200 000 barils radioactifs dorment dans l'Atlantique, des chercheurs français lancent une mission inédite pour les traquer

La gestion des déchets radioactifs est une problématique qui ne date pas d'hier. Dès le début des premières activités nucléaires à la fin des années 1940 s'est posée la question du stockage de ces déchets. À cette époque, le milieu océanique apparaît rapidement comme la meilleure solution. Les plaines abyssales, situées à 4 000 mètres de profondeur et à plusieurs centaines de kilomètres au large des côtes sont en effet considérées comme des zones désertiques et sans vie.
Entre 1946 et 1990, plus de 200 000 fûts contenant des déchets radioactifs coulés dans du bitume et du ciment vont ainsi être largués par-dessus bord pour venir terminer leur vie au fond de l’océan Atlantique.
80 ans après la Seconde Guerre mondiale, le Pacifique paie encore le prix caché du conflit
Quatre-vingts ans après la capitulation japonaise, près de 3 800 épaves militaires jonchent encore le fond du Pacifique. Ces vestiges de guerre libèrent des substances toxiques dans l'océan, empoisonnant les écosystèmes marins. Le réchauffement climatique aggrave désormais cette pollution historique.... Lire la suite
La question de leur étanchéité et de l'impact que peuvent avoir les émanations radioactives dans ce milieu bien plus riche en vie qu'on ne le pensait au départ va finalement se poser. En 1990, cette pratique est interdite par la Convention de Londres.
Photographie d'un fût de déchets radioactifs prise par l'AUV Epaulard lors de la campagne Epicea. © Sibuet et al. 1985
Cartographier avec précision la zone d’immersion des fûts
Mais les fûts radioactifs jetés à la mer ne seront pas repêchés. Trente-cinq ans après les dernières immersions, personne ne sait d'ailleurs quels impacts a pu avoir le largage de ces fûts sur les écosystèmes océaniques profonds, ni s'ils représentent encore un risque radiologique.
À 4 700 mètres de profondeur, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs reposent au fond de l'Atlantique Nord-Est ! Pourquoi ont-ils été jetés en mer ? Que sont-ils devenus après plusieurs décennies ? Une mission scientifique est partie enquêter sur ce patrimoine nucléaire oublié.... Lire la suite
Pour étudier la question, une mission interdisciplinaire est prévue cet été. L'objectif ? Effectuer des prélèvements de sédiments d'eau et de faune dans la zone d'immersion. Mais pour y arriver, il faudra d'abord la cartographier avec précision afin de repérer exactement l'emplacement des différents barils.
Localisation des zones dans la plaine abyssale de l’Atlantique Nord-Est des zones d’immersion de fûts radioactifs (NEA#3 et #4) en eaux internationales (haut). La carte de détail (bas) montre la bathymétrie disponible, ainsi que la localisation des six fûts (croix rouges) identifiés par le submersible Epaulard lors des plongées en 1985. Ces identifications ont été réalisées dans le cadre de la campagne Epicea du CEA/IPSN et Ifremer. © Projet Nodssum, 2025
Six-mille kilomètres carrés de plaine abyssale seront ainsi passés au peigne fin, grâce à un sonar de très haute résolution, mais aussi du sous-marin autonome UlyX, l'un des seuls à pouvoir atteindre ces grandes profondeurs. Ce projet - nommé Nodssum - implique des équipes du CNRS, de l'Ifremer et de la flotte océanographique française. Elle a pour objectif de préparer une seconde campagne océanographique qui ciblera plus précisément l'environnement immédiat des fûts.
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