Qu’est-ce que le pentobarbital, ce médicament servant pour les exécutions de condamnés à mort?
L’exécution ratée de Christa Pike, condamnée à mort qui a survécu au protocole d’injection létale mercredi, au Tennessee, a mis en lumière le rôle du pentobarbital dans les exécutions aux États-Unis. Mais de quoi s’agit-il?
Le pentobarbital, qui est mieux connu sous son nom commercial de Nembutal, est un composé de synthèse qui a été conçu par des chimistes dans les années 1920. Il fait partie de la classe des barbituriques, ces molécules qui ralentissent l’activité du système nerveux central en accentuant l’action du neurotransmetteur GABA dans le cerveau.
Dans quels cas utilise-t-on le pentobarbital?
Au départ, il a été prescrit comme somnifère pour améliorer le sommeil et comme sédatif pour réduire l’anxiété sévère. Mais ces usages ont été abandonnés en raison de sa toxicité et du risque élevé de dépendance qu’il induit.
Aujourd’hui, il est principalement utilisé en médecine vétérinaire pour anesthésier des animaux ou les euthanasier sans douleur.
Chez l’humain, on y a recours en urgence pour contrôler les crises d’épilepsie aiguës ou une pression intracrânienne trop élevée consécutive à un grave traumatisme crânien, et parfois comme agent pré-anesthésique pour induire l’inconscience avant de procéder aux manœuvres d’une anesthésie générale.
Dans les pays où l’aide médicale à mourir est autorisée, on s’en sert pour effectuer des suicides médicalement assistés. Aux États-Unis, on l’administre également sous la forme d’injections de doses létales pour exécuter les condamnés à mort, comme ce fut le cas pour Christa Pike.
Qu’est censé faire le pentobarbital une fois injecté?
À fortes doses, le pentobarbital plonge la personne dans un profond coma et diminue sa tension artérielle et sa respiration.
À doses létales, il provoque en principe un arrêt cardio-respiratoire. Mais il existe des cas de personnes qui avaient tenté de se suicider en ingurgitant de telles doses de ce médicament, et qui ont pu être réanimées en les mettant sous respirateur.
Des études ont montré que l’injection d’une dose létale peut provoquer un œdème pulmonaire aigu avant même que la personne ait perdu conscience. En d’autres termes, les poumons se remplissent rapidement de liquide, induisant du coup une sensation d’étouffement et une agonie douloureuse.
Pourquoi les deux doses létales administrées à Christa Pike n’ont-elles pas suffi à la tuer ?
Plusieurs causes sont avancées pour expliquer ce qui est arrivé à cette dame de 50 ans qui a survécu à l’injection de deux doses létales de pentobarbital consécutives. Selon ses avocats, ses battements cardiaques étaient toujours perceptibles et on l’entendait ronfler environ 40 minutes après la dernière injection.
Selon une étude du Death Penalty Information Center qui a recensé 52 complications lors d’injections létales entre 1982 et 2026, Christa Pike serait la huitième personne à survivre à une exécution par pentobarbital.
Il est très plausible que les agents n’aient pas réussi à insérer l’aiguille du cathéter directement dans une veine, notamment parce que les veines de Mme Pike étaient difficiles à atteindre. Lorsque cette procédure n’est pas effectuée correctement, la substance se répand alors dans les tissus environnants, comme les muscles, et ne rejoint donc pas la circulation sanguine. Dans un tel cas, l’absorption du pentobarbital est grandement ralentie, ce qui compromet l’effet de la dose qui était censée être létale.
Or, les avocats de Mme Pike ont justement remarqué des « veines rompues ou claquées » à l’endroit où l’aiguille de perfusion avait été insérée.
Une deuxième cause possible est la piètre qualité du pentobarbital utilisé. La majorité des compagnies pharmaceutiques qui fabriquent du pentobarbital refusent qu’il soit utilisé pour la peine capitale. L’Union européenne a interdit l’exportation de médicaments à des fins d’exécution en 2011. Des sociétés pharmaceutiques américaines, comme Pfizer, proscrivent l’emploi de leurs produits dans ce cadre depuis plus de dix ans.
Étant donné cette difficulté d’approvisionnement, les autorités carcérales doivent se tourner vers des pharmacies de préparation, qui préparent elles-mêmes le médicament, ou vers d’autres sources qu’elles se refusent à divulguer. Selon la défense de Christa Pike, il est également possible que le pentobarbital qui lui a été injecté était « dégradé ou périmé, ce qui aurait considérablement réduit sa puissance ».
L’État du Tennessee, où a lieu l’exécution de Mme Pike, a annoncé une enquête sur cet échec et a suspendu les autres exécutions prévues pour 2026.
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