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Sunday, October 25, 2026

Prestations de serment | Une bible au salon Rouge, est-ce surprenant ?

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Si l’actualité politique vous intéresse, vous avez suivi les (nombreuses) prestations de serment cette semaine. Mais avez-vous remarqué que des députés ont apporté leur bible au salon Rouge ? Sans surprise, le symbole en a étonné certains, dans le contexte où les questions de laïcité font l’objet de débats depuis des années au Québec.

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Un choix personnel

Antoine Dionne Charest ne s’en cache pas : « Je suis catholique, de la même façon que des membres de l’Assemblée nationale sont juifs, musulmans, athées ou sans doute agnostiques. »

Le nouveau député de Verdun est l’un des quelques élus libéraux à avoir eu sa bible avec lui, lundi dernier, au moment d’être assermenté à titre de député. Pour lui, apporter le recueil de textes religieux au moment de prêter serment au peuple du Québec est « somme toute banal ».

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Antoine Dionne Charest lors de sa prestation de serment comme député de Verdun

Je suis très étonné que ça soit un objet de discussion ou d’intérêt que des élus choisissent de prêter serment en anglais ou [de le faire] avec la Bible. On veut un État laïque, pas une société laïque.

Antoine Dionne Charest, député libéral de Verdun

Cette nuance, à ses yeux, est bien importante. La Loi sur la laïcité de l’État n’empêche pas les élus de manifester leur foi. Ils ont à tout le moins l’obligation d’avoir le visage découvert dans l’exercice de leurs fonctions. Si on a retiré il y a quelques années le crucifix du salon Bleu, les députés peuvent porter des signes religieux.

Mais depuis 1999, le texte de prestation de serment des députés ne permet plus de « jurer sur la Bible », même si ces derniers ont la liberté d’avoir leur exemplaire avec eux au moment de prêter serment.

« On ne demande pas aux élus de renoncer à leur foi et à leurs croyances. On leur demande, dans l’exercice de leurs fonctions, lorsqu’ils sont amenés à étudier, modifier et adopter des lois, d’être neutres vis-à-vis des conceptions religieuses », renchérit M. Dionne Charest.

Une tradition aux racines religieuses

Dans notre démocratie de type britannique, qu’on appelle aussi le système de Westminster, la prestation de serment permet aux élus de siéger au Parlement, en Angleterre comme au Québec. Autrefois, on le faisait en prêtant serment au roi, mais l’Assemblée nationale a aboli cette obligation en 2022. Désormais, la loyauté est promise seulement et uniquement envers le peuple québécois.

Une plongée historique nous rappelle toutefois que les racines de cette tradition sont directement liées aux guerres de religion. En 1531, le pape de l’Église catholique refuse au roi d’Angleterre Henri VIII l’annulation de son mariage. Cette décision ne passe pas : Henri VIII déclare en 1534 l’Acte de suprématie et fait du roi le chef de l’Église d’Angleterre.

PHOTO HENRY NICHOLLS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le parlement britannique, à Londres

Dans le pays, la division entre catholiques et protestants s’accentue. La reine Élisabeth 1re impose donc en 1563 l’obligation de prêter serment au monarque, qui est aussi le chef spirituel de l’Église d’Angleterre, pour pouvoir siéger au Parlement. Cette obligation discrimine du même coup les catholiques, qui refusent de le faire. Elle perdure jusqu’au XIXe siècle, avant d’être amendée.

« Au Canada, le serment d’allégeance tire ses origines de la Grande-Bretagne. Or, dès 1774, l’Acte de Québec dispense les catholiques (majoritairement francophones) de prononcer le serment du test qui se voulait une profession de foi à la suprématie de l’Église anglicane », explique l’Assemblée nationale du Québec dans une capsule historique1.

Donc avoir sa bible avec soi, c’est banal ?

De l’avis du constitutionnaliste Patrick Taillon, apporter sa bible au moment de la prestation de serment n’a aucune conséquence sur le plan de la loi. Dans son sens contemporain, explique-t-il, le serment est l’équivalent d’une signature, comme l’expression d’un engagement à respecter ses obligations.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Patrick Taillon

Politiquement, ce n’est pas banal. C’est une donnée importante que les électeurs doivent prendre en considération. Après, on connaît quand même un grand nombre de responsables politiques qui ont des convictions religieuses et qui ont fait la preuve qu’ils sont capables de faire la part des choses.

Le constitutionnaliste Patrick Taillon

C’est notamment le cas, encore ces jours-ci, sur la scène fédérale au Canada. Le premier ministre Mark Carney suspend à l’occasion ses activités le dimanche pour aller à la messe. En 2025, il s’est aussi rendu à Rome pour l’inauguration du pontificat du pape Léon XIV. L’hiver dernier, dans un discours à Ottawa, il a même cité « le Christ » et son « Sermon sur la montagne », au moment même où les procureurs du Québec défendaient (par coïncidence) la Loi sur la laïcité de l’État devant la Cour suprême.

Ces manifestations publiques de croyances religieuses chez les élus peuvent être décodées de deux façons, avance M. Taillon.

« On peut le souligner à grands traits ou même le dramatiser, pour y voir une forme de glissement dans des pratiques plus proches de celles qu’on voit aux États-Unis, où il y a souvent des références à Dieu dans le discours de chaque élu », explique-t-il.

Mais « on peut aussi dédramatiser la chose dans la mesure où, bien sûr, chaque individu a le droit d’avoir des croyances et qu’en soi, ce n’est pas interdit ».

1. Consultez la capsule historique de l’Assemblée nationale

Du religieux au palais de justice

Sur la scène judiciaire, les livres religieux et leurs symboles sont toujours présents dans les salles d’audience. Ophélie Vincent, vulgarisatrice juridique chez Éducaloi, rappelle qu’il était obligatoire de prêter serment sur la Bible avant de témoigner au tribunal jusqu’en 1994. La loi a ensuite été changée, parce qu’elle discriminait les personnes qui ne pratiquent pas de religion ou qui sont d’une autre confession. Par contre, s’il est aujourd’hui possible de s’engager à dire « la vérité, toute la vérité et rien que la vérité » sans l’ombre d’un dieu, on peut toujours le faire avec des textes sacrés, que ce soit la Bible, le Coran, la Torah ou d’autres symboles. En 2024, rappelle Mme Vincent, la Cour du Québec a permis aux Premières Nations de prêter serment « avec une plume d’aigle, qui est un objet à connotation spirituelle importante ».

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