Mad Max Story : elle est la voix que vous entendez à chaque trajet en train


Depuis quelques semaines maintenant, la rentrée a ramené les trajets en train, les mêmes quais, les mêmes habitudes et surtout… cette voix. Celle qui annonce la gare suivante. Une voix si familière qu’on finit par ne plus vraiment l’entendre.
Et pourtant, elle ne se limite pas aux transports en commun. Elle est aussi chez nous, à la télévision, lorsque les résultats du Lotto sont annoncés, ou encore dans la voiture, quand la radio est branchée sur Vivacité. Derrière cette voix que l’on croise si souvent se cache Béatrice Marlier. Depuis près de 37 ans, elle exerce comme voix-off et s’est glissée, presque sans bruit, dans le quotidien des Belges.
En réalité, rien ne la destinait à ce métier. À l’époque, Béatrice vit à Lyon avec son compagnon, qui travaille déjà dans le milieu de la radio et donc de la voix. Pour dépanner son compagnon dans l’urgence, Béatrice se retrouve derrière le micro un peu malgré elle. Son compagnon la guide et lui fait répéter le texte exactement tel qu’il doit être lu et en quelques minutes à peine, l’enregistrement est terminé ! Ce sera le début d’une belle expérience qui deviendra son quotidien pour son plus grand bonheur.
Un métier qui évolue
Son premier spot a été enregistré pour un centre thermal dans les montagnes. Puis Béatrice rentre en Belgique, dans la région de Braine-le-Comte, d’où elle est originaire. « Je pensais repartir en France », explique-t-elle. Mais la vie en aura décidé autrement… Elle contacte alors Radio Contact Mons par amusement. « Je leur ai proposé de travailler gratuitement, en échange de places de cinéma. » Mais la réponse est finalement bien différente de ce qu’elle imaginait. « Ils m’ont dit : ‘Non, on va te payer.’ » La radio transmet ensuite ses coordonnées à un studio, puis à un autre. « Tout le monde s’est filé mes coordonnées », sourit la Belge de 58 ans. Une chaîne qui explique peut-être pourquoi, aujourd’hui, sa voix est finalement arrivée un peu partout.
Pendant longtemps, exercer ce métier signifiait aussi : être sur la route. « Avant, je faisais entre 70.000 et 90.000 kilomètres par an », raconte Béatrice. Mons, Liège, Bruxelles, Amsterdam… Elle passait d’un studio à l’autre. Aujourd’hui, le fonctionnement est beaucoup plus simple. « On m’envoie le texte, je l’enregistre et hop, je renvoie le fichier », lance-t-elle amusée.
Et souvent, tout va très vite. « Ce sont des jobs qui s’enregistrent en quelques minutes pour la plupart. » Avec près de 37 ans de métier, Béatrice maîtrise évidemment l’exercice. « Je fais une prise, et c’est bon… mais j’en livre souvent deux par principe. »
Le métier a aussi évolué avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. « L’IA propose des voix gratuitement, donc forcément, ça prend une petite partie du travail », reconnaît Béatrice. Mais pour elle, une voix ne se résume pas à une belle sonorité. « Ce n’est pas parce qu’on a une jolie voix au téléphone qu’on est voix-off. » La technique, l’émotion, le rythme et la manière de faire passer un message comptent aussi.
Et avec les années, Béatrice a surtout appris à entendre ce que d’autres ne remarquent pas forcément. Elle ne s’écoute pas spécialement. Elle regarde la télévision et écoute la radio comme tout le monde. Mais son oreille professionnelle repère parfois des détails qui échappent aux autres. « J’entends un petit « clic » dans un mot, une petite chose… » Et il lui arrive de se dire : « Ah, pourquoi j’ai dit ça comme ça ? J’aurais pu le dire comme ça aussi. » Ce qu’elle apprécie surtout, c’est le résultat dans son ensemble. « C’est pas moi, c’est l’ensemble : ma voix, le script, la musique choisie, ce style de voix sur ce montage. » Il est important qu’un texte soit bien écrit si on veut qu’il soit bien lu…
Deux voix, une voie
Et cette passion du micro n’est finalement pas restée cantonnée à Béatrice. Sa fille Jazz est elle aussi devenue voix-off. « Elle a du talent », estime-t-elle, au point de la recommander lorsqu’elle pense qu’elle correspond à un projet. Les deux ont aujourd’hui leurs propres clients et peuvent même travailler pour une même marque, sur des marchés différents. Béatrice prête notamment sa voix à Action en France, tandis que sa fille travaille pour Action en Belgique et au Luxembourg.
Tendez donc l’oreille. La prochaine fois que Béatrice annoncera votre gare, accompagnera votre trajet en radio ou s’invitera dans une publicité, il y a fort à parier que vous l’entendrez un peu différemment. Parce que derrière cette voix que l’on connaît si bien, il y a désormais un visage.
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