ils s’élancent sur les routes du Québec. Le tout au son d’un blues entraînant. L’envie d’embarquer est instantanée.
S’ensuit une série de saynètes qui ponctuent le voyage du duo. Entourés de cinq écrans géants sur lesquels défilent les endroits parcourus, les spectateurs font partie intégrante de ce roadtrip. Forêt, fleuve, montage, gouttelettes de pluie qui tambourinent, nuit étoilée, douceur de la neige qui tombe lentement, la ville et sa nuit lumineuse encerclent ce cocon d’humains unis dans cette traversée au cœur de la nature.
Au cœur des petits
Si les nombreux effets sonores et visuels ajoutent à la magie de l’ensemble, à cette part plus qu’invitante, la mise en scène inclusive joue pour beaucoup dans la beauté et la délicatesse du spectacle. Scindée en deux par ce qui s’apparente à une route sur laquelle se déplacent les comédiens, la petite salle — scène de la Maison Théâtre transformée pour l’occasion — est bordée par les enfants assis sur un tapis moelleux dans lequel se dessinent les sillons d’une route. Détail qui s’inscrit dans un grand tout qui stimule continuellement les sens.
Berthier et Elmaleh excellent par ailleurs dans leur rôle de voyageurs contemplatifs, profitant de chaque arrêt pour se reposer, jouer et explorer. En tête, ce pique-nique simulé par une immense nappe à carreaux attachée, à chaque extrémité, au cou de chacun des personnages. Le repas est imaginé grâce à une suite de mots scandés par les comédiens qui brassent la nappe, signe d’un goûter des plus enlevants. Une performance vocale et physique qu’ils tiennent avec doigté tout au long du spectacle. Moment particulièrement touchant et réussi, le duo couché sur le ventre, à hauteur d’enfant, s’amuse à faire des bulles dans leur verre avec une paille (en métal) provoquant des gargouillements. Dans un effet de catharsis, les tout-petits se retrouvent sur le ventre, joues dans les paumes, amusés par ce face-à-face festif. Une grande œuvre poétique, lumineuse et ouverte qui laisse place à l’imaginaire.
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